08:58
La mort du djihadiste Abou Zeid confirmée à Paris
Abou Zeid, l'un des principaux chefs d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), a bien été tué lors des opérations menées par l'armée française et l'armée tchadienne dans l'adrar des Ifoghas au nord du Mali, ont indiqué au Monde des sources officielles samedi 23 mars. L'Elysée devait communiquer cette confirmation dans la journée.
L'Algérien Abdelhamid Abou Zeid, 46 ans, de son vrai nom Mohamed Ghadir, était l'auteur de l'enlèvement des sept employés d'Areva et de Satom, dont cinq Français, sur le site d'Arlit au Niger, en septembre 2010. Cet émir d'AQMI avait fait du massif montagneux des Ifoghas, tout près de la frontière algérienne, son sanctuaire.
Après avoir passé des alliances avec certaines tribus touareg, il avait installé dans cette région isolée du Sahel sa base logistique, ses camps d'entraînement, et ses nombreux otages pris au fil des années. Depuis le début des opérations françaises dans les Ifoghas, plus de 40 tonnes d'armement ont été retrouvées.
Plusieurs dizaines de combattants de sa katiba (unité) ont également été tués ces dernières semaines dans les opérations menées par les Français pour "nettoyer" les vallées de la région, notamment dans la vallée d'Amettetaï.
Dans l'attente de preuves formelles, les autorités françaises n'avaient pas souhaité confirmer d'emblée l'information de sa mort. L'annonce en avait été diffusée par la télévision algérienne Ennahar, ainsi que par Le Monde, qui s'appuyait sur de sérieuses sources locales, jeudi 28 février. RFI et Paris Match avaient publié la photographie d'un cadavre marqué d'une grave blessure à la tête.
Des fragments d'ADN familiaux ont permis l'identification formelle
La mort d'Abou Zeid remonterait au 22 février, date à laquelle, dans de violents accrochages, plus de 40 djihadistes ont été tués.
L'arme du terroriste avait été retrouvée sur les lieux des affrontements. L'identité de combattants djihadistes éliminés dans la zone avait aussi permis de renforcer la conviction des services de renseignement. Des sources américaines ont jugé la disparition du responsable d'AQMI "très crédible".
Le 1er mars, c'est le président tchadien, Idriss Déby, qui annonçait à son tour la nouvelle, à l'issue d'un hommage solennel rendu à ses 26 soldats qui venaient de trouver la mort dans les combats violents engagés avec les Français contre les djihadistes. Le 12 mars, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, indiquait dans une interview au Monde que la mort du terroriste était "probable".
C'est d'Algérie qu'est venue, il y a quelques jours, la confirmation de l'identité du cadavre des Ifoghas, sur lequel les soldats français avaient effectué des prélèvements organiques. Alger disposait de fragments d'ADN familiaux qui ont permis, à la demande de Paris, d'identifier formellement l'homme par recoupement.
Le doute devait être levé puisqu'une confusion a longtemps régné sur deux Algériens portant le nom d'Abou Zeid. Sur la liste des terroristes fournie par les Etats (dont l'Algérie) aux Nations unies, en figure un premier, dont le nom à l'état civil est Abid Hammadou, né dans les années 1960 à Touggourt au sud-est de l'Algérie ; cet homme, dont la mort n'a pas été enregistrée, pourrait avoir été tué par l'armée algérienne dans le Sahara dans les années 1990, selon Mohamed Mokkadem.
Ce journaliste, qui a pris la direction du quotidien arabophone Ennahar en 2007, avait indiqué en 2010 que le véritable Abou Zeid d'AQMI était Mohamed Ghadir, né dans une région déshéritée du Debdeb, près de la frontière libyenne, à une date inconnue. Contrebandier et ancien militant du Groupement salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), il est devenu en quelques années l'un des émirs les plus redoutés d'AQMI, tandis qu'émergeait parallèlement un autre "cheikh", Mokhtar Belmokhtar, responsable lui aussi d'attentats et de lucratives prises d'otages. Il a revendiqué l'attaque sanglante du site gazier algérien d'In Amenas conduite depuis le Mali. Mokhtar Belmokhtar aurait pour l'heure échappé aux frappes de l'opération "Serval".
