11:09
Affaire Bouamatou: L’impasse (Article intégral)
L’affaire Bouamatou entame son second mois, sans aucune solution en perspective. La Générale de Banque de Mauritanie, désormais, déserte, après le communiqué ‘’ mesure de sauvegarde’’ n’est plus une destination privilégiée pour ses déposants et autres clients, qui attendent une solution, on ne sait d’où.
Le champ de bataille glisse quelque peu vers un autre secteur que celui des finances et de la monnaie. : Le Gaz. Dont BSA-GAZ, une filiale du groupe Bouamatou, assure la distribution, pour plus d’un tiers de la consommation nationale.
La Banque centrale de Mauritanie, qui a adressé un blâme à la banque rebelle ne saurait aller vers l’avant, ni en arrière, dans sa menace. Au risque de porter sur son dos une responsabilité, dont elle n’espère, réellement, pas assumer les conséquences. Sinon, comment satisfaire les centaines de déposants pour lesquels, la BCM ne dispose pas de véritables propositions.
Elle ne dispose même pas de la moindre information sur la situation des comptes des clients dont l’historique est bien protégé dit-on par l’homme d’affaires, Bouamatou qui a choisi Marrakech comme lieu d’exil volontaire… Même si l’affaire de la GBM ne fait plus actualité ici, elle continue, tout de même, de susciter de vives inquiétudes ailleurs. Ailleurs et chez les chancelleries occidentales accréditées à Nouakchott.
“Vous n’êtes pas le pays le plus mal gouverné au monde, lance l’ambassadeur de France, à tout vent et à tout venant, parmi les leaders politiques mauritaniens. Mais, il y a, c’est vrai, un problème, un vrai, surenchérit, toujours, le représentant diplomatique de l’ancienne puissance coloniale : l’Affaire Bouamatou.”
Coup de Massue!
Puisqu’elle constitue un schisme, au sein de la majorité du président Aziz ? Peut-être. Ou parce que, derrière ce bras de fer national, bien des intérêts, au-delà de nos frontières, sont menacés. Peut-être. Aussi. On sait, dans le premier cas de figure, que la majorité est comme frappée par un redoutable coup de massue. On évite, même au sein de l’UPR, d’évoquer ou de prendre position dans ce conflit.
On essaie toujours d’esquiver la question, si un parlementaire est invité par un média privé et que ce sujet soit mis sur table. ‘’ Ce n’est pas une affaire politique. C’est une affaire financière, rétorque-t-on, constamment.’’ Même les plus zélés des soutiens d’Aziz n’osent même pas avancer le petit mot sur cette affaire, en public, en tout cas. Si on n’en est pas au schisme au sein de la majorité, on est, tout de même, à la réticence.
Si les inquiétudes de la France sont motivées par les risques engendrés par ce conflit, on ose bien songer aux lignes de crédits, notamment celles consenties par BNP-Paribas. Et, d’autres, certainement, moins importants, mais la France y est pour quelque chose.
On évoque dans ce cadre le cas de Wärtsilä, la finlandaise, pour laquelle les français de Nouakchott se seraient bien investis, pour, dit-on, remporter le marché de la fameuse centrale duale. Fameuse, car, le nom du président de la République a été cité, par les médias, on s’en souvient, comme ‘’ partenaire stratégique’’ dans cette affaire.
Wärtsilä faisait partie, justement, de ces clients, qui espéraient, après le déclenchement du conflit entre Aziz et Bouamatou, récupérer ses avoirs de la GBM. Un rendez-vous-même lui aurait été donné, pour un dimanche. Et pas n’importe lequel des dimanches, celui-là même où Mohamed Ould Bouamatou a signé le communiqué qu’il a baptisé : ‘’ mesure de sauvegarde.’’
Wärtsilä devra bien patienter quelque temps pour disposer de son petit milliard d’ouguiyas, déposé chez la GBM. Sacré coup, quand même, contre Aziz, si son implication, dans cette affaire se confirme.
Et BSA-Gaz ?
Si l’Etat a opté pour une mise en veilleuse, ne serait-ce que provisoire, de ses disputes avec la GBM, la hache de guerre ne s’enterre pas au niveau de BSA-Gaz. Une autre société du groupe, détenue à, environs, plus de 40%, par Mohamed Ould Bouamatou.
Depuis la fermeture de la GBM, cette société distributrice du gaz butane, peine un peu trop à trouver une banque locale disposée pour l’ouverture d’une lettre de crédit documentaire, pour que le fournisseur stratégique de la Mauritanie, Géogaz, puisse lui livrer sa part du marché national. Plus d’un tiers de la consommation nationale, en gaz butane et ménager.
