Cridem

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03-06-2012

06:26

Après Ely-Com voici Ely-Tribu: La révolution par la voie tribale

Dans la soirée du 30 mai courant le colonel Ely ould Mohamed Vall a reçu dans à son domicile à Nouakchott des jeunes de la tribu des Oulad Bousbaa pour l’entendre leur parler politique.

Il ne s’agissait ni de discussion ni débat, mais bien de consignes et d’orientations politiques adressées à des jeunes sur lesquels il croit avoir une autorité tribale. Tous l’ont vite compris et la majorité n’a pas apprécié.

Quelques dizaines de jeunes, mus principalement par la curiosité et le respect traditionnel de leurs ainés, ont répondu à ce qui n’est, sommes toutes, qu’une invitation à diner d’un parent éloigné qui fut autrefois président. Un tiers des invités qui, semble-t-il, voulaient simplement faire acte de présence, sont partis immédiatement après avoir diné croyant que la messe avait été dite.

C’est alors que Ely ould Mohamed Vall a pris la parole devant une assemblée hétéroclite de quelques jeunes dont le seul point commun est leur appartenance à la tribu des Oulad Bousba . Son message était une invitation exclusive aux jeunes de sa tribu à lancer une initiative politique qui les impliquerait dans la contestation orchestrée par la COD et Tawasoul en vue d’obtenir le départ du régime du président Mohamed Abdel Aziz.

Dans un silence gêné les jeunes Oulad Bousba ont entendu Ely ould Mohamed Vall s’en prendre violemment aux « vieux de la tribu » qu’il a qualifié de matérialistes et de corrompus. « Je ne veux pas d’eux » a-t-il dit « je veux la jeunesse, et je suis flatté de la voir ici ce soir » avant de conclure sa diatribe contre le pouvoir en invitant les présents à se désolidariser du régime dirigé par leur cousin, sans pour autant oser prononcer le nom de Mohamed Abdel Aziz.

On raconte qu’à la sortie de la réunion, un passant curieux de l’attroupement de véhicules devant la maison de Ould Mohamed Vall demanda aux présents ce qu’il se passait. Un jeune sbai non dépourvu de perspicacité et d’humour lui répondit qu’il s’agissait de « condoléances ».

Quelle est donc la raison de cette étrange réunion féodale, ouvertement tribaliste, et pourtant organisée par un homme qui souhaite faire de la politique et se présenter comme démocrate et donneur de conseil à la jeunesse du 21eme siècle.

Pour comprendre cette dernière tentative de Ely, faisons un peu d’histoire. Posons-nous la question; depuis quand le colonel Ely s’intéresse-t-il à la politique? La réponse est simple: depuis un certain 3 Août 2005 où son jeune cousin le colonel Mohamed Abdel Aziz frappa à sa porte pour l’informer de sa décision de destituer Ould Taya et de le mettre à sa place.

L’inamovible Directeur Général de la Sureté de Ould Taya n’en revenait pas et sa surprise n’eut d’égal que sa peur de voir le coup d’état échouer. Ses craintes furent rapidement dissipées par la détermination et l’assurance de son jeune cousin ; quelques heures plus tard l’homme qui n’a jamais fait de politique s’est retrouvé président du CMJD et officiellement maitre du jeu politique du pays.

La métamorphose de l’homme de renseignements en homme politique s’annonça difficile voire impossible. Ely en réalité, ne savait faire que de l’argent et rien d’autre. La seule autre chose qu’il était censé faire était le renseignement pour le régime de Ould Taya et à l’évidence il n’y parvenait pas très bien pour la simple raison qu’il n’a senti ni la tentative échouée de juin 2003 ni le coup de réussi de son propre cousin en aout 2005.

On peut donc se demander pourquoi le colonel Ould Abdel Aziz a choisi de mettre le colonel Ould Mohamed Vall à la tête du CMJD ce soir-là?

Dans une sous-région de l’Afrique ou les capitaines et sergents n’hésitent pas une seconde à se proclamer chef suprême de la nation, la question donne à réfléchir. Est-ce par discipline militaire et respect de l’ancienneté dans le grade? Si c’est le cas c’est une erreur de jugement. Est-ce par tribalisme? Si c’est le cas c’est bien dommage, surtout qu’il a été très mal remercié de sa solidarité tribale par l’intéressé. Est-ce alors par perspicacité et intelligence politique? Auquel cas, Chapeau!

Quoiqu’il en soit, les mauritaniens n’ont pas tardé à découvrir le vrai visage de celui qui fut en tant que DGSN, le numéro deux du régime Taya pendant deux décennies et qui cachait sa véritable personnalité derrière le mutisme bien convenant de Directeur Général de la sûreté, et ils ont été reconnaissants à Ould Abdel Aziz de l’avoir révélé au grand jour.

