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Seydi Ould Samba NDiaye : « Militant provisoire d’IRA, il brûle prématurément son strapontin »
La lettre de démission que Seydi Ould Samba NDiaye avait adressé au président Mohamed Ould Abdel Aziz, en tant que représentant de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) au niveau de l’Assaba a suscité une réponse ironique de la part de l’organisation antiesclavagiste.
L’IRA, par le biais de son Secrétaire à l’organisation, Cheikh Abdel Al Ahad Ould Boutah, a déclaré que Seyid Ould Samba NDiaye, professeur de philosophie à Kiffa, s’était présenté au leader du mouvement, Birame Ould Dah Ould Abeid (Notre photo), lors de son passage il y a moins de deux mois dans la ville pour annoncer son intention d’intégrer IRA et de le représenter au niveau de la Wilaya.
Vu son engouement, et sans en avoir cherché les soubassements, IRA lui confiera à titre provisoire le titre de représentant, en entendant une deuxième tournée qu’elle compte effectuer pour implanter d’une manière définitive ses structures.
L’autre élément qui aurait conforté la confiance d’IRA en cet homme qu’elle n’a connu qu’en une entrevue d’une heure de temps, c’était son statut d’ancien élève d’un des dirigeants de l’organisation. C’est le seul contact que Ould Samba NDiaye aura avec l’organisation qui ne l’a pas confirmé dans son poste et qui s’est suffi de lui exposer en gros, les objectifs et les stratégies de lutte de l’organisation.
Ainsi, selon IRA, ses relations avec ce Seydi Ould Samba NDiaye ne datent que depuis deux mois et les échanges qu’il a eus avec les leaders de l’organisation n’ont guère dépassé une heure de temps. D’où, selon IRA, la surprise créée par la publication dans le Net d’une lettre de démission signée par Ould Samba NDiaye et dans laquelle il se présente comme le représentant d’une organisation dans laquelle son statut est encore provisoire.
Et il s’exprime dans cette lettre comme s’il était l’un des fondateurs d’IRA ou l’un de ses avant-gardes, alléché par la création d’une agence sur laquelle le bureau exécutif de l’organisation antiesclavagiste ne s’est pas encore officiellement prononcée, malgré quelques déclarations de principe qui entrent cependant dans sa vision globale.
Ainsi, le court passage encore officieux de Seydi Ould Samba NDiaye au sein d’IRA prouve, selon l’organisation, qu’il n’avait pas encore bien appréhendé ses principes de base fondés sur la sincérité, le désintéressement, l’esprit chevaleresque, la patience, la fidélité et la retenue avant toute réaction. Le communiqué de rappeler qu’à cause de Seyid Ould Samba NDiaye et de sa fraîche appartenance à l’organisation, c’est la première fois dans son histoire qu’IRA a été obligé de présenter des excuses sur une plainte non fondée.
C’est le cas du capitaine Mokhtar Ould Agjeïl contre qui une plainte avait été déposée pour avoir soi-disant empêché une femme de se marier sous prétexte qu’elle est son esclave. Après avoir vérifié le non fondé de l’accusation, IRA aurait retiré sa plainte et présenté publiquement ses excuses au capitaine. L’esprit d’empressement semble hélas être l’un des faibles attitudes de Seyid Ould Samba NDiaye, selon Ould Boutah.
« Nous avons lu la lettre que ce professeur de philosophie a adressé au Chef de l’Etat en sa qualité de représentant d’IRA en Assaba, alors que selon les textes de l’organisation, il n’est qu’un militant dont l’adhésion devait être confirmée lors de la campagne d’implantation qu’IRA prévoit d’entreprendre dans les localités déjà visitées lors de sa tournée dans le pays » notera-t-il.
De ce fait, l’organisation considère que sa démission est teintée d’empressement, comme ce fut le cas lors de sa demande d’adhésion et de la plainte qu’il avait déposé au nom d’IRA contre le capitaine. Sur le contenu de la lettre, Par la voix de son chargé d’organisation, IRA se dit non concerné parce qu’elle ne lui est pas destinée (une autre précipitation), et qu’elle ne réagit à la lettre qu’en termes de contribution par rapport à un fait.
Et Ould Boutah de rappeler que Seyid Ould Samba NDiaye, dans sa lettre, a soutenu que la création de la nouvelle agence de lutte contre les séquelles de l’esclavage « va fermer la g…à tous ceux qui marchandent la problématique de l’esclavage ».
