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14-03-2019

16:16

Situation préoccupante des réfugiés urbains en Mauritanie, lettre à SEM. Ahmedou Ould Abdallah

Comité des Réfugiés - Excellence,

Nous, réfugiés sous mandat du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés en Mauritanie, regroupés au sein du Comité de Coordination des réfugiés urbains,

Considérons que malgré la ratification par la Mauritanie de la Convention relative au statut de réfugié et la publication du décret 2005-22 fixant les modalités d’application en République Islamique de Mauritanie de la Convention Internationale de 1951 relative aux réfugiés. Malheureusement, ce décret souffre encore de mise en application.

Nous, réfugiés urbains sous mandat des Nations Unies en Mauritanie, sommes infiniment reconnaissants au peuple Mauritanien pour nous avoir accueilli et toléré ; mais nous attendons toujours d’être acceptés.

Comment comprendre que depuis plus de vingt ans, les réfugiés urbains en Mauritanie et leurs enfants ne disposent pour seule pièce d’Etat-Civil que la carte de réfugié. Cette seule pièce ne saurait garantir une espérance et un avenir pour la personne réfugiée en Mauritanie. L’épanouissement de la personne réfugiée en Mauritanie est compromis ; aucune perspective de formation à l’étranger n’est possible dans un tel cas, alors que, dans son article 12, le décret 2005-22 stipule : « Le bénéficiaire du statut de réfugié désireux de se rendre à l’étranger obtient sur demande un titre de voyage tel que prévu par la convention de Genève du 28 Juillet 1951 et conformément au modèle visé à l’article 28 de ladite convention».

La première solution durable que préconise HCR consiste au retour volontaire des réfugiés urbains dans leur pays d’origine. Cette solution n’est pas envisageable pour beaucoup des réfugiés urbains du fait de la persistance de conflits ou menaces qui les ont conduits à quitter leur pays.

La deuxième solution durable préconisée par le HCR à savoir : l’intégration locale est complètement biaisée en Mauritanie du fait toujours de la non application de l’article 13 du même décret 2005-22 qui garantit au bénéficiaire du statut de réfugié le même traitement qu’un national au marché du travail, à la sécurité sociale et à l’éducation. En plus, l’accès au crédit est disproportionné au facies. Comment comprendre que les réfugiés d’origine arabe reçoivent au minimum 60 000 MRU de microcrédit ; par contre les réfugiés d’origine subsaharienne ne peuvent recevoir au-delà de 20 000 MRU de microcrédit. L’institution de microcrédit agréée par le HCR Mauritanie (Djikké) a confirmé aux réfugiés que c’est une instruction venant du bureau local du HCR. C’est juste une confirmation de la politique sectaire du bureau local du HCR qui traite séparément avec les deux communautés (arabe et subsaharienne) ce que nous considérons comme une attitude discriminatoire de la part du bureau local du HCR.

Devant une telle situation exacerbée par les barrières culturelles notamment linguistiques et confessionnelles, car plus de la moitié de la population des réfugiés urbains sont d’origine sub-saharienne, ne parlant ni ne comprenant la langue arabe et étant en majorité de confession chrétienne.

Même si les réfugiés urbains en Mauritanie sont conscients qu’en 2017, plus de 3 000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée en tentant de gagner l’Europe à bord des embarcations de fortune, malheureusement des idées de survie de ce type commencent déjà à émerger dans les têtes de bon nombre de réfugiés urbains en Mauritanie.

C’est pourquoi, nous en appelons à la haute bienveillance des autorités Mauritaniennes de bien vouloir clarifier la position de la Mauritanie face à cette situation. Il serait aisé pour les réfugiés urbains que la Mauritanie tranche. Que le pays respecte ses engagements à l’égard des personnes réfugiées conformément à son décret 2005-22.

En revanche, s’il n’est pas possible pour les autorités Mauritaniennes de nous reconnaitre comme Réfugiés au sens de la convention de 1951 et dans le souci de ne pas sacrifier la génération de nos enfants comme la nôtre qui est presque déjà sacrifiée après plus de vingt ans d’errance en Mauritanie, nous suggérons aux autorités compétentes Mauritaniennes de bien vouloir le faire savoir de façon officielle afin que l’organisation déclenche la procédure de la troisième solution durable, à savoir, la réinstallation dans un pays tiers.

Tout en vous remerciant par avance de l’intérêt que vous manifesterez à notre appel, veuillez agréer Excellence Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Fait à Nouakchott, le 14/03/2019

Le Comité Exécutif





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