25-02-2017 08:00 - Affaire des pêcheurs sénégalais Une page est tournée... Définitivement

Affaire des pêcheurs sénégalais Une page est tournée... Définitivement

L'Authentique - Une page est définitivement tournée dans les relations entre la Mauritanie et le Sénégal, avec l’interdiction faite aux pêcheurs sénégalais de ne plus se retrouver dans les eaux mauritaniennes.

Interdiction formelle des pêcheurs sénégalais de se retrouver dans les eaux de pêche de Mauritanie ; rappel dans leur pays des pêcheurs sénégalais qui devaient être réinsérés chez eux dans la vie active; mise en place de patrouilles militaires communes pour empêcher les Sénégalais de s’infiltrer dans les zones de pêche mauritaniennes, application par la Mauritanie d’une nouvelle réglementation concernant les pêcheurs étrangers…

Les dernières mesures prises dans le cadre de la pêche artisanale mauritanienne sommant les Sénégalais à ne plus s’aventurer dans les eaux maritimes mauritaniennes de faon clandestine, tombées après les incidents de janvier 2017 entre gardes côtes mauritaniens et pécheurs sénégalais, mettent manifestement un terme à la situation de coopération traditionnelle de pêche entre les pêcheurs sénégalais et la Mauritanie.

Tout a commencé après les derniers incidents qui se sont produits sur les eaux maritimes sud de la Mauritanie quand des pêcheurs sénégalais qui se trouvaient dans ces eaux, aient été l’objet de tirs des gardes côtes de Mauritanie. Bilan : deux blessés graves dont l’un aurait succombé.

Branle bas de combat avec des réactions vives des deux côtés où chacun se rejetait la responsabilité des causes de l’incident. S’étant produit dans une situation de crise latente avec le Sénégal sous fond de crise politique en Gambie, cet incident, était différent de tous ceux qui avaient l’habitude de se produire.

Aux grands maux, les grands moyens : visite du ministre sénégalais des Affaires étrangères en Mauritanie suivie de celui des pêches, rencontres soutenues entre les deux parties…Des projets d’accord furent discutés -parmi lesquels l’obligation faite aux pêcheurs sénégalais de débarquer en Mauritanie, les produits de pêche- qui n’auraient pas été acceptés.

Finalement, le Sénagal devait se résoudre à rappeler les siens. En visite en Mauritanie, son le ministre de la Pêche a proposé le retour "volontaire" de 400 pêcheurs sénégalais contraints par cette directive et restée en Mauritanie.

Dakar et Nouakchott se sont également entendus pour des patrouilles mixtes sur leurs frontières maritimes pour "faire respecter (leurs) réglementations et prévenir d’éventuels incidents", selon leurs autorités.

Cible

Pour nombre d’observateurs, la loi interdisant aux étrangers de pêcher en Mauritanie est une loi taillée sur mesure. Nombreux sont en effet ceux qui considèrent qu’elle a été spécialement conçue contre les Sénégalais.et pour cause, ce sont les seuls étrangers qui exercent cette activité en Mauritanie.

Et cela, depuis des millénaires. Bien avant la création de ce qu’on appelle aujourd’hui le Sénégal et la Mauritanie. Les Nguet-Ndariens de Saint- Louis , à travers les âges, ont toujours pêché dans ce vaste océan qui ne connaissait ni de frontière ni de limite. Tous les régimes politiques qui se sont succédé en Mauritanie ont toujours respecté cette coutume ancestrale. Or, tous les juristes le savent, la coutume est aussi une source du droit.

Il a fallu ainsi plus de cinquante ans d’indépendance pour que l’on mettre fin à cette pratique qui était doublement avantageuse aussi bien pour les Nguet-Ndariens que pour les Mauritaniens. Les uns y trouvaient une source de subsistance pour leurs familles et les ménages mauritaniens y trouvaient leur compte en trouvant du bon poisson bon marché. Enfin, les deux pays consolidaient à travers cette activité des liens d’amitié et de fraternité vieille de plusieurs siècles.

En réalité, pour nombre d’observateurs, la loi appliquée aujourd’hui contre les pêcheurs Sénégalais ne serait qu’un des effets collatéraux de la crise gambienne. Parce que Mohamed Ould Abdel Aziz croirait que le Sénégal de Macky Sall lui a manqué de respect, en minimisant sa médiation dans la crise gambienne et que ses troupes sont rentrés à Banjul alors qu’il venait de sceller un accord en contrepartie du départ de Jammeh, qu’il se vengerait en coupant les vivres à des pêcheurs dont le seul souci était la substance tirée de leurs pirogues et leurs filets.

L’application de la loi contre les pêcheurs sénégalais n’est en définitive qu’une punition ourdie par Nouakchott contre Dakar.

La visite du ministre sénégalais des Affaires Etrangères à Nouakchott et sa rencontre avec les autorités mauritaniennes sur cette question n’a ainsi servi à rien. Mohamed Abdel Aziz tient à sa punition et Nani Ould Chrougha, ministre des Pêches n’y pouvait que dalle sinon se réfugier derrière la langue de bois.

Au départ pourtant, rien ne prédestinait à un tel état de fait : on se rappelle de la joie exprimée à l’époque par les Sénégalais qui s’étaient réjouis de l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir en 2008. Ils croyaient que ce natif de Louga (région du Sénégal) allait être leur plus solide allié n’imaginaient certainement pas que c’est avec lui qu’ils allaient vivre les plus sombres pages d’histoire de leur coopération avec la Mauritanie.

