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04-07-2013

12:23

Loupe du Jour : Le passeport à la foire des enchères biométriques

Les centres d’enrôlement nationaux ne cessent d’envoyer des signaux révélateurs d’une opération à vitesses inégales pour les citoyens.

Dans ces services où l’identité biométrique est un outil d’appréciation de la nationalité mauritanienne, on y entend de tous les témoignages, de tous les comportements vexatoires, de tous les manquements aux droits du citoyen.

A tous les niveaux du processus allant du recensement à l’établissement des pièces biométriques, les usagers des services des registres sécurisés ne sont pas au bout de leurs peines.

Du moins pour ceux qui n’ont que le rang à faire pour venir régler leurs problèmes. Ici il faut être armé d’une patience « sisyphienne » pour obtenir le service demandé. Sur la liste de ces longues tractations vient s’ajouter l’établissement d’un passeport dans les délais convenables.

Tout a changé ces derniers jours dans la plupart des centres de Nouakchott où le document de voyage n’est plus délivrable en peu de jours. Il faut attendre deux à trois semaines pour espérer retirer son passeport lorsque celui –ci est dans la catégorie de l’ordinaire. Les citoyens ordinaires sont donc tenus de faire les formalités et d’attendre que les colis « affranchis » soient retournés à leurs destinataires.

Parfois ce sont d’interminables rendez-vous manqués avec les agents chargés de les décharger à leurs ayants droits. En clair, il s’agit de dire aux demandeurs de passeports de payer le quitus et d’attendre. Par contre, les traitements changent de manière spectaculaire quand il s’agit de passeports classe VIP. Les consignes sont clairement données à tous ceux qui veulent sur le champ empocher le livret vert qui se fait moyennant une somme de cent milles ouguiyas. A prendre ou à laisser !

Les citoyens sans moyens de se procurer cette catégorie de passeport ou qui n’en ont tout simplement pas besoin sont remontés contre cette « disposition » injuste en vigueur dans certains centres de Nouakchott où des demandeurs de passeports se sont vus renvoyer pendant deux ou trois semaines pour se faire délivrer un passeport de cinq ans de validité.

Nous sommes dans une foire aux enchères biométriques où l’argent et le statut social permettent de tracer les frontières entre les citoyens traités selon leurs bourses. Dans quel pays sommes –nous ? Les mauritaniens n’ont pas fini de voir de toutes les couleurs biométriques. Ceux qui font les navettes pour se faire enrôler sans y arriver perdent du temps et de l’espoir à mesure que les délais impartis se rétrécissent.

Ceux qui l’ont déjà fait restent dans les couloirs de l’attente pour entrer en possession du plus simple document sécurisé par le système ultra -moderne mais qui ne fait point gagner du temps. À quoi sert alors de moderniser les outils de production d’un état-civil fiable si cela ne change ni les méthodes, ni les mentalités ?

Cheikh Tidiane Dia



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