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Aziz, le quinquennat de tous les dangers
Les soutiens de Mohamed Ould Abd El Aziz, dans son parcours effréné vers la recherche de la gloire et de la puissance politique, doivent se poser énormément de questions ces jours-ci et le remords doit les ronger à fonds.
Leur confiance et leur admiration pour cet officier supérieur qui donnait, à ses débuts, l’image d’un homme discret, pudique et, à l’apparence, vivace d’esprit, s’étaient consolidées au fur et à mesure, pendant la période de la transition, à la faveur de la fronde contre le pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui aboutit au putsch du 06 aout 2008 et plus tard pendant le processus de légitimation de sa candidature à la magistrature suprême couronnée par son élection à la présidence de la République en 2009.
Son discours d’alors quasi révolutionnaire, désintéressé, vilipendant tous les responsables ou supposés des tares que connait notre pays, sa ferme volonté de lancer des réformes radicales conduisant à un changement profond de la société mauritanienne, sa propension sincère ou affichée à la justice et à l’égalité transformèrent vite cette relation en une complicité.
Et ils étaient des milliers de mauritaniens, y compris des dirigeants politiques notoires, des parlementaires, des intellectuels, des cadres, des jeunes, des femmes, des citoyens de tous bords, qui s’engagèrent avec lui dans cet odyssée chevaleresque du bien contre le mal, de la bonne gouvernance contre la gabegie, de la démocratie réelle contre l’unilatéralisme, de l’équité contre le népotisme tels que promus par les thuriféraires du moment.
Sans arrière pensée, mus qu’ils étaient par la soif de voir leur pays changer de manière constructive. Ces hommes et ces femmes s’étaient fiés au discours d’un homme qui aimait répéter que « nous voulions, par le déclic du 3 août 2005, mettre un terme à une parodie de démocratie qui a laminé le pays.
La seule façon d’y parvenir était de passer aux actes pour concilier la légalité avec la légitimité populaire, ressusciter l’espoir en reprenant un processus démocratique sciemment transformé en dictature. Malheureusement, le travail entrepris pendant la transition de 2005 n’a pas apporté les fruits attendus.»
L’homme avait visiblement des ambitions pour son pays et pour lui-même. Plus tard, il justifiera le putsch de 2008 en martelant «le président sorti des urnes était tombé dans les mêmes erreurs que la plupart de ceux qui l’avaient précédé en mettant en œuvre une politique accentuant les divergences et trahissant l’ambition collective de paix, de stabilité et de démocratie.
Il avait reproduit les mêmes méthodes politiciennes et s’était vite trouvé en conflit avec sa majorité. En privilégiant une gestion de pourrissement de la situation du pays par le blocage des institutions constitutionnelles et en affichant son inconscience avec des voyages-villégiature à l’étranger, il avait failli mettre le pays à feu et à sang en s’attaquant à la seule institution républicaine qui échappait à ses travers. Face à ces nouvelles menaces, nous avons assumé, une nouvelle fois, nos responsabilités.»
Y’avait-il plus cinglantes phrases pour pousser tous ses supporters à continuer le combat avec lui? La personne de Sidioca, son régime étant pure invention des militaires de la transition, ces inconditionnels, en béni oui-oui professionnels, ne se sont faits aucun souci sur leur sort, pire ils ne pouvaient point s’accommoder d’eux dès l’instant qu’ils ont été disgraciés par les maitres des lieux.
L’absence de vision, d’indépendance d’esprit, l’instinct bassement matériel, les avait empêchés de constater que le pays entrait dans une phase cruciale de révision et de réorientation stratégique permettant enfin de transformer notre armée en une armée républicaine obéissant au pouvoir politique. Mohamed Ould Abdel aziz galvanisa ses troupes et mata très tôt cette témérité politique et démocratique et cette tentative de faire jouer le droit de Sidioca à la désobéissance du maître.
Mohamed Ould Abdel Aziz prit, depuis ce jour, tout son temps pour manœuvrer et construire ses alliances ; tantôt c’est Ahmed Ould Daddah qui y laissait des plumes, tantôt, c’est Messoud Ould Boulkhier et Boijel, et je ne parle point de tous ces chefs de partis cartable et d’initiatives, ces leaders tribaux et religieux, qui font la navette incessante entre la majorité et l’opposition au gré de petites promesses vite oubliées par le bienfaiteur.
Dans ce vaudeville pitoyable la politique, la vraie, perdait son sens et ses repères, la Mauritanie devenait de jour en jour mercantile, roublarde, mesquine, haineuse, revancharde, hypocrite, naïve, dépitée, suicidaire….
Les doutes envahissent le peuple qui se sent de plus en plus désarmé face à cet éternel recommencement.
Après Maouya et ses erreurs fatales, Ely et une transition qui avait suscité tant d’espoir, Sidi et sa gestion débonnaire et pusillanime, les mauritaniens de tous bord découvrent Mohamed Ould Abdel Aziz, ses méthodes opaques, son caractère taciturne, ses décisions intempestives, son sens congénital de l’improvisation, son affairisme vrai ou supposé, son mépris de la culture et des hommes cultivés, sa témérité insensée, son égocentrisme maladif….
Tous les soutiens (inconditionnels comme opposants dialoguistes) ont appris à avaler couleuvres sur couleuvres, pour y croire encore, et ne pas se laisser aller à l’insidieuse tendance du découragement, de la déception et de la démotivation.
Les malencontreuses péripéties et conséquences du «tir ami» marquèrent une séquence historique et fatidique de son pouvoir qui perturba la sérénité de dizaines voire de centaines parmi ces soutiens «inconditionnels» et, par ricochet, de toute la Mauritanie azizienne.
