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Loupe du Jour : L’unité nationale à quel prix ?
On ne le dira jamais assez l’unité nationale est la garante de la paix et la régulatrice des rapports entre les citoyens d’un pays.Cela suppose des dirigeants clairvoyants et des populations éduquées autours des valeurs citoyennes.
Nous avons attiré à maintes reprises sur les facteurs de risques qui pourraient à chaque fois peser sur la cohésion sociale en Mauritanie.Sans unité nationale aucune démocratie ne saurait se construire.
Sans l’esprit de tolérance, le dépassement, le respect réciproque les mauritaniens ne retrouveront pas la quiétude et l’harmonie sociale qui, là où elles n’existent pas aucun développement ne sera possible.
Aucune démocratie ne sera pérenne. Tous les débordements auxquels nous avons assisté dans ce pays ont pour cause l’indifférence doublée du zèle des responsables chargés de prévenir contre les dérives extrémistes.
A chaque fois que des tensions éclatent entre les populations que ce soit à caractère raciale, tribale ou autre, la négligence de l’administration locale ou des services de sécurité ont été pour quelque chose dans les événements survenus.
Toute l’histoire des tensions politiques ou sociales du pays est jalonnée de mauvais souvenirs sur l’implication directe ou indirecte de ceux qui étaient censés intervenir au moment opportun pour contenir les passions et éviter le pire.
Or, ce sont les responsables de l’administration publique qui laissent un problème foncier, interethnique évoluer négativement jusqu’ à ce que les parties en conflit en arrivent à des affrontements. L’accumulation des frustrations, des injustices finit par conduire à des scénarios sanglants.
Un simple règlement à l’amiable, un compromis social, la réparation d’un préjudice par un wali sont des gestes simples capables de décrisper une situation tendue et éteindre le feu d’un différend. C’est comme si nos wali, nos harems, nos commissaires de police se complaisent dans des tragédies qui se soldent hélas par des violences inouïes. Malheureusement, les drames qui surviennent commencent par des faits anodins qui tournent en spirales de violences.
En 1989, les événements entre la Mauritanie et le Sénégal ont eu comme point de départ un différend entre un éleveur et un cultivateur aboutissant quelques heures après à des tragédies jamais vécues de part et d’autre des deux pays frères. Si la question avait été gérée de manière rapide, on ne connaîtrait pas de tels événements.
Ce sont des milliers d’innocents qui payeront le prix de l’irresponsabilité et de la bêtise humaine. Les incidents récents qui ont eu lieu dans le pays notamment à Maghama avec la fusillade abominable du jeune Mangane, consécutifs à des revendications identitaires, les déchaînements des passions à Zouérat sur fonds d’injustices sociales et aujourd’hui avec les événements de Kaédi, sont autant de faits qui dénotent d’un excès de zèle des autorités administratives et sécuritaires qui participent au pourrissement d’une situation par le refus d’atténuer très vite les tensions.
C’est quand les choses s’enveniment que des ordres fermes et maladroits de maîtriser la situation sont orchestrés par la méthode forte. Au lieu de rétablir l’ordre, on créée un climat de psychose entretenu par une volonté d’écraser les populations désarmées si ce n’est un élan sadique de broyer les faibles.
La puissance publique doit être mise au service de la paix, de la justice et non pour dresser les populations les unes contre les autres… L’unité nationale ne se réalisera pas dans l’usage des grenades ou par des arrestations arbitraires de populations victimes d’injustices flagrantes. L’unité nationale se bâtit dans l’égalité et le droit à la différence.
Cheikh Tidiane Dia
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