Il faut rappeler qu’il y a trois sociétés de distribution, en charge de la commercialisation du produit sur toute l’étendue du territoire nationale. SOMAGAZ, une société étatique, RIM GAZ, société privée et BSA GAZ. Les trois se répartissent la cargaison fournie, à cadence régulière, trois fois, deux, parfois, par le fournisseur suisse GEOGAZ.
La première livraison qui a eu lieu, à quelques jours de la fermeture de la GBM, s’est faite, sans véritables soucis. Quoique, pour BSA-GAZ, il a fallu une intervention des autorités de Rabat, pour que Attijari Wafa Bank, mobilise un cadre, un jour férié, pour ouvrir une lettre de crédit, au nom de BSA-GAZ, pour le compte du fournisseur suisse.
La livraison de la semaine dernière n’a, tout simplement, pas été faite, à BSA-GAZ, en tout cas. Les deux autres sociétés ont été livrées, chacune, sa part, en fonction du contrat national, et suivant, bien entendu la capacité de stockage de chaque opérateur.
La BSA-GAZ devait courir une semaine durant pour gagner la clémence d’une banque primaire nationale. Rien à faire. Plusieurs promesses d’ouverture de ligne de crédit. Mais, à chaque fois, une banque se rétracte à la dernière minute. Et le bateau GEOGAZ, en attente, au quai. On a un peu fait le tour des banques.
La Société générale, elle se rétracte. La BADH, elle se ravise. La BAMIS, auprès de laquelle, Ahmed Ould Taya devait intervenir, allait marcher à reculons la journée suivante, puisque, dit-on, des instructions venues d’en-haut, à l’adresse des propriétaires de la banque, recommandaient la non ouverture d’une lettre de crédit. La BNM a avancé quelque proposition, assortie d’une conditionnalité, jugée irrecevable de la part de la direction de BSA-GAZ.
L’hypothèque des immobilisations de BSA-GAZ, dont, justement, sa sphère de stockage. Pour la valeur de 700 millions d’ouguiyas, le coût de la part de cargaison revenant à BSA-GAZ, c’est quelque peu exagéré, dit-on.
Le ministère public qui suit cette affaire de près, insistait pour que la part revenant à BSA-GAZ soit livrée à ses concurrents. Niet rétorque GEOGAZ, qui est lié par un contrat, qui impose équité entre tous les opérateurs. Même si GEOGAZ allait obtempérer, les autres sociétés ne disposent pas, concrètement, d’infrastructure à même d’abriter une sur-capacité. Le bateau devait quitter le port, jeudi, dernier, dans l’après-midi.
Vendredi, en plein week-end, BSA-GAZ va obtenir enfin gain de cause. Une lettre de crédit lui a été ouverte. On évoque une banque américaine, City Bank. Même si on insiste, dans certains milieux, sur l’apport précieux, apporté, dans ce jour férié, encore une fois, par Attijari Wafa Bank, Nouakchott, qui aurait décanté, au finish, la situation.
Le bateau GEOGAZ devait être au quai du port de Nouakchott, en fin de la journée d’hier, mardi. Déjà, on murmure, côté ministère, des dispositions peu agréables à l’égard de BSA-GAZ. D’autres instructions, on ne saurait de quelle nature, seraient données à GEO-GAZ. On observe un peu de ce côté-là. Le port et le bateau, qui arrive. Le ministre et la menace en filigrane. Et attend de voir.
De toutes les façons, l’affaire BSA-GAZ n’est pas moins sensible que l’affaire de la GBM. Puisqu’il s’agit, ici, d’une matière vitale : Le gaz. Et du quotidien de milliers de mauritaniens, des ménages, des industries et autres usagers.
Et pourtant, la bonne santé financière, sinon la survie, des sociétés de distribution de gaz en Mauritanie requiert une confiance mutuelle entre elles et l’Etat. Car, l’Etat doit reverser à ces opérateurs une ristourne relative au manque à gagner. Un manque à gagner accusé, insupportablement, par ces opérateurs, si l’Etat allait surseoir, pour une raison ou une autre, à son engagement, dans ce sens.
En attendant des jours meilleurs, cette affaire Aziz/ Bouamatou risque, si elle n’arrive à être contenue, de s’étendre et dépasser la maîtrise de ses propres protagonistes.
AVT
Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.