Cridem

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16-05-2013

11:20

B’ il a dit…

B’il n’a pas dit…

B’il a dit et redit des tas de choses. B’il dira et redira des tas d’autres choses. Toujours. Et pourtant, en disant des choses, on ne dit pas tout. Pourtant, tout le monde voit rouge de ce qui se dit ici. Du peu, très peu, de ce qu’on dit sur ce qu’on entend et avons entendu. De tout ce monde. De sa manière de gouverner le pays.

De ses intrigues. B’il n’a pas fini de dire, même s’il n’a pas tout dit, qu’il se met, tout ce monde, en colère. Rameute les siens. Les siens c’est-à-dire les agents, réels et virtuels, ‘’les écouteurs’’ et autres faux condés, inféodés, mal fondés et infondés. On n’a pas tout dit et il se fâche quand même. On n’a dit que ce qui se dit et se redit par tout un chacun. Connu et su de tous.

D’Accra au petit louveteau au nord de la cité antique d’Oualata. On pourrait dire, dans ce qu’on dit, beaucoup de choses.

Et on aurait pu tout simplement convoquer l’enthousiasme du premier citoyen du pays dans ses premières heures de ‘’franc-parler’’, dit-on, et de colères surfaites et contrefaites, vociférant et vomissant sa haine sur ses adversaires politiques, qu’il ne s’empêchait pas d’accuser de tous les maux du pays.

Et il s’inventait, on s’en souvient, une visite officielle fracassante pour des choses futiles et vaines, un robinet qui coule dans un quartier périphérique, un dispensaire qui vient de recevoir deux seringues et une paire de ciseaux… enfin bref l’insignifiance, l’alliée fidèle de la Mauritanie Nouvelle. L’unique alliée, sans doute, qui lui tient compagnie encore.

Le silence…

Depuis quelque temps, il semble bien avoir mis une croix sur ces sorties où un journaliste, comme par hasard, devait interroger le président de la République sur une question brûlante de l’actualité. Et le président, dédaignant, au passage, la fonction présidentielle, allait s’en départir pour attaquer un pauvre, feu Yacoub Ould Dahoud qui s’est immolé, quelques jours auparavant, qui se débat, ce jour-là, entre la vie et la mort dans un hôpital marocain, pour dire, dans ce qu’il disait, au journaliste comparse de l’agence mauritanienne d’informations ceci :

‘’ …qu‘il regrette qu‘un homme tente de se suicider ou de se brûler relevant que le cas mauritanien est différent de ceux des autres pays parce qu‘il s‘agit d‘un homme d‘affaires et si cela signifie quelque chose, cela signifie le découragement de certains hommes d‘affaires par rapport à la fin définitive des pratiques malsaines.’’C’était le 20 janvier 2011, le site de l’agence officielle maintient encore cette sortie dans ses archives. L’occasion était, dit-on, une visite de ce qu’on se plaisait à appeler, à l’époque, ‘’ Boutique témoin’’.

Elle était aussi un peu témoin de cette sortie présidentielle. Une année plus tard, le 22 janvier 2012, le fils du président de la République, Bedr Ould Mouhamed Ould Abdel Aziz devra tirer une balle dans la poitrine d’une jeune fille, dans l’ambiance d’une mondanité nouakchottoise. Opprobre, honte et consternation à Nouakchott. L’opprobre, la honte et la consternation n’allaient pas être manifestées publiquement. Ce sont des choses qui arrivent. Et même les ennemis les plus bigots de Mohamed Ould Abdel Aziz ont cultivé la réticence.

Cette retenue morale bien de chez nous, qui consiste à se refuser ce qui pour certains serait une aubaine pour prendre à témoin une boutique témoin, la délectation de tirer sur son ennemi éprouvé déjà par la redoutable main du Destin. Aucun homme politique n’a commenté l’accident incident. Même quand l’auteur a bénéficié des égards des autorités judiciaires, pendant que les témoins de l’affaire, encore des témoins, se traitaient tels des vils délinquants.

Des agneaux…

C’est pour dire qu’à Biladi on n’a pas tout dit. Et pourtant, il ne cesse de nous harceler sur nos adresses électroniques, sur nos comptes facebook, nos téléphones mis sur écoute. Pourquoi ? Parce que, peut-être, on sait, là-haut, qu’on n’a pas tout oublié. Et on souhaite que dans les B’il a dit et redit on passe sous silence les choses non dites et les choses dites, redites et entendues. Mais on n’a rien inventé. Ce n’est pas Biladi, qui a livré les caisses de l’armée de la République pour un commerçant en herbe.

Ce n’est pas la voix de Biladi que les Mauritaniens ont entendue négociant chichement quelques sous avec un timbré mésopotamien à Accra. Ce n’est pas Biladi, non plus, qui a emmené quatre grosses valises du Burkina. Ni Biladi qui a reçu en audience Antonio Ndjaï, quelques jours après. Et ce n’est pas Biladi qui est en procès avec Noël Mamère. Elles vous dérangent ces voix qui viennent de loin ?

On ne peut les faire taire. Ni faire taire celles qui viennent de près, ni effacer les déclarations consignées encore sur l’insupportable et entêté google. Pour faire taire les agneaux, c’est une longue histoire. Tout le génie du cinéma américain n’y est pas parvenu. Ils crient toujours les agneaux. Ils louvoient toujours, les loups. C’est vrai, c’est angoissant, tout ça. ‘’Le Silence des agneaux’’, on n’a rien pour ça, ici.

Mais, vous êtes bien silencieux, aujourd’hui, vous qui n’êtes pas agneau. Enfin bref, vous ne l’étiez pas dans vos premiers jours de gloires. Vous vous en souvenez lorsque vous jetiez l’anathème et profériez avanies et invectives à l’adresse de ceux que vous appeliez les symboles de la gabegie ? Que sont-ils devenus, ces symboles de la gabegie ?

Et vos sorties fracassantes pour répondre à l’infime soupçon de rumeur, que sont-elles devenues ? Et vos ardeurs antiques que sont-elles devenues ? Silence ! Vous êtes bien silencieux. Et vous cherchez vainement à faire taire les agneaux qui crient ? Et faire taire celle-là même qui les fait crier : la peur ! Et ceux qui ont engendré cette peur : les loups. Qui louvoient. Et vous, vous êtes bien silencieux !

B‘...


 


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