21-04-2017 07:45 - Mauritanie: la communauté noire dénonce son exclusion

Mauritanie: la communauté noire dénonce son exclusion

Le360 - Figurant au rang des premières composantes ayant fréquenté l’école française et pourvoyeuse de fonctionnaires pour la haute administration pendant les premières années de l’indépendance aux côtés des Idawalis et des maures de Boutilimit, la communauté négro-mauritanienne -terme regroupant les communautés non arabe et haratine- se sent aujourd'hui de plus en plus marginalisée en Mauritanie.

Un sentiment renforcé par le poids de l’histoire récente (événements de 1989) et un présent de moins en moins rassurant, en dépit de toutes les professions de foi officielles sur une unité nationale garantie par une harmonieuse cohabitation communautaire tissée par l’histoire, la religion, le sang, la culture…

La question du passif humanitaire (déportations, exécutions extra judiciaires particulièrement chez les militaires, expropriations terriennes) reste vivace dans les esprits malgré une ébauche de solution initiée par le régime civil du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, poursuivie après le mouvement «rectificatif» de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Cette procédure a débouché sur le retour au pays de près de 25.000 anciens déportés au Sénégal et des indemnisations relativement maigres pour les familles des militaires tués et les rescapés.

Toutefois celle-ci ne règle pas le problème de l’impunité des présumés auteurs de ces graves crimes de sang. En fait, ces militaires «sont couverts» par une loi d'amnistie controversée, contestée par les familles des victimes et les ONG de défense des droits humains, et adoptée en mai 2003, sous le règne de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Ce qui, aux yeux de nombreux observateurs, partisans de la justice transitionnelle, laisse entière l’équation de la vérité, préalable à toute idée de pardon et de réconciliation nationale.

Autant dire que la Mauritanie n’est pas arrivée à exorciser ses vieux démons ni à solder les comptes des années agitées du régime Taya, ex-patron de l’actuel chef de l’Etat.

A cela est venu se greffer l’épineuse question de l’accaparement des terres par la communauté maure dans la vallée du fleuve Sénégal.

Pire encore, l'opération d’enrôlement des Mauritaniens, entamée en 2011 par l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS) est venu aggravée les clivages raciaux. Cette institution, dirigée par un proche du président Mohamed Ould Abdel Aziz, elle est accusée de tous les maux et dénoncée à la fois à l’intérieur du pays et à l'extérieur par la diaspora mauritanienne, notamment par le Collectif des Mauritaniens de France (CMAF).

Ces dénonciations stigmatisent «un travail scandaleusement discriminatoire» dont le résultat sera «un véritable génocide biologique et rendra apatride des centaines de milliers de Mauritaniens originaires de la vallée du fleuve», se plaint ce haut cadre établi en France.

C'est dans ce cadre que s'inscrivent les revendications de plusieurs partis politiques d'obédience négro-mauritanienne (PlEJ, AJD/MR, APR, MPR, etc.), mais aussi de plusieurs associations et ONG dont ”Touche pas à ma nationalité" (TPMN) qui lutte contre l'enrôlement discriminatoire et plus récemment le "Mouvement pour la jeunesse de Mauritanie" (MPJM) à l'origine de la manifestation pacifique de dimanche dernier réclamant "l'assouplissement des conditions d'enrôlement pour l'accès aux pièces d'état civil". Dix jeunes de ce mouvement citoyen sont placés en détention provisoire depuis lundi soir.

Il faut du reste rappeler que cette opération d'enrôlement continue depuis son lancement en 2011 de susciter des manifestations dont l'une s'est soldée par la mort d'un jeune garçon à Maghama, dans la région de Gorgol, au sud du pays.

Pour ces jeunes, l'horizon qui était déjà tracé en pointillés devient plus compliqué encore pour nombre d'entre eux compte tenu des problèmes liés à l'enrôlement.

En outre, les communautés négro-africaines originaires de la vallée du fleuve s'estiment de plus en plus marginalisées au sein de l'armée nationale, particulièrement au sein de la police et de la haute hiérarchie militaire. De même, sont-elles de moins en moins présentes dans les hautes fonctions de l'Etat et plus rares encore dans la sphère économique.

Certains intellectuels n’hésitent pas à justifier cette situation par le statut de ”minorité” de la communauté négro-mauritanienne, comme si au sein de la République, le traitement des citoyens et l’accès à leur droit devaient découler du poids démographique de chaque communauté.

En atteste la passe d'armes entre deux députés de l'Assemblée nationale. Mahfoud Ould Jeyd, un député de la mouvance présidentielle, avait appelé à faire uniquement usage de l'arabe (langue officielle) au sein du Parlement et d'éviter la traduction en français ou les langues nationales au sein de cette institution, tout en sachant que certains membres des communautés négro-mauritaniennes ne parlent pas l'arabe.

Proposition qui avait fait réagir violemment la députée de l'AJD/MR Saoudatou Wane qui avait souligné: "il y a parmi la classe politique mauritanienne ceux qui combattent les noirs. Certains font tout pour exclure les noirs", qualifiant certains parlementaires "d'hypocrites et de racistes".

Du coup, pour l'AJD/MR, nous sommes face aujourd'hui aux signaux «d’ébullition d’un système en voie d’explosion, car ayant atteint un point de non-retour dans l’injustice».

Il n'est pas le seul à mettre en garde contre les dérives d'un système qui n'a qu'un objectif: marginaliser certaines couches de la population mauritanienne. C'est dans ce cadre aussi que s'inscrit la démarche du "Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines" qui souhaitent une plus grande représentativité de cette communauté au sein des sphères politico-économiques et sécuritaire du pays.

