28-08-2015 14:12 - Libre Expression. Réponse à Moussa Fall, Président du MCD : notre économie se porte plutôt bien

Libre Expression. Réponse à Moussa Fall, Président du MCD : notre économie se porte plutôt bien

Abou Lamine - Dans un entretien avec le journal Le Calame, M. Moussa Fall, Président du Mouvement pour le Changement Démocratique, s’est adonné, à cœur joie, à un exercice qui l’amuse apparemment, en se prononçant, de manière tranchée, de surcroît erronée, sur des questions politiques et macro- économiques.

Loin de ce catastrophisme alarmiste, il faut noter que notre économie se porte plutôt bien et ce, en dépit de la conjoncture internationale difficile qui n’épargne aucun pays.

- Conjoncture économique 2010 - 2013

Il est vrai qu’entre 2010 et 2013, les prix des matières primaires étaient à un niveau élevé. C’est ce que M. Fall appelle, sans doute, une « conjoncture économique exceptionnellement favorable ».

En revanche, il s’est gardé volontairement de mentionner que pendant cette période, la Mauritanie a fait face à une sécheresse quasi ininterrompue (depuis 2011). Durant cette période, loin de dilapider les ressources additionnelles engrangées, la Mauritanie les a plutôt orientées vers la réalisation d'investissements structurants. De ce fait, l'économie mauritanienne a connu des avancées importantes:

- une croissance économique soutenue, une inflation et un solde budgétaire maîtrisés;

- la réalisation d'importantes infrastructures de base (routes, universités, électrification, hôpitaux...) et la mise en place d'importants programmes sociaux (programme EMEL);

- la réduction du train vie de l'Etat.

A ce niveau, les chiffres étant plus éloquents que les mots je vous renvoie alors au tableau suivant :

Ci-après les principaux agrégats macroéconomiques de la Mauritanie: 2010 - 2013

                                          2010 | 2011 | 2012 | 2013

Croissance du PIB réel (en %) | 4.8 | 4.4 | 6.0 | 5.5

Taux d'inflation (en %) | 6.3 | 5.7 | 4.9 | 4.1

Solde budgétaire Primaire (en % du PIB) | -0.8 | 0.6 | 0.5 - 1.0 Solde budgétaire consolidé (en % du PIB) | -1.4 | -0.5 | -2.2 | -1.7 Réserves de change en mois d'importations | 2.3 | 3.6 | 6.8 | 5.9 Le tableau comparatif ci-dessous, montrant les taux de croissance du PIB réel pour la période 2012 - 2014 dans les différentes régions du monde, vous permettra de mieux apprécier ces performances de l'économie Mauritanienne:

2012 | 2013 | 2014

Monde | 3.4 | 3.3 | 3.3

Pays avancés | 1.2 | 1.4 | 1.8

Pays émergents | 5.1 | 4.7 | 4.6

Afrique Subsaharienne | 4.4 | 5.2 | 5.0

Moyen Orient et Afrique du Nord | 4.8 | 2.3 | 2.6

MAURITANIE | 6.0 | 5.5 | 6.8

- Pour l'année 2014

Les perspectives peu favorables de l'économie mondiale et la persistance des prix des matières premières à des niveaux faibles ont pesé sur l'activité économique de 2014 en Mauritanie. M. Fall dépeint un tableau sombre de 2014 en s'appuyant sur un argument fallacieux qu'est le "matraquage fiscal". En réalité, ce qu’il appelle « une batterie de mesures fiscales mettant toute la pression sur le consommateur et sur les entreprises », n’est qu’une pure machination destinée à berner le lecteur non averti. Le gouvernement est bien conscient qu'une pression fiscale abusive ruine le contribuable et nuit à l'économie entière.