Aujourd’hui, les pêcheurs sénégalais sont partis. Les Mauritaniens ont ainsi toute la mer, à eux tous seuls, avec les Européens et les Chinois. Si les Sénégalais permettaient au moins d’alimenter le marché national, la Mauritanie ne disposant pas de professionnels du métier pour combler le vide, les Chinois eux vont vider les eaux mauritaniennes en quelques années. Non seulement, ils sont les derniers venus, mais encore, leur production n’a pas d’impact sur le plan national. Ils pillent les eaux, emportant juvéniles et œufs de poissons pour les planter en Chine.

Résultat, le poisson se fait rare. Un produit devenu presque hors de portée du citoyen lambda. Le « YayeBoye » qui se vendait à 20 ou 30 UM le kilo se négocie aujourd’hui autour de 200 UM. Quant aux meilleurs choix, Courbine, Thiof et autres poissons de prestige, leur prix au kilo équivaut à celui de la viande, 2.400 UM. On parle de hausse dans quelques jours. En tout, cas, le bon poisson mauritanien est désormais exclu du plat des pauvres.

Cheikh Aïdara



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Commentaires (11)

  • yawonni (H) 25/02/2017 18:38 X

    Obama disait que des institutions fortes sont meilleures que des hommes forts car ces derniers disparaitront et les institutions restent. En ce qui concerne ce probleme de peche laissons le temps agir. Il est certain que cela redeviendra comme avant et meilleur. Ces deux presidents disparaitront vaille que vaille et leurs remplacants feront sagesse et determination pour les deux peuplee. En attendant les chinois et les russes avec leur technologie super pensable vont faire fortune.

  • sraghaa (H) 25/02/2017 18:15 X

    si on devrait écouter ce pseudo journaliste et certains FLAMISTES ici,on devrait offrir notre poisson,notre fer,or,electricité....etc au SENEGAL .Les pecheurs MAURITANIENS VONT faire deux fois mieux que les etrangers ,donnons leurs le temps

  • KANTAKI (H) 25/02/2017 16:04 X

    Les pêcheurs sénégalais devraient bénéficier d’autorisations de pêcher sans limites de cotations et les sénégalais devraient respecter les règles, dans leur propre intérêts, et non de se comporter comme en territoire conquis. Le Sénégal et la Mauritanie sont un seul pays et rien ne devra les diviser, surtout pas la pêche ! M. Macky Sall rapprochez vous du résident Aziz et laissez les sensibilités de côté. M. Aziz faites en pas vers Macky Sall, mais sans Nany Chrouka, car avec un ministre de valeur ces incidents ne seraient pas survenus, le rô ;e d’un ministre digne de ce nom est de mutualiser les problèmes et non de jouer au pyromane !

  • mauritanievive (H) 25/02/2017 13:58 X

    La meme mesure devrait viser les chinois . et que la mauritanie sache que le poisson est une aubaine qui peut considerablement boosster l'emploi,reduire la pauvrete et developper le pays . NOUS DEVONS PENSER A SA NATIONALISATION .COMME LE FER

  • Hartani Intellectuel (H) 25/02/2017 13:32 X

    En effet cette situation n’est pas des meilleures entre les deux pays, seulement depuis un certain temps les extrémistes ont tout fait pour brouiller les cartes, ils ont utilisés les moyens financiers pour diaboliser les deux présidents, du côté mauritanien nos extrémistes sont connus depuis la nuit des temps pour prendre toujours les étrangers comme cible, nos dirigeants savent qu’il y’a des hommes derrières avec de mauvais desseins entre les deux pays quitte à faire tomber un régime.

  • harouna lebaye (H) 25/02/2017 13:12 X

    C’est une honte cet article mensongère, vous avez oubliez que la Mauritanie a passé 18 mois de négociation avec l’UE sur le débarquement de sa capture en Mauritanie.soyez crédible, Si l'histoire donne des droits Guet Ndar reviendra à la Mauritanie

  • diopkarim (H) 25/02/2017 12:31 X

    Mr Aidara la loi mauritanienne sur la pêche artisanale ne cible que les sénégalais ? Moi je pense que c'est une loi qui s'adresse à tous les étrangers sans distinction d'origine. Pourquoi voulez-vous coute que coute la degradation des relation mauritano-senegalaises ? Vous les soit-disant journalistes vous etes dangereux. Tfou way

  • bagaby (H) 25/02/2017 11:02 X

    Patrouilles mixtes Mauritanie-Sénégal ?Je n'y crois guère, sauf prétexte à des accrochages plus massifs et virulents. Sinon quel intérêt pour le second à permettre au premier de surveiller son domaine au détriment de son propre peuple ? Les oiseaux de mauvais augure qui appelaient de leurs voeux cette escalade doivent boire du petit lait. Misérables !

  • barkhanerim (H) 25/02/2017 10:20 X

    Vous êtes sûr que le président est natif de Louga ? Sur sa biographie officielle il est né à Akjoujt. Si votre affirmation était vrai on pourrait parler de faux et usage de faux. Et la justice devrait s'y intéresser

  • a.bennan (H) 25/02/2017 10:07 X

    Finalement un pays pilleur de moins...et la RIM decidera seule de ses ressources.

  • a.bennan (H) 25/02/2017 09:11 X

    Glosez autant que vs voulez,nos ressources resterons proteger a tous jamais des petits pilleurs Senegalais et autres.