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Affrontements entre Touaregs et armée malienne
Une nouvelle révolte touareg au lendemain de la chute de Kadhafi fait craindre aux experts les conséquences d'une instabilité croissante dans la région du Sahel-Sahara. La reprise des affrontements entre les rebelles touaregs et l'armée malienne la semaine dernière a fait des dizaines de morts.
Les attaques des militants du Mouvement national pour la libération d'Azaouad (MNLA) ont débuté mardi dans la ville de Menaka, proche de la frontière nigérienne. Ces combats se sont étendus les jours suivants aux villes de Tessalit et d'Aguelhok, dans le nord du pays. Dimanche 22 janvier, le gouvernement malien aurait repris le contrôle de ces villes.
Les forces gouvernementales ont affirmé avoir tué 45 rebelles et enregistré la mort de deux soldats maliens. Le ministère de la défense a fait usage d'hélicoptères d'attaque et d'appareils légers pour repousser l'offensive touareg.
"Les mesures de sécurité et de défense nécessaires ont été prises pour assurer la sécurité et la sûreté des habitants des régions nord du Mali", a expliqué le ministère. Pour sa part, le MNLA a affirmé avoir infligé de lourdes pertes à l'armée malienne et que les combats se poursuivent.
Ces affrontements armés interviennent plusieurs mois après le retour de centaines de combattants touaregs de Libye, au lendemain de la chute du régime de Mouammar Kadhafi et après leurs revendications d'indépendance portant sur les régions septentrionales du Mali peuplées par des Touaregs et des Arabes.
Selon le site mauritanien arayalmostenir.com, le gouvernement malien a commencé à envoyer ses forces le long de la frontière commune entre les deux pays, dans l'attente des attaques par les combattants touaregs massés à la frontière.
Mais l'analyste Abdul Hamid al-Ansari estime que cette initiative expose les habitants frontaliers à un risque accru, "ce qui a poussé de nombreuses familles touaregs et mauritaniennes à fuir vers les régions de l'intérieur de la Mauritanie, notamment vers les villes de Fassala, Adel Bagrou et Bassiknou".
"La région n'est plus sûre. Nous partons donc pour protéger nos vies", a expliqué Ham Ag Abdul Qadir, un habitant qui a fui le village malien de Leyra. "De plus, les combattants d'al-Qaida se déplacent désormais plus largement, notamment dans les régions contrôlées par les combattants touaregs."
Le Mali a commencé à envoyer des unités de l'armée dans le nord le 14 janvier. Le ministre malien de la sécurité Sadio Gassama avait alors justifié ce déploiement en déclarant à l'AFP que le gouvernement organisait des pourparlers pour négocier la libération des otages d'al-Qaida.
Ces affrontements auront certainement une incidence sur la sécurité dans les pays voisins, en particulier la Mauritanie, avec ses 500 kilomètres de frontières communes avec le Mali, a expliqué à Magharebia Abu Bakr al-Ansari, journaliste spécialisé dans la région d'Azaouad.
Il a ajouté que ces affrontements continus pouvaient conduire à une répétition du "scénario que les habitants de la région frontalière en Mauritanie et au Mali avaient connu dans les années 1990, lorsque les combats avaient contraint des centaines de milliers d'habitants arabes et touaregs du nord du Mali à partir vers les villes proches en Mauritanie, comme Bassiknou, Fassala et Nema".
"Mais cette fois, l'afflux de personnes déplacées en Mauritanie provenant du nord du Mali aura toutefois des conséquences plus sérieuses que durant les années 1990", a-t-il ajouté. "Cela est dû à deux facteurs importants : la présence d'al-Qaida et les risques de sécheresse."
Un afflux de réfugiés vers le sud-est de la Mauritanie "constituera une opportunité valable pour al-Qaida de pénétrer dans la région", selon le spécialiste du terrorisme Bashir Ould Babanah.
Cet expert suggère que les terroristes pourraient exploiter le vide sécuritaire pour renforcer leur présence dans la région. Ould Babanah souligne également le risque de voir l'armée mauritanienne aspirée dans la spirale des conflits internes au Mali lors des opérations antiterroristes.
"Les prémices des préoccupations sécuritaires résultant de la guerre entre le Mali et les Touaregs ont déjà commencé à se répandre en Mauritanie, comme en témoigne le limogeage du chef de la sécurité en Mauritanie", a commenté l'analyste Sid Ahmed Ould Tfeil.
"Cela signifie que le régime mauritanien doit revoir sa politique sécuritaire pour l'adapter à son intention de répondre aux menaces posées par al-Qaida qui se renforceront indubitablement par suite de la guerre qui fait rage dans le nord du Mali avec les Touaregs, et dont les terroristes sauront très certainement tirer parti de manière intelligente", a-t-il ajouté.
Ibrahim Ag Ghoyson, un habitant de Tombouctou, a expliqué à Magharebia qu'il s'inquiétait de voir ces affrontements déplacer les habitants et laisser leurs biens sans protection face au vandalisme. "Nous espérons donc que les parties en conflit parviendront à une solution immédiate", a-t-il ajouté.
"Nous espérons aussi que l'armée malienne ne contraindra pas les Arabes, les Touaregs et les Songhais de certaines régions du nord à s'enrôler dans l'armée régulière pour lutter contre les rebelles touaregs armés", a-t-il ajouté. "Cela entraînerait une guerre civile et des affrontements entre cousins, et de nouvelles guerres tribales."
Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott