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L’éditorial de La Nouvelle Expression : Cette école qui a fait de nous des cancres.
Après l’échec manifeste de notre système éducatif, la Mauritanie se retrouve autour de la table pour les Etats Généraux de l’Education Nationale. Une rencontre de recherche de l’adéquation de la production de notre système éducatif et le marché de l’emploi, voir le besoin actuel du pays pour son évolution vers le concert des nations viables et civilisées.
Repenser l’école mauritanienne. Repenser le chemin vers l’évolution pour une nation perdue, inculte, ignorante, acculturée, déshumanisée mais aussi une nation des génies disparates sans rendement efficient pour son éveil, sa cohésion, la magnificence de sa culture produit d’une école républicaine. Mais hélas quand c’est l’école qui est sabotée, c’est des générations qui se perdent.
La Mauritanie, à l’instar des autres nations, a plus que jamais besoin d’une école de l’innovation, de la rénovation, du renforcement de l’identité originelle mais plurielle de cette société mauritanienne qui se repousse comme la règle de deux aimants de même signe, par l’effet de l’enseignement d’une école archaïque, sans repères solides.
L’école mauritanienne d’aujourd’hui, comme celle du passé récent, a produit, voire entretenu des générations de Mauritaniens élevés dans la culture de la méconnaissance, de la division et du mépris de l’autre.
Cette école repensée réconciliera la Mauritanie avec elle-même, avec sa personnalité authentique. C’est l’occasion pour une réforme qui aura comme socle de réflexion l’identité mauritanienne mais aussi le pourquoi des échecs des mesures précédentes. Cette rencontre pour l’école mauritanienne doit être une rencontre pour la science au service de la redéfinition du chemin d’une nation désappointée.
Nos penseurs, pour un nouveau départ de l’école mauritanienne, doivent préparer la Mauritanie à faire le deuil de cette école qui l’a plus acculturée que cultivée, dans le sens d’une nation tournée vers la science et le progrès, dans la cohésion et l’unité. Une école qui a produit des générations de « ni arabisants, ni bilingues » ignorant totalement sa véritable histoire.
L’histoire de notre pays, cette histoire qui nous unit.
Cette identité qui nous rassemble. Non pas celle-là qui a comme soubassement l’idéologie importée. Car l’école de notre génération ne chantait que des rengaines étrangères, faisant la part belle à la culture des autres, occultant la nôtre : la culture authentique maure, pular, soninké, wolof, bambara… mais aussi haratine dans sa condition de sous-hommes… !
Une société mauritanienne d’une même identité léguée par notre propre histoire, la vraie. Notre école ne nous a pas enseigné cela, mais a plutôt contribué à faire de nous la génération de l’échec culturel mauritanien, la génération des ignorants et des « ni ni ».
La Mauritanie avait tenté de prendre l’envol avec l’introduction des langues nationales d’une manière graduelle dans le système éducatif. On avait assisté à un début de l’éclosion d’un nouveau type de citoyen mauritanien qui brisa la barrière de la langue et la méconnaissance entre les différentes communautés. Mais les ennemis de la Mauritanie, ces incultes aux idées et desseins inavoués, avaient fait échouer cette entreprise salutaire.
Dans le sillage de la dévaluation de l’école publique, les écoles privées pousseront comme des champignons. Elles seront - et restent encore - les chantres de la triche d’un système éducatif « bâtard ».
Ces écoles, et d’autres étrangères, sont destinées aux enfants de nos gouvernants et des gens aisés. L’école publique elle-même, malmenée et désertée par les enseignants, est le réservoir des enfants des pauvres qui finissent, à chaque fois et dans leur quasi-totalité, dans la rue. Notre école perd de jour en jour son âme, elle qui a besoin d’être revue, repensée, redéfinie.
La base d’une nation civilisée, émancipée et développée étant l’éducation, si l’école de cette nation bat de l’aile, elle est vouée à la disparition.
Camara Seidi Moussa