05:00
La démocratie: Une superstition ?
C’est Anatole France qui disait, je crois, que chaque siècle possède ses propres superstitions. La démocratie je crois, est la grande superstition de ces dernières décennies. On ne jure plus que par elle, on ne juge plus que par elle, c’est un label que chacun revendique, et en son nom, on construit des montagnes d’âneries, et en son nom on piétine allégrement la piétaille.
C’est véritablement dans les années 90 que cette religion a conquis les cœurs chez nous. Et on n’a tous crié, moi l’un des premiers ici, que voilà enfin apparues les premières lueurs de liberté. Nous avons vite déchanté. Parce que nous avions le choix .
Dans chaque village, dans chaque oued, on avait à choisir entre le petit chef local et son cousin qui voulait être à son tour petit chef local.
Et sur le plan national on avait aussi le choix : la vieille aristocratie issue du colonialisme se mesurait avec la nouvelle aristocratie de l’argent et des armes. Nous devions choisir. Qui nous ?
Il y avait ceux, à Nouakchott surtout qui se voulaient vraiment démocrates et le criaient très haut. Ils enveloppaient donc leur choix régionaliste, sectaires, dans de belles paroles d’aujourd’hui : les droits de l’homme, l’égalité, la lutte contre la pauvreté etc etc, il y avait ceux très nombreux, l’immense majorité en fait qui ne s’embourbait pas dans de faux discours : nous soutenons Untel parce qu’il est proche de notre clan, parce que notre tribu le veut…un langage « arriéré » peut être mais qui porte une vérité.
Et on a vu des candidats aux sénatoriales fixer publiquement le prix à payer pour chaque conseiller municipal qui leur apportera son soutien. Et on a vu des partis se vendre, et on a vu des « élus » achetés, et on a vu, et on a vu… (À lire dans la version papier du journal)