Cridem

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17-04-2012

15:13

Canada : syndrome du 11 septembre ?

Mohamed Imigine est un jeune étudiant de vingt-deux ans. De très bonne famille mauritanienne – papa ancien fonctionnaire de l’OCI, maman diplomate – il s’apprête à poursuivre ses études supérieures au Canada. Au vu de son dossier, il devrait, d’ailleurs, y être déjà. Seulement, voilà : on n’est jamais à l’abri de la vue basse d’un gratte-papier, d’autant plus bornée qu’elle est scellée dans le béton d’une administration hyper-sécurisée.

Il avait fallu quelques mois pour constituer un dossier impeccable, sous l’œil sourcilleux de parents rompus à la manœuvre.Mais c’était fait et, en cette belle matinée du 12 mars 2012, Mohamed s’envolait pour Dakar, afin de déposer celui-là, au centre de demande de visas pour le Canada (OIM), en compagnie d’un de ses oncles maternels, homme d’affaires et garant financier du jeune homme.

Parmi les pièces du dossier, le très précieux certificat d’acceptation du Québec, un beau papier à en-tête du Ministère de l’Immigration Economique et des Minorités Culturelles – Direction de l’Immigration Economique – Québec – N° 0005373664 du 2 février 2012 (voir fac similé) – signifiant l’avis favorable et divers conseil à l’heureux étudiant.

Guichet. Réception laconique du dossier. Chanson connue : « On vous rappellera. » Simple, froid, fonctionnel. Et cela semble bien marcher, en effet : une semaine, à peine, après son retour en Mauritanie, voici qu’on appelle Mohamed en lui enjoignant, brièvement, de venir récupérer la réponse à son dossier. Re-vol en avion, re-frais divers, re-guichet où le préposé lui tend, tout aussi laconiquement, une enveloppe fermée. « Au suivant, s’il vous plaît ! ».

Ouverture de la précieuse. Et stupéfaction. « Vous n’avez pas présenté le certificat d’acceptation du Québec, nous ne pouvons donner suite à votre demande ». Retour au guichet. « Présentez un nouveau dossier – Mais, monsieur… – J’ai dit : présentez un nouveau dossier. Au suivant, s’il vous plaît ! » Le retour à Nouakchott a été très triste pour le pauvre Mohamed, tournant et retournant les feuilles de son dossier ; s’abîmant, à chaque fois, dans la contemplation incompréhensive du beau papier à en-tête du Ministère de l’Immigration…

Un détail, alors, aurait dû lui mettre la puce à l’oreille : le document de rejet lui signifiait autre cause à celui-ci : « vous n’avez pas présenté les pièces prouvant votre lien de parenté avec la personne qui s’est portée garante de vos finances ». C’est tout de même bizarre. La loi canadienne interdirait-elle à un non-familier de soutenir les études de tel ou tel ? On flaire, ici, l’argument typique de mauvaise foi invoqué par quelque gratte-papier indisposé mais suffisamment placé pour couper court au cheminement d’un dossier administratif.

Mais pourquoi, Grand Dieu ? Le Canada n’est pas la France et n’est pas démesurément tracassé par des problèmes d’immigration ; serait, même, plutôt demandeur en la matière. Un dernier détail révèle, peut-être, le fin mot de l’histoire : les études qu’envisage de mener Mohamed, relèvent de l’aéronautique. Une formation de pilote !!!

Ça ne vous rappelle rien ? J’imagine bien le sursaut de notre gratte-papier d’ambassade, clos dans son bunker, rêvant et tremblant, tout à la fois, d’un destin moins obscur que la transmission, ad vitam aeternam, de dossiers fastidieux. Si ça avait été lui, au service des visas américains, jamais le World Trade Center

J’ai bien peur, cependant, que l’apprenti Zorro se fasse – au plus tôt, souhaitons-le – taper sur les doigts et veux croire que notre Mohamed s’envolera, très bientôt, vers le doux Québec. Sans faire les frais d’un nouveau et coûteux dossier… Il y a, au Canada aussi, des gens sensés et corrects. Donnez-moi raison, Canadiens !

Ben Abdalla




 


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