12-07-2017 10:30 - Mauritaniens, indignez-vous !

Mauritaniens, indignez-vous !

Le Courrier du Nord - J’aimerai bien crier, à la face des « majoritants » et des opposants : ya ehel mouritani goulou eff e’khleytou. Expression intraduisible mais qui donnerait quelque chose comme : « mauritaniens, indignez-vous »! Depuis cinquante-six ans, les hommes politiques vous mentent. Vous volent. Vous humilient.

Le premier de ces mensonges est de vous faire croire que vous avez acquis votre indépendance, alors que vous dépendez encore, comme tant d’autres pays africains et arabes, de vos anciens maîtres. Nous ne produisons ni ce que nous mangeons ni ce que nous portons.

Je ne parle pas de nos moyens de locomotion et encore moins des armes qui permettent à nos forces de l’ordre non pas d’assurer notre sécurité mais de nous forcer à subir le joug de nos gouvernants. L’armée a pour premier rôle d’assurer la continuité du pouvoir jusqu’au jour où un militaire décide de remplacer un militaire. Ne dit-on pas chez nous « may mout sendri maaje wahed v belou » (si un soldat meurt, un autre le remplace ».

Cette « mort » peut être politique, par l’effet d’un coup d’Etat que l’on perpétue aussi contre les présidents civils, même élus démocratiquement.

Putschs à répétition : 1978…1981…1984…2005…2008…20..?

Notre temps politique est rythmé par les coups d’Etat. La « pause » de 2007 a été de courte durée. Une éclaircie démocratique qui devait seulement permettre à l’auteur du putsch de 2005 de préparer une gestion durable du pouvoir. Une supercherie politco-militaire appelée « Rectfication » qui dure encore aujourd’hui. Et l’on nous parle de démocratie, dix ans après !

Avoir accepté de jouer (de perdre ou de gagner) dans un pays où la politique se pratique, comme le golf, mais sur des sables mouvants, est le propre d’une élite clochardisée par le long règne de l’armée. La démarcation entre la majorité et l’opposition est une sorte de ligne Maginot que l’on transgresse allégrement en période électorale. Le peuple, éternel dindon de la farce, est mangé à toutes les sauces. Celle de la majorité intéressée ou de l’opposition sans consistance prenant ses rêves de (con)quête du pouvoir pour la réalité. Une opposition qui confond vitesse et précipitation et tombe, très souvent, dans le piège tendu par le pouvoir.

Aziz, qui était « le gardien du temple » durant le long règne de Taya, a reproduit son système. Le Système. Tribus, argent et savoir. Il l’a même perfectionné en lui passant une légère couche de machiavélisme; comme s’il avait lu Le Prince. Alors que Taya avait détruit l’armée pour gouverner avec les civils, Aziz a restauré la force pour s’assurer la loyauté de l’élite et dominer le peuple.

Éternel recommencement

Les réformes constitutionnelles que propose le président Aziz à la fin de son second mandat ressemblent, à s’y méprendre, à la « Rectification » par laquelle il avait justifié son usurpation du pouvoir en 2008. L’objectif étant le même entre arriver et rester.

Celui qui prétend s’être opposé en 2008 au retour de « l’Ancien régime » (dont une bonne partie se trouve aujourd’hui de son côté) réclame plus de temps pour « parachever » SES projets ! Un troisième mandat « informel » comme celui imposé au peuple burundais par Nkurunziza et ardemment recherché en RDC par Kabila.

Parce que l’opposition veut triompher sans livrer bataille, les réformes constitutionnelles, légitimes ou pas, passeront. Les peuples indignes et sans volonté se rangent toujours du côté de la force. L’élite corrompue les aura devancés sur la voie sans embûches de l’opportunisme, pas de l’opportunité offerte, comme en 2005 et en 2008, de faire avancer la démocratie. La course aux nominations et aux privilèges devient le maître mot de tous les agissements. On entend alors toutes sortes d’incongruités.

« La constitution n’est pas le Coran ». Elle peut donc être changée, échangée même ! « Le peuple est souverain », oui, mais on lui impose par l’article 38, devenu subitement TOUTE la constitution, après le rejet des amendements par le sénat, d’aller dans le sens voulu par le pouvoir. Certains opposants n’ont pas le droit d’assister à des manifestations (conférence de presse) parce qu’ils appartiennent à des organisations non reconnues (IRA, FPC).

Leurs droits de citoyens pouvant militer dans le parti de leur choix est ainsi bafoué. Et pourtant, ceux qui louent les amendements et magnifient les « réalisations » du président donnent libre cours à leurs facéties dans les médias publics, devenus propriété exclusive du Parti, et dans les salles de conférences des hôtels ou des maisons des jeunes. Les « initiatives » de soutien au président foisonnent et font le bonheur des télévisions et sites « peshmerga ».

Il s’agit souvent de jeunes loups formés à l’école de l’opportunisme politique. Des jeunes qui passent un temps à l’opposition, pour faire monter les enchères et, subitement, déclarent leur adhésion au parti au pouvoir parce qu’ils ont vu « les réalisations grandioses accomplies sous la direction éclairée du président et mises en œuvre par le Premier ministre ».

Depuis l’arrivée de l’armée au pouvoir, un 10 juillet 1978, c’est ce cycle qui fonde notre « démogâchis ». Mauritaniens, indignez-vous (goulou eff ekhleytou) pour freiner votre déchéance.

SNEIBA Mohamed



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Commentaires (8)

  • samboy (H) 12/07/2017 20:29 X

    Cher SNEIBA Mohamed c'est très bien de faire un topo de la situation de notre chère patrie. Mais moi j'ai 2 questions à te poser: - pour quoi tu deviens pas le leader du mouvement des indignés"? pour quoi tu n'organises des manif?

  • bleil (H) 12/07/2017 13:30 X

    Depuis le 10 juillet c’est toujours le même scenario ; promesse du changement démocratique pour un avenir meilleur, dénigrement du bilan des prédécesseurs, une surexposition médiatique préélectorale, l’élection à la mbengue, ….et silence radio. Nos militaires sont frénétiquement captivés par l’exercice du pouvoir politique et surtout du profit qu'ils tire maladroitement de ses privilèges… Pour freiner notre déchéance et la decrépitude de notre pays, nos paisibles populations, meurtries et indignées, attendent que le dernier des caporaux fasse son putsh et donne le plein pouvoir à ses ayants droit; Comme l’a si bien dit Mao Zedong "C'est quand la merde et le pet sont sortis que le ventre est soulagé !"

  • samba el bakar (H) 12/07/2017 12:46 X

    Ce que l' on conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément:en souvenir des leçons de la littérature de nos anciens colons (pardon,de nos toujours colons) Monsieur,Sneiba,vous n'avez pas écrit cette article pour vous attirer les dithyrambes de ceux qui sont prêts à le faire à tout venant,mais comme il reprend exactement ce que je pense,je ne puis que vous exprimer mon admiration de l' avoir fait.Malheureusement l' indignation pour la chose publique n'est pas dans les habitudes de la République des déserts où l' esprit de razzia est latent en chaque citoyen de ce Pays.Les hommes au Pouvoir et ceux d' en face considèrent la plupart l' État comme "le bien des blancs" donc le pillage comme un geste de nationalisme triomphal.

  • leguignolm (H) 12/07/2017 12:31 X

    Je ne sais pas à quel genre individu vous, vous adressez quand vous parlez d'invariabilité du coran. Si non comment quelqu'un est arrivé posé sa main droite sur ce même livre du coran qu'il ne va rien modifier de la constitution et il revient nous dire que la constitution n'est pas du coran. Bien sûr que la constitution n'est pas coran, le pourquoi on a posé la main sur le coran pour qu'on ne modifie la constitution.

  • donogaladiegui (H) 12/07/2017 11:50 X

    Voilà en quelques lignes résumée la triste réalité de l'histoire de notre beau pays. Pour illustrer votre belle analyse j'ai demandé à un professeur américain d'origine irlandaise de me calculer à partir des données de la banque mondiale et du FMI le montant dilapidé par nos gouvernants depuis le 28/11/60 au 30/06/2017 , il a tripoté son ordinateur pendant quelques minutes ,il m'a dit tout simplement que c'est impossible, regardes le message " ERROR MUCH MONEY " ,J'ai pensé aux petits jemal et Adama qui sillonnent les rues de Nouakchott à la recherche du repas quotidien .C'est abominable, quelle cruauté .

  • sallabarry (H) 12/07/2017 11:36 X

    Tout ce qu'il faut dire est dit dans cet article mais tu as oubliè que (fisalifou zemane) on fabriquè des (thelathetou khiyam) qui disparu dès le premier coup d’état en 78 merci et mille merci Sneiba

  • mystere1 (F) 12/07/2017 11:28 X

    @SNEIBA Mohamed!tu as exactement relaté l'historique jusqu'à ce 2017, l'existence quotidienne du pays, en effet seul un peuple d'un pays quelquonque doit construire sa nation, et la notre doit être reconstruite sur de bonne bases saines sur tous les plans connus, afin de bien démarrer normalement. Si nous prenons le cas de ces ordures, mais cette situation infernale est dû à nous, citoyens, nous sommes responsables tous de tout ce qui se passe, c'est l'H qui salit la nature et doit la nettoyer selon ses efforts et moyens, prenons l'exemple de la grande mosquée d'en face de noukta sakhina (point chaud), mais c'est insultant, honteux et indigne pour nous se disant des musulmans, alors que l'islam exige la propreté pour adorer Le Seigneur, mais non, les gens s'en foutent, et font leurs dégats la bas, meme les animaux ne le font pas, on devrait exiger de fortes amendes à ceux qui salissent et font leurs besoins insalubres à ce lieu culte, allez y à coté de l'église, mais on ne verra pas presque une seule trace de saleté ou d'urine, non mais c'est horrible, et dégoutant pour un pays qui se dit RIM, alors qu'il est sensé d'incarné ce que notre sainte religion exige, et j'en passe, sous d'autres formes d'insalubrités à caractères non substances et non choses........

  • Ibadou (H) 12/07/2017 10:59 X

    Très belle analyse avec cette pincée de sel "Il l’a même perfectionné en lui passant une légère couche de machiavélisme; comme s’il avait lu Le Prince". C'est là la force du jeune homme qui machaallah a appris et dépassé ses maîtres ! Mais comme il est impossibles de corriger certaines limites structurelles ! il virevolte comme un vieux rapace en fin de vie, avant de s'empaler sur les clous du barbelet sur lequel est perché le jeune moineau .