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Clin d’œil : Économie, indépendance et citoyenneté
On n’aime pas beaucoup parler économie ici, on préfère discuter politique et crier sur tous les toits des convictions souvent chancelantes. Quand nos hommes politiques se penchent sur l’économie c’est pour parler Banque Mondiale ou FMI ou pour applaudir ou vilipender la situation.
Ils n’ont, très généralement, aucune vision d’ensemble, aucune perspective, sinon celle qu’on retrouve sur les lèvres de tout étudiant moyen en économie politique. Sans prétendre à être le moindre du monde connaisseur, j’ai pourtant, moi, des convictions, peut être simplistes, peut être primitives, mais je les ai fortes, et je les trouve sensées, même si elles sont peu savantes (elles sont justement vraies, parce qu’elles ne sont pas savantes).
Je pense d’abord qu’un pays pour prétendre à une indépendance, à un tout petit peu d’autonomie, à un moindre morceau d’avenir, doit produire ce qui est essentiel pour sa survie : ce qu’il mange, ce qu’il porte, et les livres dont il a besoin pour ne pas sombrer dans l’ignorance.
L’autosuffisance alimentaire (quel vilain vocable !) : voilà le maitre-mot. Mais il ne s’agira pas d’investir des milliards pour produire un peu de riz. Il faudrait plutôt essayer de ramener les populations aux habitudes alimentaires d’antan, celles qui répondent à notre tempérament, à notre climat, celles qui ne demandent pas des investissements énormes en matériel agricole ou en engrais. Il faut utiliser aussi au maximum nos richesses en bétail, en poisson, et surtout, surtout apprendre à ne consommer que ce que nous produisons.
Il est par ailleurs étonnant et risible de voir qu’en cinquante ans de ce que nous aimons, par orgueil ,appeler indépendance, nous importons encore ce que nous portons , le strict nécessaire pour ne pas rester nus
Le boubou , habit pourtant fort simple et marque de notre identité est fabriqué à partir d’un tissu venu de très loin, les costumes occidentaux que l’on nous oblige à emprunter nous coutent des fortunes . Et même les chaussures que l’on porte ne sont plus celles de nos cordonniers, elles viennent de l’étranger. Pire, nous sommes même condamnés à nous contenter du rebut des autres, de ce « foucoudiaye » nauséabond dans lequel nous nous pavanons souvent. Une industrie nationale du textile, c’est désormais une nécessité. Il faut à l’avenir qu’on apprenne à se vêtir chez nous, pas ailleurs.
Cet « ailleurs » qui nous vend tout risque d’ailleurs bien de nous acheter notre âme .Parce que tout le savoir moderne dont nous disposons (assez modeste encore, il faut dire) et qui est nécessaire pour notre survie, nous le puisons, en bonne partie dans les livres édités ailleurs. Nous n’avons pas de bibliothèques, pas de librairies, pas de vraies maisons d’édition .
Nous n’avons jamais su éditer par nous même, pour nous même, en les traduisant s’il le faut, les lectures nécessaires à notre savoir-vivre, à notre survie intellectuelle, morale et technologique. Mais, au juste, à quoi sert donc l’Imprimerie Nationale ? A publier à bon compte les billevesées d’ignares ? Pourquoi n’imprimerait t elle pas des livres pour nos enfants et pour nous !? Les mathématiques, la biologie, l’histoire, la littérature, l’agriculture, … ça vaut bien mieux, n’est ce-pas, que les élucubrations pseudo-intellectuelles ou journalistiques d’aujourd’hui ?
Ma théorie économique tient donc en un mot : indépendance. Relative, bien sûr comme tout, mais indépendance quant même. Et j’y ajouterais une autre petite notion, incontournable elle aussi : responsabilité. Je voudrais bien voir une fiscalité nouvelle chez nous, une fiscalité qui ne corresponde pas uniquement aux schémas occidentaux.
Que chaque mauritanien puisse venir de lui-même et verser au trésor une toute petite portion de ce qu’il possède, 100 ouguiyas, 1000 , 10 000ouguiyas, l’essentiel est qu’il vienne et dise » voilà mon apport » et qu’il se donne par là même le droit de jeter un regard sur les choses et qu’il se sente concerné par la gestion du pays, par son avenir , qu’il apprenne enfin à se considérer comme il aurait dû toujours être : un citoyen .
Je sais de doctes « économistes », de savantissimes professeurs vous diront, les yeux ronds, les lunettes au ciel : « tout cela, ce n’est pas vraiment scientifique ! » Mais qu’est ce qu’ils en savent eux mêmes ? Et où nous a donc conduit leur fameux savoir ?
Beyrouk