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AQMI rompt un silence désespéré au Mali
Après une série de revers dans le nord du Mali, la branche nord-africaine d'al-Qaida demande aux combattants du Maghreb d'embrasser la cause dans leurs pays. Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a publié dimanche 17 mars un nouveau communiqué demandant à la jeunesse nord-africaine de lutter contre les partisans de la laïcité dans leurs pays et de mener le jihad au Mali.
Ce message du réseau terroriste est le premier depuis que l'intervention militaire internationale dans le nord du Mali a chassé ses combattants des principales villes et fait plusieurs morts dans les rangs de ses hauts dirigeants, notamment Abdelhamid Abou Zeid.
"Le front du Maghreb islamique a aujourd'hui besoin du soutien des fils de la Tunisie, du Maroc, de la Libye et de la Mauritanie, pour faire échouer les attaques des croisés français, défaire leurs agents dans la région, et pour mettre en place le projet islamique et le jihad", affirme ce communiqué repris par l'AFP.
Toutefois, ce communiqué s'adresse aux mouvements islamiques politiques modérés du Maghreb lorsqu'il leur demande de soutenir les jihadistes et de ne pas laisser la scène aux laïcs, référence claire aux partis politiques libéraux ainsi qu'aux mouvements de gauche et nationalistes en Afrique du Nord.
"La jeunesse musulmane de Tunisie et d'ailleurs ne doit pas laisser les Occidentaux laïcs et autres semer le trouble. La jeunesse musulmane doit aussi rester et combattre les ennemis de Dieu et ses ennemis par des discussions, des preuves et la force de l'évidence", ajoute le réseau terroriste.
Dans un autre paragraphe, AQMI explique que le "jihad" a été facilité par les révolutions qui "ont accordé une place importante à l'appel à Dieu. Elles ont également donné aux Musulmans une grande marge de liberté pour pratiquer leur religion, promouvoir la vertu et prévenir le vice. En fait, les plus grands bénéficiaires en sont les partisans du projet islamique."
Selon les observateurs, ce nouveau communiqué est un appel aux factions islamistes modérées qui avaient auparavant pris leurs distances avec les groupes salafistes extrémistes. Dans le passé, al-Qaida qualifiait ces centristes d'hypocrites.
Ce changement dans le discours d'al-Qaida en faveur des islamistes modérés reflète le besoin urgent de l'organisation de trouver des soutiens, estime l'analyste Abdul Hamid Ansari, qui ajoute qu'AQMI pourrait avoir été encouragé en cela par les positions de certains partis islamistes opposés à la guerre contre les djihadistes dans le nord du Mali.
Il ajoute cependant que ce rejet de la guerre contre les terroristes de la part des partis islamistes ne devrait être suivi par aucune autre mesure de soutien. Pour lui, ces communiqués publiés par ces partis sont seulement une sorte d'affirmation morale.
D'autres pensent en revanche qu'AQMI cherche à exploiter la situation tendue qui prévaut dans certains pays du Maghreb entre les mouvements islamistes et leurs opposants, à l'instar de ce qui se passe notamment en Tunisie entre Ennahda et les mouvements laïcs, ou encore en Egypte.
"Al-Qaida utilise toutes les méthodes possibles pour semer la discorde et attiser les différends entre les peuples, afin de gagner des partisans", explique l'analyste Mohamed Ag Hamadou à Magharebia. "Elle cherche à semer la dissension dans le front intérieur des pays du Maghreb afin de récolter de plus amples soutiens."
Il ajoute toutefois douter de la réussite de ce complot, expliquant que "aujourd'hui, la jeunesse du Maghreb veut du travail plutôt qu'une retraite dans les montagnes et la mort."
Bien que la majorité de la jeunesse maghrébine se sente aujourd'hui plus concernée par les problèmes locaux, selon cet analyste, certains seraient encore susceptibles de répondre à cet appel, comme le Français Djamel Touiter, arrêté il y a quelques semaines dans le nord du Mali alors qu'il combattait aux côtés d'al-Qaida.
Le quotidien Le Parisien avait rapporté les propos de sa soeur Sonia expliquant que les actes de son frère étaient une honte. "Il a trahi la France. Il a trahi sa famille. Et il a aussi trahi l'opinion publique française. Ses actes sont contraires aux services que la France lui a rendus. Il mérite une punition", a-t-elle déclaré.
Le journal a ajouté que ce Français de 37 ans d'origine algérienne avait été auparavant un membre des forces de police françaises et avait occupé plusieurs autres emplois avant de rejoindre les djihadistes dans le nord du Mali, laissant derrière lui trois enfants et une ex-épouse.
Par Jemal Oumar à Nouakchott