Pour IRA, c’est sa g…qui a été fermée et non celle d’IRA et que s’il y a quelqu’un qui cherche à marchander cette problématique c’est bien lui. La preuve, la rapidité avec laquelle il a usé pour intégrer IRA, la rapidité avec laquelle il a porté plainte contre un pauvre capitaine, la rapidité avec laquelle il a retiré sa plainte, la rapidité avec laquelle, il est sorti d’IRA, la rapidité avec laquelle il a réagi à la création de la nouvelle agence et la rapidité avec laquelle il a présenté sa démission au…Président de la République.
Ould Samba NDiaye serait ainsi, selon IRA, la première personne dans l’histoire du monde à présenter sa démission à un Chef d’Etat en tant que membre d’une organisation de défense des droits de l’homme, indépendante, libre, non publique et non officiellement reconnue. C’est l’idiotie du siècle venue d’un professeur de philosophie. Et de rappeler la position de son président, Birame qui a déclaré que l’Agence ne pourra réussir son mandat que si elle prend en considération l’avis des organisations abolitionnistes de la société civile. Dans son concept actuel, l’Agence va lutter contre les séquelles de l’esclavage, alors qu’IRA continuera à combattre l’esclavage en tant que pratique, notera-t-il.
Ainsi, l’agence nouvellement créée ne serait qu’une réponse timide de l’Etat face à la pression menée par IRA, qui a su mettre à nue la falsification, le mensonge et les déclarations propagandistes d’un pouvoir et de ses lieutenants, « ces chasseurs de poste qui continuent à nier l’existence des pratiques esclavagistes malgré les cas avérés avalisés par la justice, si l’on exclut la diffamation contre le capitaine Akjil du fait du franc-tireur professeur » selon la réponse lapidaire du Secrétaire à l’organisation d’IRA.
Il soulignera à l’intention de Ould Samba NDiaye que « si les institutions et les organes publics suffisaient à eu seuls par leur simple existence à éradiquer l’esclavage, cela ferait longtemps que ce phénomène aurait disparu du pays », citant la création d’un Secrétariat d’Etat à lutte contre l’analphabétisme, celle d’un Ministère chargé du développement rural, la mise en place d’un Crédit agricole et la création d’un Commissariat ainsi que d’une Commission chargée des droits de l’homme…Toutes ces institutions avaient pour souci, selon lui, de lutter contre l’esclavage et ses séquelles. Et de se demander : « qu’ont-elles réalisé et à qui ont-elle profité ? ».
Ironique, Cheikh Abdel Ahad trouve que le professeur de philosophie Ould Samba NDiaye aurait dû faire la différence entre les idées et leur traduction sur le terrain du concret.
Il devait ainsi attendre d’en savoir plus sur cette agence, qui jusqu’à présent est encore au stade de projet susceptible de mourir dans l’œuf comme tant d’autres projets, comme la Haute Commission de la Fatwa, la Haute Cour de justice ou encore la Grande Mosquée de Nouakchott. L’agence risque, selon son appréciation, de connaître le même sort si sa création n’est sous-tendue par une réelle volonté politique et la volonté de réaliser dans ce domaine ce qu’aucun autre régime n’a jusque-là entrepris.
Cheikh Abdel Ahad trouve par ailleurs que la mort prématurée des grands projets avant leur naissance est due dans une large mesure à l’attitude des laudateurs et des applaudisseurs, mais aussi des auteurs de lettres ouvertes et de motions de soutien avant termes, ces opportunismes qui laissent souvent leurs numéros de téléphone, un lien pour service après vente.
Ainsi, Cheikh Al Ahad semble tirer de la lettre de démission de Ould Samba NDiaye quelques idées, comme le fait que la création de l’Agence de lutte contre les séquelles de l’esclavage lui ait coupé la langue, qu’il ne soit en fin de compte qu’un vulgaire marchand de la cause esclavagiste qui vend sa marchandise, persuadé qu’elle trouvera acheteur auprès du premier responsable de l’Agence en gestation, à savoir le Président de la République.
Quant à IRA, selon lui, elle considère que ses ambitions pour la Mauritanie et pour les Harratines sont plus grandes que la chasse aux postes et aux avantages. Les cadres et les militants de l’organisation resteront, dira-t-il, des soldats infatigables de la cause esclavagiste jusqu’à ce que le dernier asservi en Mauritanie soit libéré de ses chaînes.
Cheikh Aïdara