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Journée mondiale du Don de sang: Les Mauritaniens, mauvais donneurs.
La Mauritanie a célébré, à l’instar de la Communauté internationale, la Journée mondiale du Don de sang, sous le thème « Chaque donneur de sang est un héros ». La cérémonie s’est déroulée au Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS), mitoyen au Centre National de Cardiologie (CNC).
A cette occasion, le ministre de la Santé a appelé les Mauritaniens à faire preuve de générosité, en donnant un peu de leur sang pour sauver des vies. Dans son message, lu par le représentant de l’OMS en Mauritanie, monsieur Jean-Pierre Baptiste, le directeur régional de l’OMS indique, pour sa part :
« pour réduire, de manière substantielle, les décès d'enfants, de femmes et d'hommes, dont les vies sont menacées par une hémorragie ou une anémie sévère, et sauver des vies, comme le dicte le thème de la Journée, nous devons prendre des mesures, vigoureuses et adaptées, pour, non seulement, augmenter la production mais, aussi, mettre en place des systèmes de distribution fonctionnels et efficaces ».
Le Calame a profité de l’événement pour s’informer, auprès du CNTS, du rapport que les Mauritaniens entretiennent avec cet acte hautement civique. A première vue, nos compatriotes ne seraient pas de bons donneurs de sang. Incapables de se bousculer, comme ils le font pour un kilo de sucre, un terrain à usage d’habitation ou un extrait d’acte de naissance, pour donner un peu de leur sang.
Dans une petite salle d’attente, des citoyens attendent leur tour pour accomplir leur don. Il s’agit, dans leur quasi-totalité, de donneurs familiaux qui ne viennent que par obligation : un de leur proche doit être transfusé et ils doivent remplacer les poches de sang que le CNTS leur a avancées à cet effet. Un acte de réciprocité qui les honore, tout de même, alors que tant d’autres, dans la même situation, s’en détournent : selon les informations du centre, ceux-ci tournent, en effet, les talons après avoir reçu les précieuses poches.
Encore des efforts à faire
En Mauritanie et en dépit de la très forte demande, les Mauritaniens restent de mauvais donneurs de sang. En effet, passée la Journée mondiale et son euphorie passagère, rares sont eux qui se présentent au CNTS pour donner de leur sang. Le slogan « Plus de sang, plus de vies » demeure largement ignoré. Comme presque partout en Afrique, la collecte de sang est loin de répondre aux besoins qui ne cessent de se multiplier.
Dans le continent où 25 % de la mortalité maternelle est due à une hémorragie, où les accidents de la circulation augmentent chaque année et où les patients continuent de mourir d’anémie aiguë, il est nécessaire de se mobiliser davantage pour accroître la disponibilité en sang, où et quand c’est nécessaire.
D’après les chiffres du CNTS, le nombre de donneurs, toutes catégories confondues (dons volontaires, réguliers, familiaux), est passé, ces trois dernières années, de 11 099, en 2009, à 13 068, en 2010, et 13 631, en 2011. Mais, sur ce total, beaucoup sont, pour diverses raisons, éliminés, tout au long du processus. Ainsi, seuls 6 484 donneurs ont été retenus, en 2009 ; 7 726, en 2010, et 8 775, en 2011, ce qui aura, tout de même, permis de distribuer 6 043 poches, en 2009 ;
7 007, en 2010 et 8 290, en 2011. Rapportés à la population mauritanienne, on se rend compte que les Mauritaniens sont de mauvais donneurs de sang. Des chiffres trop faibles comparés aux pays voisins. Au Sénégal, 52 000 poches ont été collectées, en 2011, 226 825, au Maroc, qui vise à atteindre 2 % de donneurs sur sa population, et 450 000, en Algérie.
C’est dire que la Mauritanie doit encore fournir de gros efforts dans la sensibilisation. En effet, la faiblesse du nombre de donneurs volontaires s’expliquerait, chez nous, par des raisons d’ordre religieux et philosophique. Les associations de la société civile, les chefs religieux et les pouvoirs publics doivent mettre un accent, particulier, sur cette sensibilisation des citoyens, leur faire comprendre que donner son sang, c’est accomplir un acte civique et humain, parce qu’il permet de sauver des vies.
Au CNTS, on déplore que les pouvoirs publics n’aient pas mis en place des mesures d’accompagnement, en fondant de nouvelles structures hospitalières, afin de permettre au centre de faire face à la forte pression sur son stock.
Signalons que chaque don de sang fait l’objet d’un dépistage de toutes infections transmissibles par voie sanguine – notamment le VIH, les hépatites B et C – avant acceptation de la poche de sang recueillie.
Quelques chiffres
Dans le monde, on dénombre environ 93 millions de dons de sang par an, selon des données provenant de 173 pays. 50% des dons proviennent des pays développés, où résident 16% de la population mondiale. 8 000 centres, à travers le Monde, reçoivent environ 10 000 dons de sang par établissement. Selon l’OMS, 18 % de la population mondiale monopolisent 60 % de l’offre mondiale de don de sang. 82 % devant se partager les 40 % restants.
Si seulement 1 % de la population d'un même pays (soit, pour la Mauritanie, 32 000 personnes) donnait chaque année, un peu de son sang, cela permettrait de répondre aux besoins de tous les transfusés de ce même pays. Mais, selon l'OMS, la fréquence des dons est toujours sous la barre du un pour cent, dans 77 pays (en Mauritanie, 0,4 %).
Dans 62 pays, la totalité du sang donné provient de donneurs bénévoles, un mieux depuis 2007 où l’on ne dénombrait que 57 pays dans ce cas. Le Belarus, l'Iran, le Kenya, la Malaisie et la Zambie figurent parmi les derniers pays à avoir rejoint cette liste. On estime à 38 % le nombre de dons de sang provenant de donneurs de moins de 25 ans, les enfants de moins de dix-huit en étant, normalement, exclus. Les femmes fournissent au moins 40% du sang nécessaire dans 25 pays.
On note un nombre moindre de personnes atteintes d'infections sanguines, d'hépatites ou du VIH, parmi les donneurs spontanés et bénévoles que parmi les personnes rémunérées ou celles le faisant pour un membre de leur famille.
Dans 130 pays, 46 700 hôpitaux pratiquent des transfusions sanguines, répondant, ainsi, aux besoins de 4 milliards de personnes à travers le monde.
DL