31-10-2017 09:00 - Mauritanie : Une saignée dans la fonction publique

Mauritanie : Une saignée dans la fonction publique

Le360 - 2.000 agents de la fonction publique mauritanienne, parmi lesquels de nombreux hauts responsables, devraient prendre leur retraite à la fin de l'année.

Ce départ massif pourrait avoir de graves conséquences sur le fonctionnement de l'Administration qui peine à renouveler ses effectifs. La fonction publique mauritanienne va connaître une véritable saignée à la fin de l’année.

En effet, le département de la gestion du secteur public a déposé la semaine dernière, sur la table du Premier ministre, Yahya Ould Hademine, "une liste de 1.668 fonctionnaires admis à faire valoir leurs droits à une pension de retraite à partir de décembre 2017. Parmi les personnes concernées figurent "des ministres, des secrétaires généraux et une pléthore de directeurs généraux", révèle le quotidien L’Authentique.

A l’annonce de cette nouvelle, de nombreux observateurs, notamment les plus moins âgés ont tendance à se réjouir.

«Tant mieux si les dinosaures quittent la place pour la laisser aux jeunes», pensent-ils. Le renouvellement générationnel est d'autant plus souhaité que, selon les indications des organisations internationales, le taux de chômage tournerait autour de 30% et toucherait de nombreux diplômés. Toutefois, dans le contexte mauritanien actuel, les observations à ce sujet sont plus nuancées et même fortement contrastées. Les départs à la retraite de ces fonctionnaires pourraient créer un vide.

Dans certaines grandes directions publiques, les recrutements directs avaient été bloqués de 1984 à 1997, soit durant 13 longues années. Ce qui fait qu’au niveau officiel, la perspective de ces départs massifs semble déjà poser un problème. L’Authentique ajoute «une fois n’est pas coutume, la saisine du Premier ministre se présente sous la forme d’une requête pour avis à prendre, compte tenu de la situation de l’Administration publique qui a perdu nombre de ses cadres au cours des dernières années. Le ministère de la Fonction publique voudrait conserver temporairement ces prétendants à la retraite afin de permettre à l'Administration d’avoir le temps de compenser le vide laissé».

Voudrait-on ainsi simplement maintenir en activité «quelques dinosaures» dans le cadre d’un arrangement pour certains fonctionnaires? Pour Moussa Ould Hamed, ancien directeur général de l’Agence mauritanienne d'information (AMI), il s’agit plutôt «d’une question sérieuse. Car, pour remplacer les plus anciens, il ne se pose pas un problème de quantité. On est en face d’une véritable équation du point de vue de la qualité. D’ailleurs, une observation attentive de la gestion de l’Administration permet de noter de nombreuses carences, nées de la défaillance dans le montage de plusieurs projets. Le résultat est une faible capacité d’absorption qui ne permet pas un usage optimal des ressources destinées aux programmes de développement économique et social du pays. La perspective de ces départs avec l’arrivée d’une génération issue d’un système éducatif en pleine déconfiture risque d’aggraver le problème», explique-t-il.

En effet, si le problème de remplacement des vieux cadres se pose avec tant d'acuité, c'est parce que les recrutements des dernières années n'ont pas fait de la compétence un critère essentiel. Ainsi, de nombreux faux diplômés grossissent-ils les rangs des fonctionnaires incompétents. L'Administration mauritanienne est actuellement truffée de responsables aux CV ronflants, bardés de diplômes, mais incapables de rédiger la moindre correspondance en arabe, langue officielle, ou en français, langue à usage courant.

«Un fléau nouveau et totalement inconnu chez les anciens», note un fonctionnaire d’âge mûr. La situation est si préoccupante qu'au début de l’année 2017, un haut responsable d’un ministère plaidait en faveur «de la création d’une agence nationale chargée de l’authentification des diplômes des fonctionnaires publics», à travers une sortie sur sa page Facebook.

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidiya




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Source : Le360 (Maroc)
Commentaires : 11
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Commentaires (11)

  • ftmely (F) 01/11/2017 09:20 X

    Rassurez-vous ce départ massif ne créera aucun vide, par contre, il permettra à d’autres mauritanien de prendre le chemin de l’emploi. Ces fameux expérimentés comme vous dites ont commencés le travail sans aucune expérience, certains n’ont même pas de niveau, et pourtant ils tournent la boite tant bien que mal. Alors, ils doivent céder la place et nous devons éviter d’inculquer dans l’esprit de certains qu’ils sont irremplaçables, d’autant plus qu’a 60 ans d’âge, la production devient quasiment nulle même dans l’administration.

  • foutatoro (H) 31/10/2017 13:56 X

    Y a plus d'administration dans ce pays depuis... 1989. Avec la radiation massive des négro-africains de la fonction publique. Les faits sont là et têtus. Plus de kwaar ! Plus d'Etat ! C'est aussi simple.

  • nabuchodonosor (H) 31/10/2017 13:14 X

    Un Etat de Droit qui se respecte doit appliquer les textes sans aucun état d'âme! Le droit à la retraite est avant tout un droit à tout agent public qui doit en profiter. Si maintenant une administration quelconque a besoin des qualifications ou de l'expérience de quelqu'un elle peut faire recours aux contrats y afférant (consultant, expert, formateur) au moyen des procédures appropriées. D'autre part, la question de l'âge de départ à la retraite pourra être discuté plus largement au parlement.

  • Lebatmohamed (H) 31/10/2017 12:34 X

    Le phénomène des faux diplômes s'est généralisé dans la fonction publique , en l'absence de toute volonté politique pour le combattre . Au contraire , le système en profite pour faire passer les nominations faites sur la base du népotisme et du favoritisme . Il y a quelque temps , une dame a été nommée contrôleur d'Etat, poste on ne peut plus sensible dans l'administration. Certains de ses collègues ont été surpris par son incapacité à écrire le moindre rapport. Elle n'a pas le niveau du cours élémentaire nu en francais , ni en arabe. Elle avait présenté un diplôme de master falsifié au Sénégal dont personne à la fonction publique n'a voulu ou n'a pu vérifier . Elle prétendait avoir une parente au sommet de l'Etat et c'était suffisant pour dissuader tout le monde. Elle est toujours à son poste et touche un gros salaire (800. 000 net) sans aucune contrepartie alors que les jeunes diplômés bien formés sont des milliers à se bousculer pour participer à des concours bidons alors qu'on recrute par ailleurs à tour de bras sans la moindre vérification des diplômes.

  • lamine98 (H) 31/10/2017 12:22 X

    Ils s'en foutent que tu sois diplômé d'Harvard, Oxford ou Polytechnique. Il suffit d'avoir un QI d’huître et être nul à chier pour avoir une promotion dans un pays qui prône la médiocrité et la facilité.Ce qui compte :"fils ou fille d'un grand laudateur qui a soutenu, dansé et fait des "salto"" pour le gouvernement, wakhayart biiiik..." la personne promue incompétente pourra jouer ensuite la plante verte, jouer sur le "m'as tu vu?" et surtout bien se remplir les poches. On en est là, ça fait pitié dans un pays qui regorge de ressources où un éleveur d'escargot peut devenir ministre ou directeur. Ainsi, l'administration est entrain de récolter les pot cassés à cause des opportunistes.

  • patheyero (H) 31/10/2017 11:58 X

    In a plus 100,000 diplomes' chomeurs. On n'y aura pas des problems a renouveler les fonctionaires.le gvt n'a qu'a envoyer aussi 5000 militaires et gendarmes, gardes, policiers, douaniers, marins en retraite.

  • samba el bakar (H) 31/10/2017 11:40 X

    Vous pensez pouvoir faire ceci,cela ? MAWMOUCHKIL. Mais vous avez cassé ceci ou cela! AADII.. Voici les attitudes fortes symboles de l' incurie et du désordre qui ont accompagné notre vie durant,la gestion de la République.Osez sortir de ce contexte,et vous voilà taxé de Nasrani.Ce qui arrive à la fonction publique est le lot général de l' ensemble des secteurs.Des tricheurs ont fait du faux et usé du faux pour accéder à des postes de responsabilité ce qui a conduit à une chaîne d' incompétence bien fermée.Comme je disais,dans les temps passés,le poste de responsabilité,les avantages et les honneurs étaient dévolus à un Beydane et on mettait sous ses ordres le Négre de service pour effectivement faire le boulot.Mais de nos jours,un incompétent va coiffer un autre plus incompétent que lui. Pour le cas des diplômes frelatés,cette gangrène qui mine le pays,il faut certes une institution de contrôle avec des procédures strictes à commencer par le baccalauréat par lequel on a rempli nos facultés avec des illettrés,mais à qui la confier?

  • jakuza (H) 31/10/2017 10:45 X

    Ce qui est équitable c'est que les retraités cèdent la place! Pour une administration performante le recrutement doit se faire dans la transparence et la question des faux diplômes est vraiment facile à régler. En effet, toutes les écoles et universités du monde peuvent à tout moment authentifier ou non les diplômes qu'elles délivrent. La solution encore une fois n'est pas de retenir ceux qui doivent partir mais de faire en sorte qu'ils soient remplacés par des personnels qualifiés.

  • Marathon International de... (H) 31/10/2017 10:25 X

    Cette situation trouvera une bonne solution avec son Excellence Madame la Ministre Dr Coumba BA que j'ai connue et avec qui j'ai eu à travailler le temps où elle fut Ministre de la JEUNESSE et des SPORTS. Elle a une façon exemplaire de traiter les dossiers avec de la hauteur ou l'intérêt national compte beaucoup. Etant plus âgé qu’elle, j’ai eu à beaucoup apprendre avec elle. Excellence Dr Coumba BA, s'il vous arrive de passer par Nouadhibou tous les membres de notre marathon se feront l'honneur de vous recevoir dans nos modestes bureaux et de vous ouvrir tous nos dossiers. VIVE la MAURITANIE travailleuse !!! Mohamed HAIDARA Dg du marathon International de NOUADHIBOU

  • abma (H) 31/10/2017 10:11 X

    Le début de la descente aux enfers. Déjà l'administration digne de son n'existe plus depuis longtemps. Si ce semblant administration perd le peu de cadres compétents et accueille les niveaux déformer dans l'éducation nationale azizienne, c'est tout simplement la catastrophe. Aucun projet valable ne peut plus aboutir. Les autres pans de l'Etat sont également presque dans le même état, minée par la corruption, le clientélisme, le tribalisme, la gabegie,... que sais-je encore?

  • brabak (H) 31/10/2017 09:45 X

    J'ai personnellement connu d'ancien élèves de collège qui sont partis faire des soit-disant études supérieures et qui sont revenus avec des diplômes deux années seulement après.