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Mamère-Aziz : Vers un acharnement françafricain !
"Veut-on forcer la main de la Cour en créant ainsi un rapport de force en faveur d'une plus grande sévérité de la Cour" pour que "l'instruction devienne publique?" tempêtait l'avocat du président mauritanien quand il défendait un autre président (de télévision publique) et grand ami de présidents centrafricains (Libé -21/10/1997).
Vers une double citation directe.
Alors, il fustigeait un "relevé de constations provisoires" de l'inoffensive Cour des comptes. Jeune avocat d'affaires tout juste abonné aux mignardises des parrains du barreau parisien, il partageait son cabinet avec son actuel président socialiste.
Devenu avocat d'un précieux homologue centrafricain, il s'illustre dans les pratiques qu'il stigmatisait auparavant. Contributeur averti à la loi audiovisuelle du gouvernement Jospin, il sur-médiatise son assignation en cours de transmission pour frapper les entendements et voiturer sa curée judiciaire.
Au détriment des efforts de conciliation et sans nier la bonne foi de sa cible, cet artilleur des puissants lui impose une procédure humiliante et contraignante pour siphonner les preuves et les arguments.
Une à deux "citations directes"qui ne lui laissent que dix jours pour donner au lapsus hasardeux l'authenticité d'un verset coranique. Sans exégèse objective de l'amende honorable adressée à son client : "je tiens à préciser que mon propos télévisuel (…) n'avait pas vocation à stigmatiser le président mauritanien dans sa personne ni lui faire porter la responsabilité des trafics de drogue».
On ne peut plus clair et franc pour tout honneur sincèrement floué : "j'ai évoqué le président mauritanien, sans doute, abusivement... Tant je ne visais pas l'homme lui-même..." Alors que les médias se gargarisent des "regrets, marche-arrières et excuses" de l'élu écologiste (maurimédia.net, mauritanienouvelle.net...), le canonnier de la Françafrique putschiste se répand en mondovision dans un restaurant cossu de la place des Invalides.
Empruntant au lieu son lustre pendant les funérailles d'un illustre juste et indigné, il exige des "excuses claires et franches". Dans un charabia normand invalidant pour tout arrangement, il veut mordicus : "plus clair que clair et plus franc que franc !"
Lèse-président Rougon-Macquart
Pourtant le communiqué du parlementaire pouvait excuser son auteur auprès du sultan mauritanien. Sans effacer le lèse-président, il le réhabilite auprès de ses concitoyens. Pour être "clair et franc", il suffit de reprendre la dépêche du rigoureux artificier du barreau parisien.
Elle confirme au quidam les bégaiements, coupes et suspensions d'un propos qui visait moins l'homme que sa fonction ou tout autre pair de son continent : "est-ce que vous imaginez que les djihadistes, ils vont disparaître comme ça et qu’ils vont pas se réfugier, qui en Mauritanie, où ils ont, où il y a un président qui est (…) le parrain d’un trafic de drogue, par exemple ? "
La vidéo de l'émission (28') ayant disparu des écrans sans que la chaîne franco-allemande (Arte) ne soit citée pour autant, il faut se contenter de cette partielle retranscription.
Dans sa rigoureuse clémence, la défense du président authentifie publiquement que le député-maire fut "léger" et "instrumentalisé par des gens qui souhaitaient déstabiliser la Mauritanie". Comment ne pas suspecter une double assignation qui prend tout son temps sans laisser à l'adversaire celui de mûrir ses arguments. En avocat d'affaires prévoyant, le cabinet parisien sollicite les bourses sans ménagement.
Une autre plainte serait en cours de prédestination pour une interview que l'élu anticolonialiste aurait accordée à un journaliste mauritanien. Féru de naturalisme, ce dernier s'était fendu d'un titre-hommage à Zola : "j'accuse !" De bonne guerre, l'opposition "anti-dreyfusarde" bondit sur l'expression dans la pure tradition de sa saga générique d'un autre temps : Les Rougon-Macquart...
Toubab impie et colon
A l'arrivée, les hostilités sont lancées pour des années de procédures tapageuses en médiatisation. Pour sa défense en un temps record, le député écologiste devra charger tout un pays discret et lointain dont il respecte le peuple et les ambitions. Pour lui en aliéner l'opinion, l'anticolonialiste sera rhabillé pour son imaginaire hanté par les outrances du toubab impie et colon.
Finie la Mauritanie du train le plus long et les "cités-manuscrits" qui font sa réputation de patrimoine commun au genre humain. En avant: son esclavage et ses déportations, ses putschs et leurs déprédations. Pas besoin de solutions à ces fléaux qui relèvent d'une commission de "vérité et réconciliation". Seul objectif : une condamnation symbolique qu'aucun tribunal ne décrétera sans risquer appels et annulations.
De grande instance en cassation et de complications en révélations, seule la Cour européenne départagera les conclusions. L'image du pays en prendra un coup sans rémission : l'ennemi juré de la liberté d'expression. De même, cette fameuse balle amie logée dans les imaginations retrouvera ses accents d'éventuel règlement de compte entre narco-parrains ?
Quant au député écologiste lui-même, il ne risque rien autre chose que la réhabilitation. Sa bonne foi est d'ores et déjà établie en multidiffusion. Son immunité le protègera d'une vile condamnation. L'acharnement des potentats françafricains lui garantit un ralliement des opinions. Il sera réélu comme avant. Tandis que pour recouvrer un miroir mieux disant, la Mauritanie et son président risqueront jusqu'à l'extinction...
Cheikh Touré
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