Cridem

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09-04-2013

06:31

L'Editorial de Dia El Hadj Ibrahima : Lettre ouverte au président de la République

«Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur» - Beaumarchais.

Il y a trois ans, en juillet 2009, le peuple mauritanien reportait son suffrage sur vous. Votre brillante élection qui mit fin à une année de crise constitutionnelle majeure était censée marquer un nouveau départ pour notre pays, relégué dans les profondeurs du classement du PNUD sur le développement humain.

Toutes les forces vives de la nation ont applaudi à votre projet de rétablissement de l’Etat de droit, à travers la lutte contre la gabegie, les détournements de deniers publics et le favoritisme.

Hélas, monsieur le président, trois ans après ce printemps, nous voilà au carrefour des bilans. Les chantiers d’infrastructures que vous avez lancés plaident en votre faveur et nous dispensent de faire des éloges sur vos réalisations.

De même, votre engagement dans le difficile dossier de la réconciliation nationale, acté par la prière de Kaédi, les indemnisations des veuves et des ayants droits, témoigne de votre sensibilité pour la fermeture définitive de l’une des pages les plus sombres de la Mauritanie.

Sous votre mandature, le vieux projet d’Aftout Essahel s’est concrétisé. Les réserves des changes battent des records selon les chiffres validés par la direction du FMI à Nouakchott. Cependant, monsieur, le président, en dépit de ce qui a été fait, un espoir soulevé par votre élection reste à concrétiser.

Il s’agit de la réhabilitation de l’Etat de droit, socle de tout changement véritable. Celui-ci passe par la promotion de la citoyenneté mauritanienne, à travers le principe de l’égalité des citoyens face aux droits et aux privilèges.

La lutte contre la gabegie que vous avez eu le mérité d’engager nous paraît incomplète si elle ne concerne pas aussi la question fondamentale de la transparence des marchés publics, de l’appel à candidature pour les postes de l’administration et de la représentativité de toutes les Mauritanies dans les nominations au sein de l’armée, de la police, de la gendarmerie et des fonctions civiles.

D’autre part, monsieur le président, l’Etat ne peut incarner les réformes sans une profonde restructuration et un rappel de son rôle fondamental, de défenseur de l’intérêt général. Beaucoup de représentants de l’autorité de l’Etat (parfois policiers, préfets, gendarmes, fonctionnaire à l’Etat civil) continuent de racketter les populations et sont, de ce fait, en décalage profond avec les réformes que vous voulez mener.

A travers cette lettre ouverte, nous espérons, monsieur le président, modestement, inspirer le reste de votre mandat en faveur d’une meilleure administration au service des citoyens. Mettre fin à l’arbitraire, voilà ce que les mauritaniens attendent de vous.

Quelles que soient les richesses de notre sous sol, elles ne serviront pas à nous développer si nous n’arrivons pas à jeter les bases d’un Etat de droit et d’une administration transparente et productive au service du citoyen. Dans cette œuvre de modernisation, la diaspora mauritanienne qui représente une force vitale (tant financière qu’intellectuelle) ne serait pas de trop.

Ces mauritaniens riches d’ailleurs, qui ont quitté le pays parfois dans des conditions difficiles, aspirent aujourd’hui à prendre part à l’édification d’une économie prospère.

Nous pensons, monsieur le président, que les conditions sont réunies pour rompre avec la pauvreté. Au pétrole, à l’or, au gaz que la nature nous a doté s’ajoute une expertise internationale et nationale reconnue qui pourrait vous aider dans la réflexion stratégique pour une Mauritanie nouvelle.



 


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