Leur gratitude ils l’ont exprimé clairement le 18 Juillet 2009 en réservant plus de 52% de leurs voix à Ould Abdel Aziz, comme ils ont exprimé leur déception en réservant 3% à Ely ould Mohamed Vall le Même jour.

Quel fut le comportement du colonel Ely après sa mise au pouvoir le 3 aout 2005? Il a d’abord fait ce qu’il a toujours eu l’habitude de faire, c’est-à-dire garder son mutisme pendant plus de cinq jours sans s’adresser à la nation. La première déclaration politique du CMJD fut faite par le jeune colonel Aziz sur les ondes de la Voix de L’Amérique le lundi 8 aout 2005: « Nous n’irons jamais au-delà de deux ans, le temps d’organiser des élections libres et transparentes». C’est sans équivoque.

Encore une fois Ely a été pris au dépourvu par la détermination et la clarté de vision de son jeune cousin et ne savait plus sur quel pied danser. Cette présidence providentielle qui venait de lui tomber du ciel venait de se voir limitée dans le temps et risquait de lui filer entre les mains.

A partir de cette déclaration Ely a compris qu’il est simplement le Président par défaut et que son imprévisible jeune cousin a d’autres projets pour la Mauritanie et que ceux-ci ne consistent pas à la lui servir sur un plateau. Il fallait donc pour Ely mener deux batailles: Essayer de s’éterniser au pouvoir et de se faire beaucoup d’argent. Il a échoué à la première, mais il a gagné la deuxième.

Ces discours inintelligibles, qui lui ont valu le surnom «Endemma», n’ont pas convaincu les mauritaniens. Sa fameuse phrase «les relations avec l’Etat d’Israël sont une ligne rouge» lui a valu le rejet des mauritaniens et sa dernière sortie enjoignant aux mauritaniens de « votez blanc » aux élections afin qu’il puisse rester à la présidence lui a valu leurs mépris.

Ses 54 hectares de terrains à Nouakchott auto-octroyés, ses 26 milliards d’Ouguiyas d’arriérés fictifs payés aux fournisseurs, ses 100 millions de dollars de Woodside, les 105 millions d’Euros de l’accord de pêche, ses commissions de la licence téléphonique qu’il a accordé à Chinguitel et ses voyages aux émirats du Golf lui ont permis d’amasser une immense fortune.

Il a gagné la bataille de l’argent car c’est celle à laquelle il s’est le mieux entrainé au cours des années Taya. D’ailleurs si son agent personnel et homme de main ‘’ Ely Ould Sfeira’’ a été arrêté dernièrement par la police pour avoir soutiré de l’argent à certaines chancelleries à l’insu de son maître; c’est qu’il est habitué à le prendre à son nom. Si non pourquoi des ambassades donneraient-elles leur argent à un inconnu qui le demande au nom d’Ely Ould Mohamed Vall?

Durant cette période de 2005 à 2007, Ely s’est transformé si vite en véritable concurrent des hommes d’affaires en recevant les compagnies et commerçants étrangers à la présidence et en l’absence du président du patronat mauritanien CGEM que celui-ci pourtant son ami et cousin a pris ombrage de cette concurrence déloyale au point de s’exiler hors du pays. C’est alors que Ould Abdel Aziz décida d’arrêter l’hémorragie en réduisant la durée du mandat du CMJD de 24 à 19 mois au grand regret de Ely.

Puis vint la période de Sidi ould Cheikh Abdellahi avec ses propres déboires qui conduiront au mouvement rectificatif du 6 Août 2008 et aux états généraux sur la démocratie. Là encore aucun signe de Ely qui s’est renfermé dans son mutisme habituel. Contre toute attente Il n’a pas soutenu son cousin, qui l’avait pourtant mis au pouvoir en 2005, et n’a pas non plus rejoint le FNDD à Dakar.

En réalité, Ely avait essayé pendant cette période de se repositionner sur l’échelle internationale en choisissant un tout autre créneau: celui de la Shoa! Il parcourrait le monde occidental en courtisant les lobbies qu’il croyait à même de lui permettre de réaliser un scénario à la ‘’Amadou Toumani Touré’’ en briguant le fauteuil présidentiel après le premier mandat de Sidi ould Cheikh Abdallahi.

Jusqu’au jour où son jeune cousin devenu entre-temps Général, puis Chef de l’Etat démissionne de l’armée et décide lui-même de briguer un mandat présidentiel après avoir montré aux mauritaniens pendant ces 9 mois à la tête du HCE sa volonté réelle de rupture avec les méthodes de gestion du pays des anciens régimes.

