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Litiges fonciers entre rapatriés et autochtones: Un résidu non réglé du Passif humanitaire
SOS Esclaves et le FONADH ont sillonné le Trarza et le Brakna pour tenter de chercher, en concertation avec les populations rapatriés du Sénégal et les habitants autochtones qui occupent leur terre après les déportations de 1989, des solutions consensuelles pour résoudre les problèmes liés aux conflits fonciers.
Il s’agit d’un des volets non résolus du Passif humanitaire, un dossier dont la clôture a pourtant été solennellement décidée par les pouvoirs publics.
Les défenseurs des droits de l’homme s’impliquent. Le problème de la terre constitue l’un des volets les plus complexes du dossier relatif à ce qu’il est convenu d’appeler le Passif humanitaire et que les autorités mauritaniennes se sont empressées de fermer, affirmant que tout a été réglé.
En quittant leurs terres, forcés par les armes et la déportation obligatoire, les négro-mauritaniens avaient tout laissé derrière eux, leur village, leur champs, leur bétail, leurs maisons…
Vingt-huit ans après, à l’occasion de l’opération de rapatriement tripartite conclue entre la Mauritanie, le Sénégal et le Haut Commissariat aux Réfugiés, les vingt-deux milles négro-mauritaniens qui avaient bénéficié de cette décision sont retournés en Mauritanie, placés le plus souvent dans des endroits qui ne sont pas ceux de leurs aïeux. La plupart n’ont retrouvé ni leurs terres, ni leur champ et leur patrimoine.
D’autres populations s’y étaient installées. Cette situation a créé chez les anciens occupants, un sentiment de frustration, face à des dépossessions de faits. Les conflits larvés sont devenus depuis le lot de ces zones rurales où cohabitent difficilement, les propriétaires traditionnels du sol et les émigrés internes qui sont venus se transplanter sur leurs possessions. Les conflits qui résultent de cet état de fait n’ont jamais été résolu par l’administration qui reconnaît de facto le droit d’usage aux derniers détenteurs du sol.
C’est pour tenter d’apporter des solutions par la voie consensuelle à ce problème de la terre, qu’un groupe d’organisations des droits de l’homme, notamment SOS Esclaves, de Boubacar Ould Messaoud, et le FONADH (Forum national des organisations des droits de l’homme), présidé par Sarr Mamadou, se sont rendus ces jours-ci dans les Wilayas du Trarza et du Brakna, pour aplanir certains différents communautaires.
Ces organisations multiplient ainsi, à travers leurs antennes locales, les rencontres avec les populations cibles. Au Trarza, leurs actions ont porté sur les localités de Fass et de Fada, et au Brakna, sur les villages de Roti et de Menza. Au cours des rencontres avec les rapatriés du Sénégal et leurs voisins autochtones, les organisations en question tentent de dégager des points de convergence autour des litiges fonciers qui les opposent, notamment sur les terres agricoles. Ces terres appartenaient aux réfugiés de retour. Seulement après leur expulsion, l’Etat avait attribué leur domaine foncier à d’autres populations autochtones qui les exploitent depuis maintenant près d’une trentaine d’années.
Si les ONG en question sont parvenues à régler des litiges au niveau du Brakna, leurs efforts ont été vains au Trarza, hormis la localité de Jouli, dont les composantes sont parvenues à une solution consensuelle. C’est dans les localités de Fass et de Fada où les dissensions semblent les plus fortes, face aux positions radicales des populations en conflit.
C’est en 2008, sous le régime de Sidi Ould Cheikh Abdallahi que les premiers réfugiés du Sénégal ont commencé à être rapatriés en Mauritanie. L’agence nationale d’appui et d’insertion des réfugiés (ANAIR) fut créée dans la foulée avec pour mission d’assurer l’installation et l’insertion des nouveaux venus. Aujourd’hui, le sort de ces rapatriés est confié à la nouvelle agence chargée de la lutte contre les séquelles de l’esclavage, de l’insertion et de la lutte contre la pauvreté.
Il faut préciser que les actions de bons offices menées par SOS Esclaves et le FONADH pour le règlement à l’amiable des conflits sociaux sont appuyées par deux organisations internationales, Antislavery et Concordis International.
JOB