13-03-2017 18:00 - Journée nationale contre l’esclavage : L’Assaba se mobilise autour de la Loi d’incrimination

Journée nationale contre l’esclavage : L’Assaba se mobilise autour de la Loi d’incrimination

L'Authentique - Sous l’égide du Bureau International du Travail (BIT), l’Association des Maires de l’Assaba s’est mobilisé le 6 mars dernier, Journée internationale de lutte contre l’esclavage, pour s’informer sur la Loi 2015-031 incriminant le phénomène et ses pratiques, afin de la faire connaître auprès de leurs administrés.

L’hôtel de Ville de Kiffa a commémoré lundi 6 mars 2017, la Journée nationale de lutte contre l’esclavage. C’était sous la présidence du Commissaire aux Droits de l’Homme et à l’Action Humanitaire, en présence du Secrétaire Général du Ministère de la Fonction Publique, du Wali de l’Assaba, du Directeur Général de l’Agence Tadamoun ainsi que les partenaires, notamment le BIT, l’ambassade des Etats-Unis en Mauritanie, le Bureau du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, entre autres.

La journée a été marquée par les discours officiels, celui du Commissaire aux droits de l’homme et à l’action humanitaire, Cheikh Tourade Ould Abdel Maleck qui a cité les avancées institutionnelles et juridiques réalisées par la Mauritanie dans le domaine de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles.

C’était lors de l’ouverture officielle des travaux. Auparavant, les participants avaient suivi le discours de bienvenue du maire de Kiffa et président de l’Association des maires de l’Assaba, Mohamed Lemine Ould Sidi Brahim.

S’exprimant au nom du Bureau International du Travail (BIT), Sidi Mohamed Ould Deh dira tout l’engagement de son institution à appuyer les autorités locales, notamment les élus les plus proches des populations, en l’occurrence les maires, pour la compréhension de la Loi 2015-031 incriminant l’esclavage afin de mieux la diffuser au sein de leurs administrés.

Il faut noter que cette journée nationale organisée à Kiffa a été initiée et financée par le BIT, à travers son Projet Bridge qui est une passerelle entre le Protocole à la Convention n° 29 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et l’action mondiale pour l’élimination du travail forcé ratifié par la Mauritanie. Le Projet Bridge en Mauritanie, dirigée par Marc Ninerola, appuie la mise en œuvre de la loi 2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

La journée nationale de lutte contre l’esclavage a été surtout marquée par quatre communications. La première, portant sur les « Concepts, définitions et évolution de l’esclavage » présentée par Dethié Sall du Bureau de Nouakchott du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations-Unies. La deuxième communication a été présentée par Me Cheikh Abdallahi Ould Babou, avocat, sur « Convergence et divergence du droit humanitaire international et du droit mauritanien sur le traitement de l’esclavage ».

La troisième communication relative aux « Défis de la mise en œuvre de la Loi 2015-031 » présentée par le juge Bâ Aliou, président de la Cour criminelle spéciale de Néma chargée des affaires d’esclavage. Enfin, quatrième communication, celle présentée par Mohamed Ould Bneïjara, président de l’ONG ADIG partenaire du BIT sur le « Rôle des maires dans la vulgarisation de la Loi 2015-031 ».
Au cours de leurs interventions, les représentants des associations des droits de l’homme et des syndicats, notamment SOS Esclaves et l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), ou encore le FONADH et la CLTM, ont fustigé la non application des textes de loi condamnant et incriminant l’esclavage en Mauritanie.

A la fin des travaux, les participants ont approuvé les recommandations qui se sont articulées autour de trois cibles, les autorités administratives et la justice, les maires et les élus, puis la société civile.

La journée nationale du 6 mars consacrée à la lutte contre l’esclavage s’est achevée par le discours de clôture du Wali de l’Assaba, Mohamed Hacen Ould Mohamed Saad.
Cheikh Aïdara
Envoyé Spécial à Kiffa

ENCADRE 1

Projet Bridge en Mauritanie ; Appuyer les autorités dans la mise en œuvre de la loi 2015-031

Le Projet Bridge en Mauritanie est un projet d’appui à la mise en œuvre de la loi portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes. C’est une composante du Projet Bridge du BIT intitulé « Du Protocole à la pratique : une passerelle pour une action mondiale sur le travail forcé ».
Ce projet est justifié par la ratification en 2016 par la Mauritanie du Protocole de 2014 relative à la Convention sur le travail forcé n°29 de 1930 (c’est le deuxième pays africain à l’avoir ratifié). Il intervient surtout dans un contexte marqué par de fortes avancées réalisées par la Mauritanie dans la lutte contre l’esclavage, à travers l’adoption de la Loi 2015-031 incriminant l’esclavage à la place de la loi de 2007, l’adoption en 2014 de la Feuille de route pour éradiquer les vestiges de l’esclavage et la constitution d’un Comité ministériel pour l’accompagner, ainsi que la création de l’Agence Tadamoun pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage, sans compte la criminalisation de l’esclavage élevé au rang de crime contre l’humanité dans la Constitution de 2012 et la création de tribunaux criminels spécialisés chargés de juger les affaires d’esclavage.

Le BIT a dans le cadre du Projet Bridge Mauritanie procédé à la formation des maires sur la Loi 2015-031 et organisé la célébration de la Journée nationale sur l’esclavage du 6 mars dernier à Kiffa. L’objectif est de permettre aux maires de l’Assaba de bien s’imprégner de ce texte pour pouvoir la diffuser et la faire connaître à leurs administrés.