Mal gérée, la communication du raiss lui valut les pires revers ; l’homme aurait été au plus bas des sondages s’il en existait. Des rumeurs de coup d’Etat fusèrent de partout. La tension était à son paroxysme, les lâchages par les gens qui lui étaient les plus proches se dessinaient.
Les critiques en catimini, du système, de ses tares étaient l’apanage de pans entiers de la majorité. Certains iront même, par souci d’assurer les lendemains incertains, rendre des visites de courtoisie inhabituelles aux Généraux, au Premier Ministre et au Président de l’UPR crédités de pouvoir éventuellement prendre une éventuelle relève.
Le gouvernement, les ministres, les responsables de l’UPR, de la majorité, les thuriféraires habituels observèrent un mutisme qui en disait long sur leur réel état d’esprit.
D’aucuns se lanceront dans une campagne de soutien ultime et tardive et du bout des lèvres personne ne voulant se mouiller et prendre des risques inutiles.
Le pouvoir de Ould Abdel Aziz avait chancelé et n’eut été la pusillanimité de l’armée, pour les uns, sa loyauté pour les autres, la faiblesse de l’opposition, ou sa pudeur, l’après 13 octobre aurait été d’une autre couleur.
Pressé de partout, craignant pour son pouvoir Mohamed Abdel Aziz s’empressa de rentrer, défiant ses médecins français pour reprendre les choses en main.
Allait- il se rendre compte du coup de pompe subi par son système?
Allait –il ressentir ce que les mauritaniens ont pu ressentir durant son absence comme nécessité d’opérer un changement redonnant l’espoir né des premières heures de son arrivée au pouvoir? Allait –il renouer avec les grands et nobles principes de ses discours par lesquels il enflammait les populations d’Arafat, de Nouadhibou, de Néma …?
Hélas ; rien n’en a été et certains développements qui marquent la vie de ce pays, la conviction des mauritaniens qui se fortifie de jour en jour sur les dangers qui les assaillent de toutes parts, les amènent à s’interroger sur la malédiction qui subitement est entrain de disloquer notre tissu politique, social et économique.
Des dérives, sibyllines dans un premier temps, ont gangrené progressivement le système de gouvernance mis en place par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz et ont généré, comme un ver dans le fruit, les facteurs de son pourrissement et de son affaiblissement.
Les tares sont multiples et multiformes ; excès de centralisation, instrumentalisation des institutions, sclérose de l’administration, mise au pas de la Justice, émergence et entretien d’une cour de privilégiés peu scrupuleux, multiplication des scandales de tous genres, insécurité, affairisme débridé, népotisme, médiocrité dans le choix des hommes, tribalisme, déliquescence des mœurs, règlements de compte par le truchement de l’IGE couplé avec un dispositif où des délateurs de tout acabit s’en donnent à cœur joie pour détruire l’honneur des gens.
A l’issue de quatre années de pouvoir, les grands projets lancés par Mohamed Abdel Aziz s’essoufflent déjà. Les scanners sont tombés en panne ou ne sont pas exploitables faute de spécialistes nationaux, les patients de l’hémodialyse font des sit-in devant la présidence pour manque de prise en charge correcte, la société chinoise qui devait révolutionner le secteur de la pêche à Nouadhibou s’est révélée sous son vrai jour de société écran et mafieuse, l’enrôlement des populations piétine, fait des mécontents et retarde les élections.
Les populations des kebbas ont certes été lotis, en partie, mais dans une anarchie et un amateurisme dont les conséquences se verront à moyen et long terme. Les délestages de la Somelec ont repris en hiver, qu’est ce qui nous attend en été ?
L’Education est nulle de l’avis même du Premier Ministre, l’autosuffisance alimentaire est un rêve qui s’estompe à chaque réveil ; l’environnement, ce n’est plus le reboisement, qui a échoué selon Aziz à la TVM, mais la chasse aux sacs plastics; justement la TVM, c’est encore et toujours du n’importe quoi, pire sont les télévisions libres, qui rivalisent dans la médiocrité, les débuts sont toujours révélateurs…Contrairement à certaines radios libres qui font de sérieux efforts. Radio Mauritanie s’est transformée en tribune obscurantiste.
L’économie du pays n’est ni capitaliste, ni socialiste, ni de troc, ni, ni, ni…. Elle est azizienne. La marque de la thésaurisation s’y sent à des lieux… «Trésor public plein à craquer, BCM, pleine à craquer », mais l’argent ne circule pas, le flux monétaire est nul, les échanges intérieurs sont faibles, la consommation a drastiquement baissé, le niveau de vie des mauritaniens baisse, baisse, baisse pour, en fin de circuit, vider le panier de la ménagère, appauvrir les mauritaniens, s’en suivent une malnutrition des adultes comme des enfants, des maladies, un taux de mortalité des plus élevés dans le monde.
Par réflexe, et pour venir à la rescousse des pauvres et de la classe moyenne, Aziz lance les boutiques Emel, augmente les salaires, mais, concomitamment, augmente le prix du carburant, libère les prix pour satisfaire les gros commerçants, résultat on passe de Charybde en Scylla, il reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre.
Et le pauvre mauritanien ne comprend pas ce qui lui arrive. En permanence, il râle, rouspète, vocifère…manifeste, crie, …….et par ce qu’il s’estime être touché dans sa dignité, abandonné à son sort, il s’oriente en désespoir de cause vers l’irréparable….
Sur le plan politique Ni Messoud ni Boijel, n’arrivent à faire prendre conscience à Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il file du mauvais coton. Son dédain et son mépris pour « leurs gesticulations leurs élucubrations de vieux avachis»
Qu’Allah nous garde du quinquennat de tous les dangers.
Amadou Mohamed et Sokhna Marième
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