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02-01-2012

13:57

Interview : Mohamed Barro, président de Unité et Développement.

Baro Mohamed est directeur administratif et financier du Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA), ancien Directeur Exécutif de la Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI).

Il vient d’être désigné à la tête de l’Unité et Développement (UD). Il nous parle ici des ambitions de son parti dont il promet déjà qu’il « ne sera pas juste un numéro de récépissé du Ministère de l’Intérieur qui viendra allonger la liste des partis politiques ». Entretien avec cet analyste financier qui vient se jeter dans la mare politique.

Vous venez d’être désigné à la tête de l’Unité et le Développement (UD), est-ce une nouvelle formation qui vient s’ajouter à la longue liste de partis politiques ?


MB : C’est effectivement une question que l’on peut se poser et qui sous-tend une autre : en quoi ce parti sera-t-il différent de la soixantaine de partis qui existent déjà et dont la majorité n’est que des partis-cartables ? On peut alors se demander quel serait son apport. Je dirai que seul l’avenir nous jugera. Mais, je crois que si l’on s’engage dans la politique, de manière citoyenne, on peut aller de la situation de simple spectateur à celle d’un acteur dont le rôle peut influer sur l’action de nos gouvernants.

Sinon, ce serait, comme le disent certains, un chiffre qui vient gonfler le nombre des partis déjà existants. Si telle était notre ambition, la sanction populaire, sévère, est connue d’avance, surtout qu’il y a des scrutins qui se profilent à l’horizon et que la mentalité de l’électeur mauritanien n’est plus, aujourd’hui, ce qu’elle était auparavant. C’est pour dire que notre ambition est beaucoup plus grande. Nous comptons être un parti de propositions et non pas un parti d’accompagnement ou d’applaudisseurs.

Où se situe votre parti par rapport à la Majorité et à l’Opposition ?

MB : C’est quoi être de la Majorité et c’est quoi être de l’Opposition ? Si appartenir à la Majorité revient dire que tout ce qui est fait est positif, je ne vois d’opportunité pour nous ici, car il y a déjà suffisamment de partis qui le font ; et si appartenir à l’Opposition, c’est de dire que tout ce qui est fait est négatif, il y a là aussi beaucoup de gens qui le font. Non, notre parti veut dépasser ce clivage et cette vision manichéenne de notre paysage politique. Ce qui nous intéresse, c’est le projet de société que nous allons avancer.

Mais, on dit que le Président Ould Abdel Aziz serait derrière la création de votre parti, qu’en est-il ?


MB
: Écoutez, nous ne pouvons pas nous définir par rapport à un homme. Aujourd’hui, c’est comme si pour marquer leur opposition, certains seraient obligés de dire qu’ils sont contre Mohamed Ould Abdel Aziz ; et à l’inverse, si pour justifier leur appartenance à la Majorité, d’autres seraient contraints de dire qu’ils soutiennent Ould Abdel Aziz.

Ce n’est pas en étant pour ou contre une personne que les choses vont avancer. C’est par ce qu’il ne s’agit que de cela, le pays connait autant de problèmes. La question est de savoir quelles sont les solutions aux problèmes, proposées par les uns ou les autres.

Vous avez grandi dans un milieu familial, négro-africain, qui a produit plusieurs grands commis et hommes politiques de l’Etat mauritanien et c’est pour cette raison que certains disent que votre parti vient pour contrer l’action de « Touche pas à ma nationalité ». Est-ce vrai ?


MB
: Tout en étant fier du nom que je porte, je remercie Allah et mes parents de m’avoir inculqué des valeurs, dont la modestie, la tolérance et l’acceptation de l’autre, et qui ont guidé mon parcours, tout en mettant le sens du devoir et de la Nation au dessus de toute considération. Aujourd’hui, c’est ce legs que nous devrions, transmettre, nous aussi, à nos enfants et je parle ici en tant que père de famille. L’héritage ce n’est pas seulement des maisons, des biens matériels, etc.

A quoi servent les richesses dans un pays instable et où la situation serait non apaisée ? La meilleure chose que nous puissions laisser à nos enfants, c’est de leur offrir un pays en harmonie, libre et prospère. C’est cette voie qui a été tracée par les pères-fondateurs de la Mauritanie, à nous de l’emprunter.

Concernant la seconde partie de votre question, il est vrai que l’Union et le Développement est un parti multiculturel, regroupant toutes les composantes du pays, mais, il est vrai, comptant une majorité issue de la communauté maure.

Et pour une fois, il est dirigé par un négro-mauritanien. Ce fait est tout simplement le fruit du dialogue, de l’ouverture, de l’apprentissage démocratique que notre parti a voulu imposer pour dépasser les préjugés d’ordre tribal, racial ou ethnique. On sait qu’il est facile de diviser plutôt que de rassembler, surtout dans un pays comme le nôtre où subsiste encore des barrières linguistiques et des incompréhensions intercommunautaires.

A mon avis, c’est le dialogue et la tolérance qui peuvent surmonter ces handicaps. S’agissant de « Touche pas à ma Nationalité », c’est un mouvement qui a le droit de manifester et d’exprimer librement et pacifiquement ses idées. Je partage, parfois, certaines de ses opinions, d’autres non. Et je ne vois pas d’antagonisme, ni d’adversité entre notre parti et ce mouvement. Peut-être que nous aurons à défendre certaines de leurs revendications, des fois nous nous opposerions à certaines.

Des élections auront lieu prochainement, quelles seront les chances de votre parti, encore naissant ?


MB : Je voudrai préciser ici que notre parti n’est pas né, spontanément. C’est le fruit d’une longue gestation qui a commencé au mois de juin dernier. Durant tout un semestre, il a fallu laisser le temps aux uns et autres de se comprendre, de s’organiser, de fonder les bases d’une formation politique qui va s’installer dans la durée. Ceux qui en étaient convaincus sont restés, d’autres ont choisi d’autres voies.

S’agissant des élections prochaines, nous nous y préparons, modestement bien sûr. Il est vrai que le temps est très court, pour nous permettre d’assurer une couverture à l’échelon national. Néanmoins, nous mettrons toute notre force et notre énergie pour remporter des sièges aux élections législatives et municipales prochaines, et nous gagnerons, au moins, à apprendre à vivre une élection, à concourir avec d’autres partis politiques, c’est cela l’apprentissage de la démocratie qui est un édifice qui se construit tous les jours.

 


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