Cridem

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20-02-2012

19:16

L’université tend-elle vers une année blanche ?

Depuis l’année dernière l’université vit au rythme d’une agitation sans précédent. Il s’agissait entre autres des grèves incessantes dirigées par des étudiants de différents syndicats.

Ces grèves avaient pour but plusieurs revendications dont le transport des étudiants, l’augmentation et la généralisation de la bourse entre autres … La cible de ces grèves était l’administration universitaire.

Cependant, on se souvient encore, cette violente bagarre qui avait opposé les étudiants eux-mêmes, plus précisément entre étudiants négro-mauritaniens ou francisants et étudiants maures ou arabisants lors du vote syndical qui était censé désigner le syndicat qui représenterait les étudiants au Conseil administratif, postes occupés jusque-là par l’UNEM (Union nationale des étudiants mauritaniens).

Pour l’année dernière, tout est parti des élections estudiantines pour la représentativité au sein du Conseil administratif. Le vote consacrant cette représentativité était considéré frauduleux pour les militants du SNEM (syndicat national des étudiants mauritaniens).

Alors, la tension qui était déjà très vive, était montée d’un cran et avait engendré une confrontation sanglante entre les étudiants faisant plusieurs blessés et on parle même d’un mort. La police avait intervenu et plusieurs étudiants avaient fait l’objet d’interpellation. Au rythme où vont les choses d’aucuns pensaient que ces émeutes allaient engendrer une guerre civile. Heureusement ce ne fut pas le cas et l’université avait échappé à une année blanche. Et cela c’était l’année dernière.

La dernière semaine du mois de janvier de cette année, les étudiants avaient entamé une grève avec comme principal revendication une augmentation et généralisation de la bourse. Le recteur de l’université est resté sourd aux réclamations des étudiants et avait déserté les lieux de son travail. Ainsi, pour faire pression, les étudiants se sont regroupés sur le balcon ont élu domicile à la présidence de l’université.

La police fut alertée et procéda à l’arrestation de plus de 28 étudiants dans la soirée du jeudi 02 février. Comme si cela ne suffisait pas, certains étudiants ont été exclus définitivement de l’université après le conseil disciplinaire. Alors pour les étudiants, les choses ne s’arrangeaient pas du tout. Mais après quelques jours de détention durant lesquels les autres étudiants n’ont pas arrêté de soutenir leurs camarades en se regroupant devant les commissariats où ils étaient détenus, leurs camarades furent libérés.

Cependant, le problème des étudiants exclus était en suspens. Pour mettre la pression sur l’administration, les étudiants décidèrent de boycotter les examens qui étaient prévus pour le 11 février. L’administration universitaire, mise au parfum de la situation, a décidé d’y mettre les gros moyens en renforçant le dispositif des forces de l’ordre. Actuellement, certains étudiants, ceux-là que les autres appellent « les ingrats », sont en train de faire l’examen, tandis que certains de leurs camarades sont poursuivis par la police et d’autres en détention et torturés.

Et le plus écœurant dans cette histoire c’est que parmi ces détenus, il y’a des filles dont Tidjaniétou Ball, l’ex-présidente de l’association des filles mauritaniennes. Compte tenu de la gravité de la situation, on est tenté de se demander si l’université ne tend pas vers une année blanche?

L’administration refuse de prêter une oreille attentive aux réclamations des étudiants mais, elle n’est pas sans savoir qu’une année blanche ne ferait pas beaucoup de bien à son budget. Devant ce black out et ce silence coupable de l’administration universitaire voire du chef de l’état, il y a lieu de s’inquiéter quant à l’avenir de l’année académique en cours.

Puisque, les évènements semblent dépasser le cadre universitaire et l’arrestation de Wane Abdoul Biram (libéré par la suite), chef de file du mouvement « Touche pas à ma nationalité » accusé d’être en complicité avec le mouvement universitaire, pourrait en être une parfaite illustration.

Il faut souligner cependant, que cette arrestation a provoqué le courroux des militants du mouvement dirigé par Wane Abdoul Biram qui ont organisé des sit-in en vue de sa libération. Qu’on le veuille ou non la capitale est en agitation et cela pour un bon moment car, les étudiants ne comptent pas baisser les bras avant la satisfaction de leurs revendications d’après leurs publications sur Facebook.

La situation est donc préoccupante, les étudiants n’ont-ils plus le droit de faire des réclamations ? L’Etat ou l’administration veut-il tuer dans l’œuf tout avenir possible de ce pays? Ce sont là des questions qui méritent d’être posées. En tout cas certains étudiants ont participé aux examens même si l’engouement n’était pas de la partie. Au vu des problèmes qui agitent la famille estudiantine, peut-on espérer que l’administration trouvera une solution favorable pour tous?

Farmata Ndiaye
(Stagiaire)

 


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