02-08-2017 13:51 - Aziz à Nouadhibou : "Veni, Vidi" mais c’est tout!

Aziz à Nouadhibou :

Mauriweb - 25 ans d’exercice. Médecin de son pays, Dr Abdessamed Greymich, fait la vacation pour subvenir aux besoins de sa famille. Sans courber l’échine. Curieuse trajectoire que celle de ce médecin admis à exercer à l’étranger et dont le pays n’a pas voulu de l’expertise.

Au risque d’écorner la célèbre citation de J. César, « je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu», le président Mohamed Ould Abdelaziz ne pourra certainement pas se prévaloir de la dernière maxime. Il a beau rappelé que les investissements ont franchi des seuils jamais égalés ; qu’il a construit et équipé des dizaines d’hôpitaux ou de centres de santé mais la réalité amère restera encore là. Les mauvaises pratiques aussi. Pour combien de temps encore?

Après dix ans de règne, et alors qu’il visite la capitale économique pour appeler les citoyens à voter en faveur des amendements qui, selon lui, vont hisser le développement du pays, là dans cette foule erre incognito, Docteur Abdessamed. Un médecin qui scrute encore l’horizon d’un espoir déjà effiloché.

Un mirage dont il ne peut se saisir. Un espoir…peut-être sans lendemain. Les frasques sont partout. Le secteur de la santé n’y déroge pas. Malgré le déficit en professionnel de santé, 691 médecins pour tout le pays, en 2016, le management de la ressource humaine n’en a cure du serment d'Hippocrate. Ici, c’est à la tête du client. Ou à ses bras longs.

Mardi sous ses pieds, sur cette terre de Nouadhibou que foulait le président, est né un homme fier. Un médecin formé pour apporter son expérience à son pays après en avoir fait profiter les hôpitaux et centres de santé canadien ou belge. Mais c’est un homme un peu hors du moule du mauritanien «normal». Un homme qui préfère vivre avec un peu de pain et un peu de paille pour préserver sa dignité.

Fils de notabilité locale, entre les illustres familles Greymich et Ehel Mohamed Saleh, ce médecin aux cheveux aujourd’hui grisonnants, ne s’attarde pas sur ces considérations. Il a même tout accepté, tout enduré avec un enfant malade sur les bras, en revenant dans son pays sauf la résignation ou l’humiliation. Son honneur n’est pas à négocier. Un homme qui a appris à ne pas mâcher ses mots. A dire quelque soit l’interlocuteur, les mots les yeux dans les yeux. Et c’est cette franchise et ce franc-parler qui ont eu raison de lui dans un monde de laudateurs, de béni-oui-oui près à se courber au premier claquement de doigts.

Dr Abdsammed ne fait pas de politique. La seule qui vaille pour lui c’est celle de servir ses patients quand on lui donne l’occasion. Indissociable du malaise des médecins, qui plusieurs fois l’année battent le macadam à Nouakchott, la situation de Dr Abdessamed Ould Greimich est un peu particulière. Son exemple est encore plus douloureux parce qu’il a le sentiment d’être rejeté «sans savoir pourquoi».

Il n’a jamais compris que c’est au prix du clientélisme tribal et régional que les choses se nouent et se dénouent au ministère de la santé. Comme d’ailleurs dans tous les secteurs de l’activité publique. Un homme, fusse-t-il docteur dans un pays qui en a énormément besoin, se jauge à l’aune de sa soumission, de sa tribu, de sa région ou de son engagement politique. Beaucoup de « valeurs » à l’antipode de l’orthodoxie d’un bon médecin mais c’est comme cela que ça marche à défaut d’avoir suffisamment d’argent pour ouvrir son propre cabinet.

Dr Abdessamed a beau voir défiler une dizaine de ministres, et côtoyer des élus et hauts fonctionnaires de sa région, il traîne l’énorme défaut d’être lui-même. Sans façon et sans gants. Des principes qui vous recalent à la première interview parce que vous n’êtes pas malléable et corvéable à volonté. Aujourd’hui, Dr Abdessamed pensait encore rencontrer le président pour lui raconter ses déboires. Mais peine perdue. Il n’appartient pas à ce microcosme politique qui se vend à tous les dirigeants pour placer ses enfants et ayant-droits aux meilleurs postes.

Dr Abdessamed est même conscient du risque pris à raconter son «affaire » à des journalistes critiques. Mais il assume sachant que ce n’est pas la meilleure boîte à lettres pour sensibiliser le président sur son sort. «Je veux juste que le président sache que beaucoup de choses lui sont camouflées» accordant encore le doute de la bonne foi.

Incompris. Insoumis. Dr Greimich qui pense encore, à son âge reprendre "l''aventure" à l'étranger, fait face à des réalités vivaces dans un pays dont le gouvernement avait pourtant lancé en 2010 un «appel à tous les médecins » pour revenir mouiller leurs blouses au pays.

Aujourd’hui, il regarde son avenir –déjà derrière lui- avec philosophie et s’en remet fatalement à la providence Divine car la justice des hommes est limitée dans le temps et dans l’espace.

J.D







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Commentaires (2)

  • yanis (H) 02/08/2017 17:54 X

    La fonction de "préposé aux bénéficiaires" au Canada ne serait-elle pas l'équivalent d'aide-soignant en France ? Je me trompe peut-être...

  • Hamdoulah (H) 02/08/2017 14:50 X

    Dr fait ce que tu peux faire de mieux dans ce noble métier et ce n'est pas le terrain qui manque, malgré ton abandon de 25 ans de tes misérables patients aux frais desquels, tu as fait des études et parti soigner ceux qui ont moins besoin de toi. Vous savez vous alliez exactement faire comme ceux de vos confrères que vous pré-jugés, le seul problème vous êtes arrivés en retard. Sinon mettez le fruit et les bénéfices tirés de votre travail à l'étranger, comme tes compatriotes soninkés, investissez et mettez vous au travail. Déjà quand vous vouliez coute que coute rencontrer Ould Abdel Aziz, vous auriez une main qui se trouve en bas et ça dans l'imagerie populaire c'est dégradant.....Bon courage tout de même Allah SWAT ne dit Il pas qu'Il est avec les patients ?