Cridem

Lancer l'impression
12-05-2013

01:17

La journée de l'AVOMM à Paris : Diverses contributions

Après le mot chaleureux de bienvenue de notre camarade Ba Idy Yéro, secrétaire général de l’AVOMM Belgique, qui a mobilisé avec détermination la diaspora mauritanienne en Belgique, ce fut le tour du camarade Kane Harouna, Secrétaire général de l’AVOMM, de prononcer le discours d’ouverture de la journée.

Chers invités, chers compatriotes,
Nous sommes réunis à Bruxelles (capitale de l’Europe) pour commémorer encore une fois ce triste anniversaire des déportations de citoyens noirs africains de leur pays. Jamais nous n’oublierons cette tragédie. Elle sera toujours vivante dans nos cœurs.

Plus de 120000 citoyens noirs mauritaniens avaient été déportés de force et jetés dans des camps au Mali et au Sénégal. Beaucoup d’entre eux moururent de maladies, de faim et de misère.

Je n’évoquerai pas, ici, ces centaines de militaires et civils qui avaient été assassinés à Walata, à Jreida, à Inal, à Azlat, et dans le sud mauritanien entre 1987 et 1992 par un régime politique raciste qui avait entrepris de dénégrifier le pays. Nous nous inclinons à la mémoire de ces martyrs.

J’invite la salle, au nom de l’AVOMM et de sa présidente Rougui Dia, de bien vouloir observer une minute de silence à la mémoire de nos disparus. Ce régime injuste qui nous gouverne encore et qu’il faut combattre avec plus de détermination est aujourd’hui des plus vivaces.

Nous avions espéré un changement suite au départ de Taya, force est de constater que le système est resté intact. Des assassins connus de tous, protégés par le pouvoir d’Aziz, continuent de narguer impunément les victimes. Permettez-moi de saluer, Me Marc Libert ici présent qui lutte de toutes ses forces, et avec une détermination sans commune mesure, pour que justice soit rendue à toutes les victimes du régime criminel de Taya.

Je ne m’appesantirai pas sur la question politique que je veux laisser aux invités Bocar Ba, Ciré Ba, Boubacar Diagana et au porte-parole de l’AVOMM Hamdou Rabby SY. Je voudrais rappeler devant notre avocat et devant tous nos invités que l’AVOMM ne faiblira pas, ne tergiversera pas, et sera toujours aux côtés des victimes jusqu’à l’avènement d’un régime juste et démocratique en Mauritanie.

Je ne pourrais pas terminer ce discours sans remercier notre frère Idy Ba Secrétaire de l’AVOMM Belgique pour sa disponibilité, son sérieux et sa grande discrétion. «Idy a jaaraama, aan e wonndiibe ma fof ». Mes remerciements vont également au bureau TPMN de Bruxelles qui n’a ménagé aucun effort pour la réussite de cette journée. Transmettez à votre Coordinateur, M. Abdoul Birane Wane, notre salutation militante et notre soutien sans faille pour le triomphe des idées communes que nous partageons.

J’associe à mes remerciements l’AJD/MR et l’ODH des partenaires qui nous ont honorés de leur présence. Au nom de Mme Rougui Dia qui n’a pas pu faire le voyage de Bruxelles, je déclare ouverte cette journée de l’AVOMM dédiée à nos déportés et à nos martyrs.

Kane Harouna
Secrétaire général de l’AVOMM




Préambule à la table ronde

Il y a bientôt près d’un quart de siècle que la communauté africaine noire mauritanienne avait été victime du génocide programmé, planifié et exécuté par le régime de Maouya ould Taya, président de la Mauritanie de 1984 à 2005. De nombreuses contributions ont permis d’identifier la tragédie vécue par une des composantes de la Mauritanie dont le sort semblait être scellé au regard de l’agenda politique, depuis l’indépendance du pays en 1960.

