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Editorial : Du courage en politique
De même que l’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs, l’on ne peut s’engager en politique avec un masque à la figure. Il y a quelques semaines, nous avions sollicités de hautes figures mauritaniennes des droits de l’homme pour évoquer le niveau d’avancement de la procédure engagée contre Ould Taya.
A tout seigneur tout honneur, notre requête a été adressée à madame Rougui Dia, présidente de l’AVOMM, régulièrement encensée par les médias. Les échos provenant de cette militante laissent entrevoir la force dans la détermination et l’engagement total pour une cause.
«Elle est à la cause des droits de l’homme en Mauritanie, nous lance-t-on, ce que Simone de Beauvoir fut au féminisme en France ». Nous nous attendions dés lors à voir une Ségolène Royal tropicale. Ou, à tout le moins, une Rama Yade aux accents mauritaniens. En fait, une révoltée qui parle sans détours. Et là, douche froide.
Ne voulant sans doute pas se mettre en avant dans un dossier aussi sensible, la présidente a refilé la patate chaude à l’idéologue et porte-parole de l’AVOMM, le bien nommé Sy Hamdou Raby. Ouf, nous obtenons des réponses pertinentes et instructives mais non signées. Les noms ont disparu remplacés seulement par «AVOMM ».
On a compris, personne ne veut courir le risque de s’afficher. Le confort et l’anonymat d’un sigle amorphe n’est-il pas meilleur et préférable à l’exposition aux vents changeants de la Mauritanie ? Seulement, Mauritanies1 n’en est pas resté là. Nous avons voulu voir jusqu’où la prudence de ces grands militants les conduirait. Nous avons publié l’entretien sur Cridem.
Et là, patatras ! Madame Rougui Dia nous écrit, nous priant d’enlever son nom et de mettre celui de l’idéologue du mouvement. Nous voilà dans l’embarras.
Cette anecdote illustre bien l’état de l’engagement politique en Mauritanie. Trop souvent, il s’agit d’occuper le devant de la scène sans prendre des risques. Or, à trop vouloir se préserver l’on tombe dans le compromis et l’affairisme politicien. C’est le propre d’un business man d’évaluer le risque couru et de calculer les rendements. C’est l’affaire de George Soros, de Bill Gates et de Warren Buffet de miser et de gagner.
Le militant des droits de l’homme dispose quant à lui d’un compte d’exploitation irrationnel que le bon vieux Larousse appelle courage et constance. Si le Dalai Lama s’était caché derrière un sigle, la cause du Tibet ne serait jamais connue. Si Mandela s’était appelé ANC, il ne serait pas ce vieillard de 94 ans que nous vénérons.
Dans tout mouvement politique, il faut un leader, un fou de la cause, qui assume les risques et porte l’idéal en lui. Le comportement de l’AVOMM confine plutôt au conseil d’administration de la banque Rotschild. C’est ce qui est dommage.
Par Dia El Hadj Ibrahima