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Université de Nouakchott : La grève des étudiants prend une autre tournure.
Pour, entre autre revendications, une augmentation-généralisation des bourses, des étudiants de l’université de Nouakchott ont investi la présidence de leur université. Ils y ont campé pendant quatre jours pour se faire entendre. Dans la nuit du mercredi deux février, ils ont été violemment délogé des lieux par la police qui a procédé en même temps a une trentaine d’arrestations.
Il y a eu des libérations mais un nombre indéterminé d’étudiants est encore aux mains de la police. Bocar Diagana, Sall Abdoulaye et deux autres sont en garde a vue au commissariat de la voie publique.
Selon le site Alakhbar « L’étudiant Abdellahi Ould M’Balla détenu au commissariat de Toujounine 3, a entamé une grève de la faim, suite à ses souffrances infligées par la torture exercée à son encontre par les éléments de la police dudit commissariat. »
Il serait reproché à ces étudiants une « profanation » du drapeau national.
Au cours de l’intervention de la police dans l’enceinte de l’université, selon certaines sources, des étudiants auraient brûlé et piétiné le drapeau national.
Le Corps professoral de la Faculté des Sciences Juridiques et Économiques, réuni le samedi 04 février 2012, a, dans une déclaration, affirmé avoir « constaté ces derniers temps des comportements en totale contradiction avec les valeurs et traditions universitaires en particulier :
l’irruption intempestive de certains étudiants dans les salles en vue de perturber les cours, la détermination d’une minorité d’étudiants pour imposer sa volonté aux autres étudiants, la tentative visant à instaurer un climat d’inquiétude, de haine et de violence sur le campus, la séquestration et les violences physiques et verbales à l’égard des enseignants et du personnel administratif et technique et la profanation de l’Emblème National.»
Du coté de la coalition de cinq syndicats d’étudiants (SNEM, El Bedil, Autonome, Chouela, ULEM), on nie catégoriquement toute profanation de drapeau. Souleymane Kébé, chargé des relations extérieures du SNEM, au cours d’une conférence organisée samedi dernier par cette coalition au siège de la CGTM a affirmé que les étudiants détiennent une vidéo prouvant qu’ils n’ont brûlé ou profané aucun drapeau.
« Nous ne pourront pas reprendre les cours pendant que des étudiants sont en état d’arrestation et d’autres exclus pour avoir simplement user de leur droit de grève » a dit Souleymane Kébé. A noter que l’UGEM (union générale des étudiants mauritaniens) après avoir réclamé la libération immédiate de l'ensemble des étudiants arrêtés, a condamné «la profanation du drapeau national. »
Arrestation de Abdoul Birame Wane
Parti d’une simple revendication d’augmentation de bourse, la grève des étudiants a pris une autre tournure. Abdoul Birame Wane, coordinateur du mouvement « Touche pas à ma nationalité », a été arrêté par la police samedi 4 février vers 15 heures.
Selon l’AFP, citant une source sécuritaire « "...il n'a pas été arrêté pour ses activités dans le cadre de TPN, mais bien pour la constitution d'une organisation de malfaiteurs qui devaient incendier l'université de Nouakchott" Toujours selon la même source citée par l’AFP « M. Birane a donné des ordres directs pour détruire les biens de l'université, atteindre aux symboles de l'État, déchiqueter le drapeau national, saper l'unité nationale et commettre des agressions contre l'encadrement de l'université » Ajoutant « Nous disposons de preuves irréfutables qui seront transmises au parquet.»
Le Bâtonnier de l'ordre national des avocats de Mauritanie, Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni a annoncé la mise sur pied d’un collectif d'avocats qu'il préside lui même pour assurer la défense de Abdoul Birame Wane, coordinateur du mouvement « Touche pas à ma nationalité.»Des parties politiques et des organisations de la société civile avaient déjà condamné l’intervention musclée de la police dans l’enceinte de l’université. Avec l’arrestation du coordinateur du mouvement « Touche pas à ma nationalité » ils sont revenus à la charge.
La COD, coordination de l’opposition démocratique, « condamne fermement l'arrestation du coordinateur en tant qu’atteinte à la liberté d’un citoyen mauritanien dont le seul tort est de s’opposer aux pratiques du régime, exige sa libération immédiate et demande au pouvoir de cesser de provoquer les forces d’opposition par la violence et les atteintes répétées aux libertés individuelles et collectives. »
Le parti Tawassoul parle de « violation flagrante du principe du droit d'expression garanti par la Constitution de la Mauritanie et par tous les traités et conventions internationales signés par notre pays. »Tawassoul note que cette arrestation intervient « dans le cadre d'une campagne sans précédent ramenant le pays aux époques d'arrestations et de répression arbitraires et de l'usage de la force contre les citoyens pacifiques et qui a frappé les étudiants de l'Institut Supérieur d'Etudes et de Recherches Islamiques et ceux de l'Université de Nouakchott, en plus des militants des droits humains et d’autres citoyens victimes d’injustices.»
Enfin, ce parti dit islamiste ajoute « Nous exigeons la libération de Wane Birane et de veiller à assurer la liberté des Mauritaniens à exprimer leurs opinions par les voies garanties par la loi, au lieu de les torturer et de les jeter dans les commissariats de police sans aucune raison. »L'AJD/MR, elle « condamne ces méthodes auxquelles nous avaient habitué les régimes d'exception et exige la relaxe pure et simple de monsieur Abdoul Birane Wane. »
Pour le MPR, «cette arrestation est d’autant plus regrettable qu’elle ne fait l’objet d’aucune explication de la police sur les motifs. » le MPR « condamne ces genres de pratiques qui n’honorent pas notre pays et exige la libération immédiate et sans condition du coordinateur du Mouvement Touche pas à ma nationalité.» Le leader de IRA Mauritanie Birame Ould Dah Ould Abeid, a déclaré « je m'insurge et m'érige contre la séquestration de monsieur Wane et mets en garde le général contre toute atteinte à l'intégrité physique ou morale du dirigeant de touche pas a ma nationalité. »
Le mouvement Touche pas à ma nationalité, lui, considère « cette arrestation comme une provocation gratuite et irresponsable du régime d’Ould Abdel Aziz.»
Pour le Collectif des Orphelins des Victimes Civiles et Militaires (COVICIM) «L’espoir nourrit à l’avènement au pouvoir du Président Mohamed ould Abdel Aziz, de voir la justice respectée dans ce pays, les pauvres protégés et les libertés individuelles et collectives promues, est malheureusement en train de devenir une illusion. Ces méthodes et pratiques policières, nous rappelle, le régime révolu du dictateur Moawiya ould Sid’Ahmed Taya. »
Du coté de l’UPR, le ton est différent. Le parti au pouvoir, cité par saharamedia « accuse la Coordination de l’opposition démocratique (COD) de pousser les étudiants à la grève et à la violence ». L’UPR ajoute : «certains dirigeants de syndicats et d’organisations de jeunes ont été utilisés par les partis de la COD pour exécuter des agendas obscures de dirigeants politiques qui souffrent d’avoir subi maintes échecs électoraux ». L’université de Nouakchott est toujours fermée.
Khalilou Diagana