Tous les plans de Ely s’écroulèrent tel un château de cartes et il a fallu qu’il improvise rapidement une candidature aux présidentielles de juillet 2009, à peine deux ans après son départ de la présidence. En fait, il dû le faire tellement vite qu’il en oublia de démissionner de l’armée et présenta son dossier de candidature au Conseil Constitutionnel alors qu’il portait encore son uniforme.

Malheureusement pour lui, la mémoire des mauritaniens étaient encore fraiche et ils n’avaient à l’évidence aucune nostalgie de sa présidence. Ce qui compliqua l’affaire, c’est que l’opposition égarée à Dakar, ne l’était pas au point de se rallier derrière Ely et le présenter comme son candidat unique contre Ould Abdel Aziz. Après une longue hésitation, qui le caractérise, il décida d’aborder les élections en solo. Le résultat est connu : 3% laborieusement glané à coup de milliards d’Ouguiyas.

Après les élections présidentielles de juillet 2009 ou son cousin battu largement tous ses concurrent et lui en particulier, Ely avale une énième fois sa défaite et sombre de nouveau dans son mutisme durant deux ans jusqu’à sa dernière apparition, il y a quelques semaines, aux côtés des opposants de la COD. Pourtant les occasions de se positionner politiquement ne manquèrent pas ses deux dernières années. Ni la fuite de son ami Ben Ali, ni la chute de Moubarak, ni même le lynchage de Kadhafi et la vagues des printemps arabes ne le firent sortir de son mutisme.

Ce n’est qu’après une mystérieuse visite au Liban il y a quelques mois que l’ex-DGSN se remit soudain à la politique en disant étrangement du bien des islamistes. L’histoire semble se répéter et l’homme n’a rien appris de son passé ni compris le message que lui ont adressé ses compatriotes. Sauf que cette fois-ci le jeune cousin qui lui avait servi la présidence sur un plateau en 2005, est entre-temps devenu Président de la République démocratiquement élu à 52% par le peuple mauritanien.

Le pays est un chantier, la capitale a changé de visage, le triangle de la pauvreté est devenu celui de l’espoir, la croissance est là malgré une crise économique mondiale sans précédent, les prédateurs sont en prison, les sociétés payent leurs impôts, l’Etat civil autrefois inexistant est aujourd’hui radicalement modernisé, les forces armées et de sécurité se sont renforcées et vont de victoire en victoire contre le terrorisme, les policiers n’osent plus réclamer 200 UM, les réseaux de trafic de drogues et de la contrebandes se sont taris, l’ambassade d’Israël est fermée et les caisses de l’Etat sont pleines à craquer. Il y de quoi faire couler la salive des envieux.

On comprend alors mieux pourquoi Ely ould Mohamed Vall regarde de nouveau avec nostalgie vers la présidence. Mais pourquoi donc ce dernier appel désespéré de Ely à un cercle étroit de jeunes de sa tribu qui, n’étant pas organisé en force politique ne peuvent rien pour lui? Pourquoi par exemple ne pas discuter avec ceux qui se sont opposés à Mohamed ould Abdel Aziz bien avant lui et dès le 6 aout 2008 tels que Messaoud ould Boulkheir ou Boidiel ould Houmoud? Aurait-il enfin compris que cette voie là est définitivement fermée pour lui après avoir entendu ce qu’a dit de lui le leader de l’APP lors de son interview à la TVM?

Cette fois-ci, Ely veut changer de méthode et tenter un nouveau type de révolution : la révolution par la voie tribale. Quelle étrange stratégie. Même dans un pays aussi tribaliste que la Mauritanie, cela ne s’est jamais vu. Ely, dans sa passion aveugle pour le pouvoir, pense-t-il sérieusement pouvoir dresser les Oulad Bousbaa contre leurs propre fils ? Cette même tribu à laquelle il a déclaré lors de sa mise au pouvoir en 2005: « je n’ai pas de tribu ».

Quels conseils ou quel exemple peut donner aux jeunes mauritaniens Ely ould Mohamed Vall à l’âge de 60 ans au crépuscule d’une vie politique où il a accumulé les échecs, les frustrations, les erreurs et les mauvais calculs. De quel passé glorieux peut-il se prévaloir, celui du Directeur Général de la Sureté de Ould Taya pendant près de 20 ans et qu’il a abandonné en quelques minutes le 3 aout 2005 pour rejoindre son tombeur qui lui offrait sa place ou celui de sa cuisante défaite électorale du 19 juillet 2009 ?

Comme on dit chez nous « Même si celui qui parle est stupide, celui qui écoute est sage ».

Sidati O. Ahmedou






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