Cridem

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09-09-2019

11:33

Intervention du député UFP Khalilou Ould Dedde lors du débat sur le programme du PM

UFP - Merci M. le Président.

Bienvenue au premier Ministre et à son staff technique

M. le Premier Ministre,

Vous êtes à la tête d’un nouvel exécutif issu d’une élection présidentielle dont la crédibilité est remise en cause par au moins 48% d’électeurs mauritaniens, acteurs désormais d’une crise politico-électorale qui demeure sans issue.

M. le premier Ministre, votre cabinet hérite d’une situation globale caractérisée par le délabrement des fondements du pays :

- l’unité de notre peuple multinational est en péril (passif humanitaire non réglé, exclusion et discrimination à l’encontre de plusieurs composantes sociales et culturelles de notre peuple) ;

- la crise de confiance entre les différents acteurs politiques et économiques est profonde ;

- l’économie nationale s’écroule, incapable de répondre aux besoins vitaux des populations ;

- l’administration est dans un état de déliquescence avancé ;

- Les services publics (la santé, l’enseignement, le transport, l’eau, l’électricité, etc.) sont frappés de médiocrité ;

- Une crise sociale abyssale reste persistante (chômage de la jeunesse, pauvreté, inégalités, insécurité ambiante, corruption etc.) ;

- Le pillage des ressources nationales (poisson, or, cuivre, fer et peut-être demain le gaz…)

M. le premier Ministre, j’observe que vous héritez d’un bilan calamiteux qui résulte d’une gouvernance despotique, hasardeuse et discriminatoire dont les conséquences catastrophiques n’épargnent aucun secteur, en particulier les acquis sociaux et économiques gagnés de haute lutte : la SNIM est dans l’œil du cyclone, la SONIMEX est rayée de la carte, l’ENER est engloutie, la monnaie est en dégringolade, le Port de l’Amitié est en difficulté sérieuse, et j’en passe.

M. le premier Ministre, dans un tel contexte problématique, vous présentez un programme qui, je vous le concède, comporte de bonnes propositions qui témoignent de bonnes intentions, mais qui occulte hélas l’état des lieux après la gestion du pays par l’exécutif précédent. Le diagnostic approfondi du corps de l’Etat ne devrait-il pas constituer le socle d’assise de votre déclaration de politique générale ? La Mauritanie est un pays malade. Doit-on s’arrêter à traiter les symptômes du mal au risque de ne pas sortir des sentiers battus pour ne pas avoir eu le courage d’aller aux racines des dysfonctionnements ?

M. le premier Ministre, comment peut-on accorder une confiance à un programme, quoique mirobolant en soi, dont le contenu est détaché des réalités qu’il ambitionne de changer ? Comment peut-on impulser une nouvelle dynamique de développement, de progrès social et d’unité nationale sans prendre à bras le corps la réalité d’un pays coupé en deux par une crise politique profonde dont les acteurs continuent à se regarder en chiens de faïence ?

M. le premier Ministre, quelle sortie de crise politique proposez-vous au pays ? Allez-vous être le continuateur d’une gestion décennale qui a ruiné le pays ? Ou être l’homme du changement ? Pas seulement des personnes mais du système désastreux qui a régné jusqu’ici ? Quel nouveau modèle de gestion des affaires publiques allez-vous mettre en œuvre ?

M. le premier Ministre, l’histoire nous apprend que ficeler un programme de bonnes intentions est une chose, mais réunir les conditions pour sa mise en œuvre, en est une autre qui exige du courage, du patriotisme et de la constance.

M. le premier Ministre, une large opinion nationale constate que le pays n’a que trop souffert des affres d’une décennie de braises, et que son avenir restera hypothéqué en dehors de la construction d’un véritable consensus politique sur les règles du vivre ensemble, condition sine qua non de la justice, de l’égalité, du bien-être et de la paix sociale.

Cette voie est possible. Forgeons ensemble une voie mauritanienne qui rompe avec l’anachronisme social, les discriminations de tous genres et le despotisme politique.

Je vous remercie.

Nouakchott 7/9/19.





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