Le caractère radicalement raciste et esclavagiste du régime n’est un secret pour personne aussi bien au niveau national, sous-régional, régional qu’international. La volonté de construction d’un Etat arabiste, tribal s’est fondée sur la construction d’une nation à citoyenneté unilatérale.

C’est dans le contexte de la politique d’approfondissement du système, que s’inscrit la gouvernance de Mohamed Ould Abdoul Aziz qui a affiché dès son accession au pouvoir en 2008, sa volonté de poursuivre, dans la continuité, l’entreprise d’exclusion et d’expulsion de la composante africaine noire de sa citoyenneté mauritanienne.

C’est dans ce contexte de l’actualité brûlante du recensement, ignoble opération d’effacement systématique de citoyens jugés, depuis toujours, comme n’ayant pas le droit de vivre dans leur propre pays, de l’anniversaire des déportations massives de 1989, d’exactions, de massacres, des populations noires que, nous organisons cette journée pour débattre de la question de notre avenir politique et existentiel dans ce que nous continuons de considérer comme étant notre pays.

Aux souffrances de l’exil, des privations de l’éloignement, s’ajoutent les mauvaises nouvelles d’une politique qui veut nous priver ni plus ni moins que de notre identité administrative en nous inscrivant dans l’impossibilité de pouvoir jouir d’une existence légale, juridiquement parlant, ce qui veut tout dire. Dans cette phase cruciale, il est urgent de se retrouver pour réfléchir, dans le sens de mettre en avant le défi que Ould Abdoul Aziz nous a lancé.

Quelles perspectives et quelles actions collectives pour construire ensemble un programme de résistance contre la politique génocidaire dont le président Mohamed Ould Abdoul Aziz est le continuateur à travers la question du recensement ?

Hamdou Rabby Sy
Porte-parole de l'AVOMM




De la permanence de la question nationale

Qu’il me soit d’abord permis de remercier l’Avomm et sa présidente Rougui Dia de me faire encore une fois l’honneur de m‘inviter à cette journée commémorant le terrible traumatisme de la déportation des négro-mauritaniens. C’est pour moi une émotion particulière que de me retrouver dans cette salle, dix ans après avoir, pour la première fois, tenu ici une conférence pour implanter l’AJD alors naissante. C’est certainement un clin d’œil du destin que de me retrouver aujourd’hui à coté de Hamdou Rabby Sy, car c’est avec lui que j’avais animé cette conférence il y a dix ans… C’est dire le plaisir que j’ai à servir cette grande organisation qu’est l’Avomm en compagnie des illustres sommités qui sont à mes cotés.

Cela étant dit, je me propose modestement de vous entretenir de la permanence de la question nationale en Mauritanie, au risque de donner l’impression de patauger dans une certaine banalité thématique. Mais je n’aurais pas été moi-même, ni en cohérence avec la vérité politique qui préside à mon engagement militant, si je contournais cette question centrale de la construction nationale pour envisager l’exposé de questions périphériques ou conjoncturelles... Car je pense profondément, qu’au-delà de sa centralité, la question de la cohabitation des différentes communautés ethniques en Mauritanie a ceci de définitivement impactant pour la Nation, qu’elle n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Et c’est cela qui rend sa résolution urgente et même vitale.

La déportation de nos compatriotes noirs en 1989 vers le Sénégal et le Mali que nous commémorons aujourd’hui, révèle en arrière-plan un projet vieux comme le pays, jalousement entretenu par les différents régimes qui se sont succédé à la maison brune. Il ne s’agit pas seulement d’un banal déplacement de populations, mais de quelque chose de bien imaginé, et qui s’adosse sur une planification qui dépasse le seul cadre de la déportation. Le régime de Taya, en procédant à cette déportation, nourrissait le secret espoir d’avoir actionné une des dernières étapes d’un plan global aux allures de génocide. Ceux qui rechignent à employer ce terme au profit de l’euphémisme de « passif humanitaire » jouent à cache-cache avec l’Histoire.

