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14-03-2019

14:10

Adrar : Les retombées du tourisme détournées

Adrar-Info - «Autant nous sommes satisfaits de la dernière décision du Quai d’Orsay de considérer l’Adrar, une destination touristique privilégiée, autant nous sommés déçus par les manigances et gestions tendancieuses et discriminatoires des représentants locaux des Tours Operateurs en Mauritanie ».

Le chamelier Sidi Mohamed, bien cintré dans sa gandoura de goumier, turban savamment enroulé sur la tête et le visage, yeux pétillants de dignité bédouine, ne passe pas quatre détours pour exprimer ce qu’il pense.

En marge du grand rassemblement organisé dimanche dernier (10 mars) devant les locaux la wilaya de l’Adrar pour manifester leur satisfaction, à la suite de la mesure prise par les autorités Françaises, en s’appuyant sur celles de la Mauritanie, de passer sur la carte du pays, les consignes aux touristes de jaune orange à jaune blanc, les acteurs touristiques tenaient également, à porter à l’opinion publique et aux autorités locales et en France, leur déception face aux détournements des retombées touristiques de leur objectif initial et principal à savoir : l’impact sur les populations du terroir en premier lieu.

Les propos recueillis par le correspondant de Adrar.info, auprès des différents intervenants se résument en cinq grands points :

1. Avant la suspension du tourisme en 2007, les vols charter Paris-Atar atterrissaient de jour . Il était formellement interdit , au cas où il venait après 17h de convoyer les touristes en dehors de la ville d'Atar, en raison des risques d’accidents nocturnes.

Aussi, les aubergistes d’Atar, les vendeurs du marché central, les exposants de produits artisanaux, les stations service etc percevaient quelques pécules.

2. Depuis la saison dernière, les vols « arrivée » atterrissent tous, sur l’aéroport d’Atar après 18h , parfois, plus tardivement. Malgré cela, et faisant fi des consignes de sécurités, les réceptifs représentant les principaux Tours Operateurs, ayant tout préparé et acheté depuis Nouakchott, transfèrent de nuit, les touristes hors de la ville. Atar perd donc sa grouille et forcément beaucoup de profit

3. Au lieu de s’appuyer sur les guides professionnels locaux et cuisiniers, formés par ces mêmes Tours Opérateurs, lesquels, résidents permanents en Adrar, les réceptifs se complaisent maintenant à apporter, depuis Nouakchott et ailleurs des guides, peut être moins couteux, mais certainement moins connaisseurs.

Les anciens guides qui ont parfois investi dans le domaine du tourisme (auberges, agents d’hôtel, location de voitures…) sont contournés. N’ayant plus que végéter , au gré de la débrouille et du système D , pendant que d’autres venus d’ailleurs, recrutés sur la base de critères, parfois, discriminatoires :familiaux, régionaux ... tirent profits.

4. Les chameliers, « gardiens du temple » du nomadisme ans le désert, qui sont, ou qui auraient dû être, les véritables ciblés et bénéficiaires par les retombées du tourisme, pour leur éviter l’exode en ville et assurer la continuité de leur vie ancestrale dans le désert, ne disposant pas d’association ou syndicat de défense de leurs droits, sont les plus exploités et les moins payés.

5. Pire !!! Les réceptifs locaux des Tours Opérateurs se spécialisent de plus en plus, dans la manipulation et la magouille pour imposer, les prix de prestations qui leur garantiraient le maximum de profit, au détriment du marché local et prestataires locaux. Ainsi par exemple, aux locataires de véhicules on impose 1.800 MRU /jour au lieu de 2.500 MRU qui était en vigueur avant 2007 ; Aux chameliers on ne concède que 50 MRU pour nourriture du chameau et 150 MRU/j pour le propriétaire.

Il n’est que bien, maintenant, que l’Adrar est une destination privilégiée du tourisme, qu’en Mauritanie et en France, les responsables veillent à l’amélioration des conditions de vie des populations locales…Faute de quoi ils « auraient trait leur chamelle dans une mare » .

Slama CP/ Adrar.info



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