La réalité est qu’en Mauritanie, aucune augmentation de l’impôt sur le bénéfice ou sur le revenu n’a été effectuée depuis 13 ans. A titre comparatif, alors que le taux de l'impôt sur les bénéfices stagne à hauteur de 25% en Mauritanie (taux effectif depuis 2003), il plafonne à plus de 40% dans certains pays de la sous région. En vérité, la stratégie retenue intelligemment par le Gouvernement a consisté à garder la fiscalité directe inchangée tout en élargissant l'assiette par une politique de transparence qui a permis un accroissement de contribuables.

Seule la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), impôt neutre pour les entreprises, a connu une augmentation de 2%, la première depuis 20 ans. C'est ce que notre économiste imposteur appelle "matraquage fiscal". Cet impôt, qui s'était stabilisée à 14% depuis sa création en 1995, est passé à 16% en 2015. Comparativement aux pays de la sous région dont la TVA oscille entre 20% et 25%, la Mauritanie a un taux de TVA parmi les plus faibles d'Afrique. En plus cette augmentation exclue les produits de grande consommation (blé, huiles alimentaires, lait en poudre,..)

En définitive, ce sont des mesures incitatives comme le renforcement et la réorganisation de l’administration fiscale, les réformes institutionnelles accrues qui ont permis l’élargissement de l’assiette fiscale et l'accroissement des recettes.

- Taxation de riz

M. Fall s’est aussi prononcé sur la décision du gouvernement mauritanien de taxer le riz importé afin de soutenir la consommation du riz produit dans la vallée. La consommation locale présente des avantages économiques indéniables que notre pays doit encourager. Elle permet le ré ancrage territorial pour un pays qui connait un dépeuplement du milieu rural au profit des centres urbains, l’appropriation des populations de notre économie locale, une meilleure valorisation des produits locaux et un rapprochement entre producteur et consommateur.

Notre production de riz peut satisfaire nos besoins de consommation à hauteur de 80%. Les mesures prises qui consistent à taxer le riz importé, vont dans le sens de sauver la production locale estimée à plusieurs milliers de tonnes. Cet élan patriotique doit être salué et non vilipendé, décrié.

De plus, de nombreux consommateurs préfèrent le riz local en vertu de ses avantages sanitaires. La production est plus respectueuse de l’environnement et donc moins nocive à la santé. Pour la survie d’un secteur, pour la défense des intérêts nationaux, un Etat peut faire des subventions, des sacrifices voire du protectionnisme sans offenser le libéralisme si cher, ironiquement, à monsieur Moussa Fall, sans qu’on ne sache de quel bord idéologique se situe son mouvement.

- Le secteur de l'élevage

Le secteur de l’élevage a été aussi abordé par l’interviewé, à tort, de manière très alarmiste. Ce qu’il faut noter pour ressortir la volonté du gouvernement à booster ce sous-secteur, c’est bien la création récente d’un ministère qui ne s’occupe exclusivement que de l’élevage. L’Etat a beaucoup fait en matière de santé animale et de réorganisation du sous-secteur.

Au demeurant, les éleveurs doivent s’organiser et moderniser le sous-secteur pour faire face aux nouveaux défis qui les interpellent comme l’accès à l’eau, au pâturage et la commercialisation. Les bouleversements climatiques dérèglent la pluviométrie et restreignent les espaces herbeux dont dépend le sous-secteur. Les changements affectent aussi l’agriculture, la santé, l’économie et provoquent des déséquilibres sociaux. Pour ne pas dépendre des aléas climatiques que personne ne maîtrise, le Ministère de l’Elevage a été créé avec comme feuille de route la modernisation du sous-secteur en collaboration et en concertation avec les acteurs dans ce domaine.

Je n’enseigne rien à M. Fall en lui rappelant que s’opposer par principe à une situation donnée est une chose, mais le refus catégorique de reconnaître les performances tangibles du camp d’en face, en est une autre, ou tout simple démagogique.