Car le projet de de-négrification de la Mauritanie ne souffre d’aucun scepticisme, au regard des différentes tentatives politiques de réinventer un pays exclusivement arabe au bénéfice de la seule composante maure du pays. Il n’y a qu’à interroger notre histoire politique récente et les événements qui l’ont émaillée pour s’en convaincre. Comment interpréter sinon, les événements de 1966, ceux de 1979, ceux de 1986, ceux de 1989, 1990 et 1991 ?

Et comment interpréter aujourd’hui cet enrôlement raciste qui tente d’établir un génocide biométrique écartant de la nationalité le maximum de noirs possibles ? En vérité, de mémoire de citoyen, jamais projet n’a été aussi rigoureusement suivi en Mauritanie. Si dans ce pays les problèmes de développement posent souvent la question du suivi des projets qui y sont initiés, il y a au moins un projet qui n’a pas souffert de ce mal atavique de nos gouvernants successifs, c’est celui de la construction nationale sur une base exclusivement arabe et profondément anti-africaine.

La sortie de la CEDEAO contre toute logique, et contre les intérêts même de la Mauritanie et de nombre de ses commerçants, n’est intelligible que par la permanence de ce projet et son placement comme prioritaire sur tout le reste ! On avait l’habitude qu’en Mauritanie un projet n’aboutisse pas faute de suivi ou parce qu’il a été détourné. Celui-là semble au contraire tenir tellement à l’establishment qu’il na l’air de souffrir d’aucune négligence de la part de ceux qui ont charge de le mener à bout.

Face à cette réalité politique, quelle attitude recommander aux partis et mouvements progressistes? La configuration des tiraillements politiques en Mauritanie semble aujourd’hui se cristalliser essentiellement autour d’un duopole qui semble plus préoccupés par les questions institutionnelles et de mécanique de pouvoir que par les problèmes de fond qui reposent la question nationale comme point de départ à toute entente sérieuse. Le pôle de la COD plus visible au sein de l’opposition et qui donne le change à la majorité présidentielle semble privilégier la logique de l’alternance au pouvoir là où nous avons la faiblesse de penser qu’il faut proposer plutôt une alternative au système.

Il appartient aux partis, mouvements et organisations progressistes qui ont en commun cette analyse qui replace au centre du débat la prééminence de la question nationale, d’occuper ce boulevard déserté par les pôles plus visibles sur la scène. L’Ajd-mr a certainement un rôle important à jouer dans cette nouvelle dynamique, avec ses partenaires naturels. Recentrer le débat sur l’essentiel, pour ne pas dire sur le vital, est une impérieuse nécessité. La Mauritanie se sentirait trahie par ses enfants si tous désertaient la question essentielle de la construction d’une nation arc-en-ciel pour des questions politiquement plus confortables, parce que moins lourdes à porter.

Et dans cette exigence, les négro-africains, bousculés par de nouvelles provocations, sont en droit de piaffer d’impatience. Dans un pays où ils s’estiment citoyens à part entière, ils en ont marre de continuer à être regardés comme des citoyens entièrement à part. Le droit à la différence que nous appelons de nos vœux pour établir cette citoyenneté non discriminante pour les noirs n’a d’ailleurs de sens, que s’il a vocation à aboutir au droit à l’indifférence, dans une Mauritanie où l’épiderme ne sera plus ni un avantage, ni un inconvénient, mais un banal phénotype non monnayable politiquement.

Bocar Oumar Ba,
Secrétaire National de l’Ajdr-mr en charge de la Diaspora




Contribution de Thiam Amadou Ajiby

Le discours tenu par le coordinateur du TPMN lors de la journée de l’Avomm à Bruxelles pour la célébration des 24 ans des déportations des négros mauritaniens.

Depuis 2011, le système raciste Mauritanien a franchi une nouvelle étape dans sa politique de discrimination contre les négros Mauritaniens. Il s’agit des recensements discriminatoires et racistes dont l’unique objectif est d’écarter une importante partie des négros Mauritaniens. Initié par le général raciste, approuvé par un parlement fantoche, l’enrôlement des citoyens a été confié à des commissions politisées représentatives de la seule communauté beydane sous les ordres d’un directeur raciste, zélé et sous les ordres du général.

