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De la situation sanitaire des prisonniers et de l’état carcéral providentiel
Le Parquet de la République ainsi que la Direction des prisons sont depuis des jours à la recherche de solutions pour les autres malades de la prison. Rappelons qu’en l’espace d’une semaine, pour les cas les plus récents, deux prisonniers sont morts, l’un le samedi et l’autre le mardi.
Sur le système carcéral en général en Mauritanie, quelques journalistes se sont entretenus avec Saadbouh, l’un des Substituts du Procureur de la République. Sur la question de savoir comment lutter plus efficacement contre la criminalité et le banditisme en Mauritanie, il dira que le problème en Mauritanie, contrairement à beaucoup d’autres pays, est qu’il n’y a pas de juges d’application des peines.
Or, soulignera-t-il, le rôle de ces derniers est primordial dans les reconversions. En effet, le juge d’application des peines passe le plus clair de son temps en prison.
C’est lui qui suit de près les prisonniers, note leur comportement et leur attitude, les conseille et les aide. Et si un prisonnier dispose d’une bonne conduite durant son incarcération, le juge d’application des peines peut demander une réduction de sa peine. Après obtention de la réduction, c’est lui qui va mettre en garde le prisonnier contre toute récidive, le menaçant que s’il retourne la prochaine fois, sa peine sera doublée et il aura droit à un traitement beaucoup plus rustique.
Cette mesure a, selon Saadbouh l’avantage d’être dissuasive contre la récidive tout en servant d’exemple pour les autres prisonniers, lesquels pour avoir les mêmes faveurs chercheront à se comporter mieux pour bénéficier de la réduction.
Le juge d’application des peines, non seulement travaille étroitement avec le Ministère de la Justice et le Palais, mais aussi avec les agents de sécurité et le régisseur. Ces derniers l’aident dans le suivi des prisonniers, grâce à des rapports réguliers sur le comportement de tel ou tel détenu.
Selon le Substitut, les libérations conditionnelles et les libertés provisoires ne servent à rien, car les délinquants qui en bénéficient retournent dans leur écrasante majorité quelque temps après en prison. Excluant de ce champ les crimes graves, il dira que le juge d’application des peines s’intéresse davantage aux délits mineurs. Un voleur qui chipe un portable par exemple, sera soumis à un travail de bienfaisance publique.
Il pourra être conduit chaque matin à balayer un ministère ou un quelconque établissement, de 6 h 30 à 14 heures sans repos, avec comme toute nourriture du pain sec et de l’eau, puis de 14 h 30 à 19 heures. Puis, il retourne en prison pour recommencer le lendemain.
Ce voleur-là, selon Saad Bouh hésitera à deux fois avant de voler une seconde fois. Mais si la prison signifie le farniente 24 h/24, se goinfrer de victuailles, d’un bon riz, du méchoui, du poisson et de s’engrosser dans l’oisiveté, il est évident qu’un tel régime incite plus à la récidive, car en prison tout est gratis alors qu’en ville, il faut débourser pour se nourrir. Ainsi, loin de constituer un univers carcéral où le voleur peut sentir qu’il se trouve dans une maison de correction et non de plaisance, les prisons en Mauritanie constituent un véritable hymne aux crimes et aux délits.
Il s’agit de vastes espace où l’Etat dépense des millions à entretenir des cercles toujours plus élargis de bandits et de hors-la-loi, sans leur offrir des perspectives de reconversion ou de repentance. Les prisons en Mauritanie n’offrent aucun apprentissage, aucun travail rémunérateur pour les jeunes qui auraient pu passer leur peine dans des ateliers en ville sous la garantie des gérants, aucune forme d’instruction, aucune structure relais entre la vie carcérale et la vie en société.
Abou Cissé