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Mali: l'ambassadeur de France démis de ses fonctions
Chez les "Africains" du Quai d'Orsay, on navigue à vue entre la danse du scalp et le jeu des chaises musicales.
Trois semaines après l'éviction de Laurent Bigot, sous-directeur Afrique de l'Ouest, voici que roule dans la sciure une autre tête: celle de Christian Rouyer, ci-devant ambassadeur de France à Bamako. Ce qui, au coeur d'une crise malienne ô combien périlleuse, fait plutôt désordre.
S'agissant de Rouyer, qui aura passé à peine deux ans à la chancellerie bamakoise, la rumeur circulait depuis plusieurs semaines. Interrogé le 11 mars par nos soins à son sujet, un haut-responsable du Quai avait feint de tomber des nues...
Que vaut à l'intéressé cette disgrâce? Selon une source fiable, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius lui reprochait de manquer de dynamisme et de ne pas alimenter suffisamment la maison-mère en analyses et télégrammes.
Fabius promeut un sarkozyste.
De son côté, précise le même témoin, Chrisian Rouyer jugeait que Gilles Huberson, nommé voilà peu chef de la mission Mali-Sahel du Quai, prenait un peu trop de place au sein du dispositif français. A tout le moins, il s'apprête à prendre la sienne, puisque cet ancien super-gendarme devrait succéder au sortant à Bamako. "Le paradoxe, s'amuse un initié, c'est que Fabius promeut ainsi un sarkozyste, initialement repéré par Nicolas Bazire, puis protégé de Brice Hortefeux à l'Intérieur".
Sur le front sahélien, Gilles Huberson avait de facto pris en février la succession d'un diplomate chevronné, Jean-Félix Paganon, "représentant spécial pour le Sahel" depuis le 25 juin 2012. "Ne reste plus qu'à limoger le planton de l'ambassade à Bamako pour que la boucle soit bouclée", ironise un connaisseur. A franchement parler, si l'objectif tactique est de dérouter les "cerveaux" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui se hasarderaient à décrypter la stratégie de l'état-major diplomatique de "l'ennemi infidèle", c'est plutôt réussi...
Par Vincent Hugeux