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08-08-2013

00:08

Forte manifestation de l'opposition à Tunis: Les jours du gouvernement Ghannouchi sont-ils comptés ?

Face à la menace terroriste au mont Chaâmbi et l'effervescence de la rue en faveur de l'opposition, le gouvernement Ghannouchi risque d'être dissous.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté, mardi soir, dans le centre de Tunis pour réclamer le départ du gouvernement islamiste d'Ennahda ainsi que la dissolution de l'Assemblée constituante qui a pratiquement terminé de rédiger le projet de Constitution et la nouvelle loi électorale.

Deux semaines après l'assassinat de Mohamed Brahmi et six mois après le meurtre de Chokri Belaïd, c'est la manifestation d'opposition la plus importante depuis le début de la crise politique. Suite à cette mobilisation, le président de l'Assemblée nationale constituante (ANC) Mustapha Ben Jaafar a annoncé la suspension des travaux de la chambre mardi soir.

Il a dit que l'Assemblée ne se réunira plus tant qu'il n'y aura pas l'ouverture d'un dialogue entre le gouvernement et l'opposition. Il voudrait, par cette mesure, mettre la pression sur les deux parties et les forcer au dialogue. «J'appelle tout le monde à participer au dialogue. Les Tunisiens en ont marre», a-t-il déclaré au cours d'une allocution télévisée.

Revenant sur la menace terroriste et les deux assassinats politiques qu'ont connus les Tunisiens cette année, Ben Jaafar a dénoncé l'incapacité de la classe politique à s'unifier face au danger, les voyant emprunter la voie de la division et de la sédition. La coalition d'opposition, qui va de l'extrême gauche au centre-droit, a jugé cette initiative «positive» mais «insuffisante».

Ben Jaafar en a appelé à l'UGTT, forte d'un demi-million de membres capables de paralyser le pays, de jouer «son rôle historique» et de «réunir autour de la table du dialogue tous les partis». Par ailleurs, Nejib Mrad a déclaré à la chaîne de télévision Al Moutaouassit que «ce que Ben Jaafar a fait, fait partie d'un coup d'État interne. C'est un coup d'État inacceptable».

Les islamistes, de leur côté, ont rejeté ces revendications, proposant en retour d'élargir la coalition gouvernementale et des élections en décembre. «Dans les régimes démocratiques, les manifestations ne changent pas les gouvernements, c'est dans les régimes dictatoriaux qu'une manifestation est en mesure de faire tomber le régime», a jugé Rached Ghannouchi, chef d'Ennahda dans le journal La Presse.

De son côté, Ali Larayedh en a profité pour affirmer que les actions de protestation mettaient à mal les efforts des forces de sécurité. «La multiplication des manifestations et des sit-in perturbe les agents des forces de sécurité qui sont obligés d'être dans les rues alors qu'ils devraient participer à des opérations de lutte contre le terrorisme», a-t-il déclaré. Et le chef du gouvernement de conclure : «Nous étions les initiateurs du printemps arabe, soyons les initiateurs d'un Etat démocratique par des moyens pacifiques».

L'armée a, cependant, lancé une vaste opération «aérienne et terrestre» contre un groupe qui serait lié à Al Qaïda au mont Chaâmbi et responsable de la mort de dix soldats depuis le 29 juillet. La police a, de son côté, multiplié les opérations antiterroristes depuis la semaine dernière, tuant dans des incidents séparés deux hommes et en arrêtant une dizaine d'autres. Ces derniers ont été accusés de préparer des attentats et des assassinats politiques.

Ennahda accepte la suspension de la Constituante

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie, a annoncé hier accepter la suspension des travaux de la Constituante et appelé à un dialogue avec ses adversaires pour aboutir à un gouvernement d'union et sortir le pays de la crise.

«En dépit de nos réserves formelles et juridiques sur cette initiative (de suspendre la Constituante), nous espérons qu'elle servira de catalyseur pour que les adversaires politiques s'assoient à la table du dialogue», a annoncé Ennahda dans un communiqué signé de son chef Rached Ghannouchi.

Le parti islamiste, qui dirige le gouvernement, a souhaité une solution consensuelle en cette période sensible en raison des dangers sécuritaires et des défis économiques énormes.

Ennahda se dit favorable à la formation d'un gouvernement d'union nationale comprenant toutes les forces politiques convaincues de la nécessité d'achever le processus démocratique dans le cadre de la loi.

Fella Hamici




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