Pendant que le monde entier se trouve dans une mauvaise posture, vit une décroissance économique et financière sans précédent, notre pays s’en sort plutôt bien. Une telle sortie malheureuse, faite pour des ambitions politiques narcissiques et inavouées, frise le ridicule et n’émeut personne.

Par rapport au dialogue, je ne reviendrai pas sur les sages démarches du pouvoir ; sur ce qui a été dit et fait et qui, à mon avis et de l’avis de tout esprit épris de justice, est clair et limpide, car, dénote de l’esprit d’ouverture de personnes décidées à laisser pleinement jouer l’esprit démocratique.

Je vous comprends, lutter pour la survie est inné en toute personne. Ce besoin vital chez l’animal pensant que nous sommes est aussi réel chez tout animal sur terre. Mais lutter ne veut pas dire verser dans le négatif.

"Chacun à le droit de se mentir et de rêver mais, l'avenir est le meilleur arbitre pour marquer le réveil de tous ceux qui ont cherché à se servir de la passion et du cœur pour ne point se réveiller du mensonge auquel ils veulent croire à tout prix" disait l’autre.

Je pense que pour le dialogue ait un sens, chaque partie doit accepter la vision de l'autre et exprimer en toute honnête sa propre vision des choses sans état d’âme aucun. Nous nous devons d'être et de rester dans la culture éternelle du dialogue sincère et chercher à convaincre, tout en acceptant d'avoir parfois tord. Tous ceux qui croient en la République doivent s'y mettre et travailler humainement pour l'avenir de nos enfants.

Chacun doit penser aux éventuelles conséquences des actes que nous posons et qui ne servent pas la nation. Il ne peut y avoir du bonheur et de l'honneur dans l'adversité contre son frère. Apprenons à vivre ensemble dans la justice et la vérité, chère à notre religion, pour ne pas amener nos enfants à vivre dans la tyrannie de nos bêtises. C'est seulement de cette façon qu'on pourra mourir digne pour l'histoire !

Ceci n'est pas une analyse partisane, mais une réponse franche à M. FALL, dite en toute honnêteté.

Abou Lamine

Nouakchott
, ce 27/08 /2015

aboulaminedieng@gmail.com







"Libre Expression" est une rubrique où nos lecteurs peuvent s'exprimer en toute liberté dans le respect de la CHARTE affichée.

Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.


Source : Aboulamine
Commentaires : 5
Lus : 1483

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (5)

  • Ibiliss (H) 29/08/2015 00:47 X

    Ce monsieur Lamine est d'une naïveté négrotesque! Nos poches, le panier de la ménagère, nous renseigne mille fois mieux que vos chiffres! Quel besoin avons d'attendre des chiffres (les vôtres ou ceux du FMI) pour savoir si nous nous portons bien ou pas! Pauvre négro de service de quatre sous!

  • alhagh (H) 28/08/2015 21:27 X

    cette reponse est completement idiote: les chiffres relevent du psitacisme et nous connaissons moussa fall pas celui qui lui répond (de façon decousue et avec un alignement de chiffres qui ne signifient rien). Les sots ne doivent pas commenter ce qu'ils ignorent ni le reste! Quel pays Al Hagh

  • hamewarga (H) 28/08/2015 17:18 X

    CRIDEM: L'illustration de cet article par la photo de Moussa Fall prête à confusion

  • aboumbom (H) 28/08/2015 17:05 X

    Tout ce que je sais est que ce que dit Moussa Fall est plus proche de la réalité que ce que déclare ce papier qui ne fait que reprendre les indicateurs macroéconomiques (à vérifier).

  • hathlele (H) 28/08/2015 16:15 X

    Et Blablabla et Blablabla! Chacun assure ses arrières par une somme d'argent colossale et se permet d'insinuer "après moi , c'est le déluge." Et où étiez ses quarante années précédentes. S'il vous plait ,"Publiez ce que vous payez"! Sidi Ould Bobba D.E Collège "3" Zouerate