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La Tunisie extrade un extrémiste mauritanien
Les autorités tunisiennes préparent un arrêté d'expulsion à l'encontre de l'extrémiste religieux mauritanien Mustapha Weld Beb Ahmed Chinguiti.
Chinguiti avait été arrêté à Bardo et accusé d'avoir mené des activités extrémistes en Tunisie et d'y avoir établi des liens avec des groupes militants. Il était connu pour ses activités salafistes dans plusieurs régions de Tunisie, a précisé Radio Mosaïque lundi 22 juillet.
"Cet arrêté d'extradition vient sanctionner sa pratique de la prédication et la conduite d'activités contraires à la sécurité publique et incitant à la haine", a précisé Tanitpress.
Cet homme de 42 ans est marié depuis seize ans et père de deux enfants.
L'arrestation d'un salafiste mauritanien en Tunisie n'a pas surpris les spécialistes, notamment dans la mesure où Ansar al-Sharia a intensifié ses activités après la révolution.
Pour la première nuit du Ramadan, le leader d'Ansar al-Sharia, Saif Allah bin Hussein (alias Abou Iyadh), a appelé ceux qu'il qualifie de laïcs de la Tunisie à "reprendre leurs esprits, revenir à leur véritable identité et à leurs origines", ajoutant que "ceux qui combattent l'Islam signent leur propre suicide politique et existentiel".
Abou Iyadh, recherché en liaison avec l'attaque du 14 septembre contre l'ambassade des États-Unis à Tunis, a également mis à profit cette déclaration du 9 juillet pour appeler le gouvernement à "relâcher les prisonniers salafistes, parce que lutter contre eux serait en pure perte".
"Nous savons tous que la Tunisie souffre actuellement d'un courant salafiste, et nous ne pouvons réfuter ses relations avec al-Qaida", a expliqué Cheikh Ould Mohamed Horma, journaliste à Sahara Media, à Magharebia. "Cela est la conséquence du passage de cette organisation vers la Tunisie, l'Algérie et la Libye."
"De même, l'organe de prédication d'al-Qaida est dominé par des Mauritaniens et il est donc naturel qu'il existe des liens avec les salafistes tunisiens", a-t-il ajouté.
La Tunisie n'est pas membre du commandement militaire conjoint à Tamanrasset, ce qui, selon cet analyste, supprime une option potentielle à la coordination sécuritaire.
De plus, "il n'existe aucun appareil sécuritaire au Maghreb, seulement au niveau africain", souligne-t-il. "Ces carences peuvent donner à ce type d'organisation une grande liberté de mouvement entre la Libye, la Tunisie et l'Algérie."
En Mauritanie, certains groupes tentent d'imiter l'expérience d'Ansar al-Sharia en Tunisie, bien que sous une forme moins violente. Le mouvement mauritanien Ansar al-Sharia demande l'application de la sharia en Mauritanie à tous les niveaux.
Sa dernière initiative en date a consisté à s'opposer à la décision d'interdire le mariage des jeunes filles mineures. Il a également exprimé son soutien à Ansar al-Sharia en Tunisie.
"La Mauritanie souffre déjà de la montée croissante de l'extrémisme religieux", a expliqué l'analyste Khalil Ould Ibrahim. "Il n'est pas surprenant que nous trouvions dans ses rangs certains éléments qui sont actifs dans le monde entier, et notamment en Tunisie, en Algérie et en Libye."
Des alliances sécuritaires et une coordination renforcée entre les pays du Maghreb sont un impératif, a-t-il conclu.
Par Jemal Oumar à Nouakchott
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