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Si je suis réélu …
Pour désarmer les nombreux critiques de son exercice du pouvoir, et en perspective des élections présidentielles de 2014, je propose au Président Aziz de s’engager dès à présent vis-à-vis du peuple mauritanien à corriger tout ce qui lui a été reproché en matière de gouvernance pour assurer sa réélection.
Cet engagement pourrait prendre la forme de la déclaration qui suit, faite sur le modèle de l’anaphore qui a si bien réussi à F. Hollande lors de son débat avec N. Sarkozy :
- « Si je suis réélu, je me consacrerai exclusivement à la gestion de l’Etat et je mettrai fin immédiatement à toutes mes affaires commerciales : je céderai mes participations dans la pêche, les assurances, les banques, l’immobilier, la logistique minière, le BTP, la distribution des hydrocarbures, l’importation des produits alimentaires et des intrants agricoles, le transit…
Je cesserai mes activités dans les domaines de la location de camions et d’engins, de la location de salle de fêtes… Je m’interdirai désormais toute opération d’intermédiation ou de courtage pour mon compte ou pour celui de mes proches ;
- Si je suis réélu, je publierai ma déclaration de patrimoine et en justifierai la source (le Président pourrait toujours recourir à des justifications invérifiables comme les gains au jeu) ; je céderai toute ma fortune à l’Etat et me suffirai de mon salaire pendant mon mandat et de ma pension d’ancien chef d’Etat quand j’aurai quitté la Présidence, pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille ;
- Si je suis réélu, je serai le garant d’une justice réellement indépendante devant laquelle tous les citoyens seront égaux. Je n’intercéderai plus en faveur de mes proches quand ils commettent de graves crimes ou délits et n’ordonnerai plus de jeter en prison des innocents dont le seul crime est de s’opposer à ma façon de gouverner. Je m’interdirai d’utiliser l’Administration et les Institutions dans des règlements de compte personnels ;
- Si je suis réélu, je me concentrerai sur les questions essentielles et ne m’occuperai plus de détails. Je laisserai les ministres et responsables que j’ai nommés jouir pleinement de leurs prérogatives ;
- Si je suis réélu, je ne déclarerai plus la guerre en public ou en privé à des tribus ou à des individus sur la base de préjugés ou au gré de mes humeurs ;
- Si je suis réélu, j’essayerai de garder mon calme en toute circonstance et éviterai de m’emporter en public comme cela m’est arrivé lors du meeting de Nouadhibou où mon agitation a rendu mon discours décousu et incompréhensible, ou lors de ma dernière ‘Rencontre avec le Peuple’ à Atar où j’ai été perturbé par un jeune manifestant au point de le défier de me rejoindre à l’estrade pour ce qui a semblé être un pugilat. Je ferai preuve de plus de modestie et ne prétendrai plus inventer des concepts pourtant éculés comme celui de l’adéquation de la formation à l’emploi, concept à la base de toutes les politiques d’éducation depuis plusieurs décennies ;
- Si je suis réélu, je me comporterai plus civilement envers mes compatriotes et non plus avec l’arrogance d’un proconsul en territoire conquis : je saluerai mes vis-à-vis plus respectueusement et non plus avec dédain, comme on me l’a fait remarquer, notamment quand je salue avec un mépris affiché le Président de l’Assemblée Nationale, et je sourirai même de temps en temps. Je porterai des habits décents pendant mes visites à l’intérieur du pays, et ne porterai plus les lunettes noires que j’ai gardées de mon ancienne fonction. Je cesserai aussi d’affubler mes ministres et mes collaborateurs de sobriquets dégradants ;
- Si je suis réélu, je ne me mettrai plus en situation où un militaire (ou un civil) me tirerait dessus par erreur (ou délibérément) ;
- Si je suis réélu, je mettrai fin au climat de peur et d’espionnite et ferai cesser la pratique d’écoutes téléphoniques et de piratage des e-mails ;
- Si je suis réélu, je limogerai le ministre des Affaires étrangères en cas de nouvel échec comme celui que nous avons subi quand notre pays a été battu par le Togo lors du choix d’un représentant africain au Conseil de Sécurité. Mes voyages à l’extérieur seront justifiés, et je ne voyagerai plus en Afrique de l’Est au motif peu crédible de promotion de la langue arabe ou en Azerbaïdjan pour on ne sait quel motif. Les ambassadeurs seront choisis sur la base de critères objectifs de compétence, d’expérience, de connaissance de la langue et de la culture du pays d’accréditation (si possible), et non plus sur la base d’obscures considérations clientélistes ou politiciennes ;
- Si je suis réélu, je ne m’ingérerai plus dans les affaires intérieures des pays voisins. Je n’organiserai plus de réunions sur mon territoire de forces d’opposition aux gouvernements en place dans ces pays, surtout quand il s’agit d’opposition armée ; je ferai preuve de plus de diplomatie et ne refuserai plus de recevoir, par caprice ou sur une saute d’humeur, les envoyés spéciaux de chefs d’Etat de pays voisins, surtout quand ces messagers sont des ministres des Affaires étrangères ;
- Si je suis réélu, j’éviterai d’exposer nos officiers et soldats au risque, sauf en cas de nécessité avérée. La décision de les envoyer en guerre hors de nos frontières ne sera plus prise de façon désinvolte pour gagner les faveurs d’un Président français ou d’une puissance occidentale ;
- Si je suis réélu, je veillerai à ne plus me contredire ou à renier de manière flagrante mes principes déclarés comme quand j’ai libéré le terroriste Oumar esSahraoui en échange de la libération d’otages occidentaux, alors que quelques mois auparavant j’ai rappelé notre ambassadeur à Bamako parce que le Mali avait enfreint mon principe ‘sacré’ de ne jamais libérer de terroriste pour quelque motif que ce soit ;
- Si je suis réélu, je produirai enfin, pour l’Histoire, les preuves que j’ai promis de divulguer de détournements de deniers publics dont j’ai accusé Messoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah lors de la campagne présidentielle de 2009 ;
- Si je suis réélu, je ferai preuve de reconnaissance vis-à-vis de ceux qui m’ont soutenu et de tolérance vis-à-vis de mes opposants ;
- Si je suis réélu, je m’engage à respecter mon serment de ne pas briguer un troisième mandat ;
- Si je suis réélu, je vous fais la promesse solennelle de respecter ces engagements. »
Evidemment la liste de ces engagements pourrait être plus longue et je compte sur les conseillers du Président pour la compléter et l’enrichir.
Tlamid Ould Haddemine dit « Yehifdhou »
Consultant en communication
htlamid@yahoo.com
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