C’est dans ces conditions que le mouvement Touche Pas à Ma Nationalité est né pour contester dans la rue l’exclusion planifiée des négros Mauritaniens, et les résultats sont connus : arrestations ; tortures, et assassinat de nos militants. En dehors du problème de l’enrôlement, Touche pas à ma nationalité prend en charge les problèmes de la communauté négro mauritanienne et exige :

1. Le partage du pouvoir

2. L’officialisation des langues nationales (pular, soninké et wolof)

3. La restitution des terres de la vallée du fleuve Sénégal spoliées au profit d’hommes d’affaires maures et étrangers

4. Un découpage électoral logique

5. L’éradication de l’esclavage

6. L’égalité des chances

7. Le règlement juste et définitif de la question du passif humanitaire

8. Le renforcement de la démocratie impliquant une véritable séparation des pouvoirs

9. Un plus grand accès des autres identités nationales aux médias publics et l’octroi de licences pour la création de radio et télévision privées qui ont été accordées seulement aux maures

10. L’enrôlement des citoyens mauritaniens vivant à l’étranger dans les mêmes conditions que ceux qui sont au pays

La discrimination commence avec la mise en place des commissions qui pilotent les opérations d’enrôlement. Sur douze (12) membres que comptent la commission nationale un (1) seul est noir. Sur cinquante et quatre (54) membres que comptent les commissions départementales seulement quatre sont noires. Ce déséquilibre est à l’origine du traitement humiliant que subissent les noirs candidats à l’enrôlement qui prend les allures d’un véritable interrogatoire s’il s’agit de citoyens noirs. Un noir pouvait être rejeté et considéré comme étranger à cause de son patronyme ou faute de ne pas parler hassanya, l’arabe dialectal.

Le règlement de la question de l’enrôlement passera forcement par :

- La dissolution des commissions qui ne sont pas représentatives de toutes les communautés mauritaniennes ;

- La mise en place de nouvelles commissions avec l’implication de la société civile.

Aujourd’hui, les règles de l’enrôlement sont systématiquement violées. Ces derniers mois des négros Mauritaniens dont les parents sont décédés et ayant présenté des certificats de décès sont injustement rejetés. La corruption devient une pratique au niveau de certains centres d’enrôlement. Des règles coercitives sont appliquées sans aucun fondement par les responsables des centres pour compliquer l’enrôlement des citoyens noirs.

Les règles deviennent de plus en plus coercitives. L’Etat raciste exige une carte de séjour aux candidats à l’enrôlement vivant à l’étranger et les conditions d’obtention de passeports deviennent plus difficiles. Touche pas à ma nationalité promet de mener une bataille rude pour faire échouer le régime raciste dans son projet d’expulsion des noirs.

En conséquence, nous demandons à la communauté nationale et internationale, aux acteurs des droits de l’Homme de jouer leur rôle pour aider à mettre fin à un raciste d’Etat érigé en système de domination. Invitons des observateurs neutres et honnêtes à mener des enquêtes sérieuses pour mieux s’enquérir de l’ampleur de cette situation de misère et d’exclusion dont sont victimes les noirs. L’esclavage continu sous toutes ses formes dans ce pays. Les dispositions criminalisant les pratiques esclavagistes ne sont pas appliquées.

Aujourd’hui cette discrimination frappe encore les noirs qui sont marginalisés dans tous les secteurs. Aujourd’hui, les noirs restent encore discriminés ils sont sous représentés dans les cercles de décisions. Devant cette situation grave, la réalisation du pole négro-mauritanien suggéré par Touche pas à ma nationalité est la seule issue capable de mettre fin à cette domination qui dure depuis l’indépendance.

Thiam Amadou Ajiby
Coordinateur du TPMN en France


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org