Il reste à se demander si les autorités de Nouakchott prêteront attention à toutes ces revendications légitimes pour une cohésion de l'unité nationale tant souhaitée par la population, mais qui semble ne pas être une priorité pour les dirigeants politiques.

Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya



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Source : Le360 (Maroc)
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Commentaires (9)

  • kalidou gueye (H) 21/04/2017 22:09 X

    Avant d être exclu, nous sommes d abord non reconnu. Signez cette pétition appelant à l officialisation de nos langues pour marquer un pas vers notre renaissance.

  • foutaanke (H) 21/04/2017 17:59 X

    @bertrand et mohamed w i le changement vous fait peur et je vous comprehends car ce systeme mafieux et inculte a pondu et laisser s'envoler des vampires qui veulent à present pereniser le regne de dracula la ceélébre matrice vampirique,le pays s'effondre economiquement ,toutes ses ressources ont étés sucées et ces richesses sont les seules motivation des regimes sans partages,l'histoire me donnera raison!

  • lass77 (H) 21/04/2017 17:45 X

    C'est évidemment trés fallacieux de dire que les Noirs sont minoritaires en Mauritanie qu'ils sont exclus de la sphère publique. C'est faux. Gare aux vieux demons et l'entretien des injustices aussi flagrantes. Allah nous éprouve tous. Quand on lit @Bertrand@ , @a.bennan@ sur cridem ça fait froid au dos. C'est inadmissible qu'un croyant pense ainsi et de surcroît aborde la situation en Mauritanie. il faut mettre les choses au claire, il n'ya pas d'Arabe en Mauritanie mais plutot des Maures Blancs ou Beydans qui monopolisent les pouvoirs et la lutte pour la justice doit etre portée aussi par les memes beydans et on ne compend pas l'entetement et l'aveuglement à vouloir rester dans le statut quo. C'est ainsi la nature humaine qui consiste à preserver les acquis et les privilèges voilà pourquoi certains beydans ne veulent pas de justice et d'équité malgré l'injonction de leur religion. C'est triste comme aberration quand on sait en tant musulman , on doit rendre des comptes au jugement dernier.

  • duroowo (H) 21/04/2017 14:43 X

    La realite qu'un mauritanie tout les noirs sont marginaliser c'est pour quoi personnellement je pense que le combat doit inclure les haratin et les negro-africains ensemble par ce que ces deux communautes souffrent le plus et leur trait commun c'est par ce que Allah les a cdonner un peau noir. Donc en politique tu peux avoir un partenair par la situation et n'est pas par le sang par ce que meme si les Haratins trouvent aujourd'hui etre droit et les negres ne l'ont pas eu sa ne changera pas et ne resoudre rien le combat contuniera. il y'a des maures qui parytagent la meme vision donc il faut que sa soit un combat general contre le regime extremiste et sauvin et lors de la conference de presse de la jeunesse mauritanienne il y'a un jeune maure qui a tres compris et expliquer pour quoi les maures ont ete liberes et les negres n'ont pas liberer c'est tout simplement AZIZ pour une raison quelconque veut diviser ce pays ne veut pas voir les negres et les maures et les haratins se manifestent cote a cote!

  • foutatoro (H) 21/04/2017 12:20 X

    C'est clair, la lave est en train de monter dangereusement et de façon accélérer vers le cône du volcan qu'est devenu cette "erreur coloniale". Ça chauffe de partout. Le système se meurt de sa belle mort. Doucement mais surement. (***) !

  • YAWARE (F) 21/04/2017 11:46 X

    Malheureusement c'est la réalité du pays la construction de l'Etat Nation a échoué:l'autonomisation des régions sur un Etat fédérale reste la solution à défaut nous allons vers la déclaration pure et simple de l'indépendance du sud. la déconstruction sociale est légitime du point de vues du changement sociale car un pouvoir non partagé s'ethicise et produit de l'ethnicité c'est le cas de ce pays aujourd'hui ou tous les vecteurs de changement sont au rouges.

  • zombie (H) 21/04/2017 11:42 X

    Le criminel de Ould Taya avait fait une partie du boulot en exécutant les militaires noirs,maintenant Aziz est entrain de finir le boulot en excluant la communauté noir de l'administration et pousser le reste le reste à l'immigration, tout le monde sait que le coup d'état de Aziz à Ould Taya c'était juste un coup monté pour permettre au dernier de s'échapper mais s'il pense qu'il s'est sauvé il se trompe.

  • mohamed w.l (H) 21/04/2017 09:32 X

    cohésion et l'unité nationale deux mot aimes par les complexes et les traîtres de la nation pour de raisons personnel et politique mais une chose est sure celui qui joue avec le feux se trouvera un jour brûler par son propre feux

  • Bertrand (H) 21/04/2017 08:42 X

    Vous êtes M360 des suppots de satan. dans tous les états il ya des ethnies et des différence. le français n'a rien à faire. au Maroc nous sommes prêt de l'explosion. Les amazigh se disent abandonnés, dépravés violenté. le peuple se prostitue au quotidien et travail en esclave pour joindre les bouts. les bonnes à tout faire font légion au maroc. La richesse du roi double celle du maroc. Les sahraouis n'ont pas oublié leurs origines et prendront leur indépendance. En Muritanie tout va bien. Personne n'est empêché de parler sa lmangue ou la langue des autres. Mais les langues officielles en Mauritanie ne comprennent pas le français.