10:21
Affaire Ould Khawmani : L’indépendance de la Justice s’arrête là où commencent les choses militaires
Décidément le pouvoir actuel semble s’ingénier à se prendre à son propre jeu en foulant aux pieds tous les textes et procédures légales dans les affaires dites sensibles qu’il a à gérer.
Tout le monde le sait, les juges sont à la botte du pouvoir et il peut leur faire prendre la décision qu’il veut et avec le timing qu’il aura choisi. Chaque fois les textes sont ignorés et souvent la Justice est laissée en rade dans plusieurs affaires qui la concernent au premier chef. Pour commencer on s’étonne de la mise à l’écart systématique de la Justice dans toutes les affaires dans lesquelles l’armée est peu ou prou impliquée.
Il semble que nos gouvernants privilégient le lavage du linge sale en famille loin des allées indiscrètes du palais de justice. Les affaires sont réglées entre les chefs militaires et les civils et nous n’en sommes informés que lorsque des informations sont volontairement ou non distillées par le biais de la rumeur.
L’indépendance de la Justice connait sa limite lorsqu’elle est confrontée à la dure réalité des choses militaires. Dernier exemple en date l’arrestation de Abeidi Ould Khawmani et sa détention depuis plus d’une semaine par la Gendarmerie alors que ce corps n’est pas territorialement compétent et alors qu’aucune charge n’a encore été officiellement retenue contre lui par une autorité judiciaire et qu’aucune plainte ni au civil ni au pénal n’a été annoncée ou notifiée au parquet.
Mieux encore, un autre homme d’affaire qui n’a aucune relation avérée avec lui se trouve lui aussi à la gendarmerie qui a procédé à la perquisition de son domicile, on ignore sous la supervision de quel juge mais dont le tort principal est, semble-t-il de soutenir l’homme d’affaire Mohamed Ould Bouamatou face à l’injustice que lui font subir plusieurs pans de l’Administration.
Ould Khawmani parle
Notre reporter a pu rencontrer Abeidi Ould Khawmani à la Gendarmerie et il (Khawmani) nous a déclaré : « J’ai été amené dans un lieu inconnu et encagoulé, là on a commencé à me poser des questions sur mes relations avec El Kory Ould Addad. J’ai répondu que je le connaissais à travers la relation de parenté qui nous lient mais que je n’ai jamais eu à traiter d’aucune affaire avec lui. Une seule fois j’ai voulu lui vendre une voiture et finalement la transaction n’a pas eu lieu, il a acheté la voiture avec quelqu’un d’autre. Il ignore tout de mes activités comme j’ignore tout des siennes.
Les enquêteurs ont insisté pour savoir si je connaissais Ould Bouamatou et je leur ai dit que je le connais comme toute notre tribu le connait mais ni lui ni El Kory Ould Addad n’ont rien à voir avec mon problème qui est juste une question de créance. Le Commandant Khalifa me prêtait souvent de l’argent que je lui rendais avec des bénéfices substantiels, cette fois j’ai fais des pertes mais je suis prêt à rembourser mes dettes. Je leur ai déjà donné pour la valeur de plus de deux cent millions en voitures, maisons et groupes électrogènes.
Contrairement à ce qui a été écrit ni le président ni le chef d’Etat Major n’ont rien à voir dans cette affaire qui ne concerne que Khalifa et moi. Mais je m’étonne que El Kory Ould Addad soit retenu alors que les personnes qui faisaient affaire avec moi ont juste été interrogées et relâchées »
Normalement, dans un état de Droit l’Etat Major doit porter plainte pour le préjudice financier subi. Le Procureur mandate les gendarmes pour interroger les militaires et la police judiciaire pour les civils. Ould El Khawmani dès lors qu’il na utilisé aucun procédé frauduleux pour s’emparer des fonds ne peut être astreint qu’au remboursement pure et simple. C’est à l’armée d’assumer la déliquescence de ses procédures comptables et financières. En tout état de cause cette affaire révèle au grand jour le peu de confiance que les pouvoirs publics placent dans l’appareil sécuritaire (police) et de justice (parquet général) qui ont été complètement mis sur la touche dès le départ.
L’autorité des élus s’arrête là ou commence celle des militaires. Des observateurs font remarquer que l’affaire de la balle de Twoueila a été gérée avec le même dédain de l’institution judiciaire puisque jusqu’à aujourd’hui le parquet n’a pas encore ouvert une enquête ne serait ce que pour coups et blessures involontaires.
Mais il est vrai que nous vivons une situation d’exception qui ne dit pas son nom. Les gardes patrouillent à El Mina et Sebkha, procèdent à des rafles de citoyens et n’ont de compte à rendre’ à personne, surtout pas à l’autorité administrative ou municipale. Les élus, surtout locaux, sont piétinés et leur autorité s’arrête là ou commence celle des militaires. N’importe qui peut être arrêté pour n’importe quoi et maintenu en prison sous n’importe quel prétexte.
Ainsi l’emprisonnement de Mohamed Ould Debagh ne se justifie ni au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés ni par la consistance de son dossier d’instruction. Sa détention préventive dure aujourd’hui depuis plus d’un mois et le régime qu’il subit est des plus sévères. Ses visites sont délivrées au compte goutte et tout ce qui peut s’apparenter à un journaliste en est formellement exclu. Il subit des fouilles et des vexations ininterrompues, rien ne lui est épargné.
Son seul tort, comme El Kory Ould Addad, est de dénoncer les abus contre Ould Bouamatou. De son côté la presse n’est pas en reste, du fait de leur engagement pour l’équité et la Justice certains médias sont stigmatisés. Ils sont de facto exclus des accréditations pour les évènements officiels, leurs téléphones est constamment sur écoute et leur courriers et leurs sites sont systématiquement épluchés voire bloqués. L’Etat se comporte comme un véritable état voyou !
B.C (Le Quotidien de Nouakchott)
Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.