Cette initiative pilote, le BIT compte la dupliquer dans toutes les communes de la Mauritanie, en plus de la formation des élus, de la société civile et des journalistes, avec en prime la traduction de la Loi 2015-031 dans toutes les langues nationales.

ENCADRE 2

Témoignages : les maires de Kiffa peu informés sur la loi 2015-031

Aux 26 communes de l’Assaba s’étaient ajoutées, au cours de la Journée nationale sur l’esclavage célébrée à Kiffa, sept autres communes, dont Atar (Adrar) et Toujounine (Nouakchott) mais aussi l’association des maires du Tagant Le maire de Kiffa et président de l’Association des maires de l’Assaba, Mohamed Lemine Ould Mohamed Sidi, a dit toute sa satisfaction à l’issue des travaux qui ont marqué la Journée nationale de lutte contre l’esclavage.

« La qualité et la quantité des participants, la présence du Commissaire aux droits de l’Homme et du Directeur Général de l’Agence Tadamoun, celle des autorités administratives dont le Wali de l’Assaba, des partenaires, notamment le BIT, le Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme, l’ambassade des Etats-Unis, ajoutés à la présence de plus d’une trentaine de maires dont certains venus de l’Adrar, de Nouachott et du Tagant

Tout cela prouve, si besoin en est, l’intérêt qu’accordent les Mauritaniens à un phénomène que tous veulent prendre à bras le corps. Il ne s’agit pas d’une affaire strictement réservée à quelques associations, voire à certains individus qui l’utilisent pour des causes personnelles inavouées. Il s’agit d’un problème national à résoudre dans un consensus général, entre Mauritaniens mais aussi avec l’aide de nos partenaires ».


Pour le maire de Boumdeid, Mohamed Abdallahi Ould Khaye, « pratiquement peu de maires ont connaissance de cette Loi 2015-031 car personne ne l’a reçu encore de manière officielle. Certains en ont parcouru quelques articles et l’écrasante majorité n’en ont qu’entendu parler. D’où l’importance de cette journée qui a permis d’en savoir plus sur cette loi, dans l’espoir qu’une connaissance détaillée de ce texte de loi soit fournie. D’ores et déjà, je signale qu’au niveau de l’Assaba, aucun cas d’esclavage n’a jamais été signalé. On croit dur comme fer que ce phénomène a pratiquement disparu dans notre région ».

Pour Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghriny, président des Maires du Tagant, « la Journée nationale contre l’esclavage telle qu’elle est organisée ici à Kiffa est une initiative louable à saluer. La lutte contre l’esclavage et ses séquelles requiert la conjugaison de tous les efforts. L’Etat a mis en place tous les mécanismes tendant à l’amélioration des conditions de vie des populations »
ENCADRE 3 Alliance Française : Théâtre, chanson Rap et folklore contre l’esclavage

L’Alliance Française de Kiffa avait abrité dans la soirée du dimanche 5 mars 2017, une manifestation en prélude à la Journée nationale du 6 mars consacrée à la lutte contre l’esclavage dont la capitale de l’Assaba préparait les festivités.

Les jeunes de Kiffa ont présenté une pièce de théâtre en cinq actes intitulée « Le Cheval et la bride » de Diallo Taha Sow, puis un jeune Rappeur local a interprété une chanson conçue par l’écrivain Bios Diallo "Haram ! Haram !". La soirée riche en couleurs a été couronnée par une remise de prix aux lauréats d’un concours Quiz sur la loi de 2015 incriminant l’esclavage.

La soirée s’est déroulée en présence d’une délégation du BIT comprenant Setty Durand-Carrier, Sidi Mohamed Ould Deh et Seydina Alioune Diallo, ainsi que le président de l’Alliance et son staff, une délégation de l’ambassade des USA, plusieurs autres personnalités et un public jeune.

ENCADRE 4

Journée nationale de lutte contre l’esclavage : clash entre certains activistes et le maire de Kiffa

La célébration de la Journée nationale de lutte contre l’esclavage célébrée à Kiffa le 6 mars 2017 sous l’égide du BIT en collaboration avec l’Association des Maires de l’Assaba, a été marquée par un clash entre les organisateurs, accusés de vouloir faire « passer un message unilatéral pour redorer le blason du régime » et les antiesclavagistes de SOS Esclaves.

Ces derniers ont protesté vivement lorsque le président de séance, le maire de Kiffa et président de l’Association des maires de l’Assaba, a donné la parole pour la deuxième fois, au maire d’Atar, Ould Hmeimed, qui préside une association de maires mauritaniens contre l’esclavage. Ce dernier, invité à faire un discours lors de l’ouverture, avait en effet disserté pendant plus de quarante minutes sur la déclaration très controversée de son association, la déclaration dite d’Aleg, jugée unilatérale et dangereuse aussi bien par plusieurs activistes des droits de l’homme que par certains partenaires.

Très remonté contre cette prise de parole non programmée dans l’agenda de la soirée, l’avocat de SOS Esclaves, Me El Id avait en effet interpellé le maire d’Atar en lui lançant : « avant de venir ici pour parler esclavage, tu ferais mieux de régler d’abord le problème de l’esclavage largement répandue dans ta vile Atar et dans ta région. L’Adrar est le plus grand creuset d’esclavagistes en Mauritanie et il existe des dizaines de dossiers pendant devant vos tribunaux » s’est-il ainsi insurgé.



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