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13-08-2013

05:00

Algérie corruption: mandat d'arrêt contre un ancien ministre de l'Energie

Alger - Les autorités algériennes ont annoncé lundi qu'un mandat d'arrêt international avait été lancé contre neuf personnes, dont l'ex-ministre de l'Energie Chakib Khelil, dans le cadre d'un scandale de corruption touchant le poumon de l'économie, l'entreprise publique des hydrocarbures Sonatrach.

Ces mandats d'arrêt, visant également l'épouse de M. Khelil, ses deux enfants, son ancien chef de cabinet Redha Hamche et un de ses hommes de confiance Farid Bedjaoui, ont pris effet il y a deux semaines, a annoncé le procureur général près la Cour d'Alger Belcacem Zeghmati, cité par l'agence APS, lors d'une conférence avec la presse algérienne.

Farid Bedjaoui a été largement cité dans la presse ces dernières semaines, tant algérienne qu'italienne, car il est considéré comme l'intermédiaire dans le versement de commissions pour l'obtention de contrats pétroliers en Algérie au profit de l'Italien Saipem, filiale du géant ENI.

Le parquet de Milan a d'ailleurs aussi lancé un mandat d'arrêt international contre M. Bedjaoui.

La presse italienne a récemment indiqué que la justice chercherait à saisir 123 millions de dollars (92,6 millions d'euros) déposés sur des comptes à Singapour et Hong Kong contrôlés par M. Bedjaoui. Ce dernier serait installé à Dubaï et détenteur d'un passeport français.

Selon la juge italienne Alfonsa Ferraro, citée par le Corriere della Sera, Saipem a obtenu en Algérie sept contrats d'une valeur totale de huit milliards d'euros.

Pour obtenir ces marchés, le groupe a payé 197 millions de dollars de pots-de-vin qui ont été présentés comme étant des frais d'intermédiation de la société Pearl Partners Limited, une société de Hong Kong contrôlée par M. Bedjaoui.

Mais Pearl Partners et Bedjaoui sont la même chose et Bedjaoui a dit clairement qu'il donnait l'argent au ministre de l'Energie Khelil, aurait indiqué un responsable de la Saïpem aux magistrats italiens.

Le ministre algérien de la Justice, Mohamed Charfi, avait déclaré début juillet devant le parlement algérien que l'enquête pour corruption impliquant la Sonatrach avait révélé un véritable réseau de corruption internationale.

Il avait ajouté que ce réseau avait des tentacules s'étendant à tous les continents et qu'il suçait la sève de Sonatrach grâce à des mécanismes financiers complexes.

La matrice de ce réseau est en train d'être progressivement découverte, grâce à la coopération des magistrats des pays saisis par la justice algérienne, avait-il ajouté, rappelant qu'Alger avait saisi en 2012 les autorités judiciaires françaises, suisses et italiennes sur cette affaire.

Le parquet d'Alger avait ordonné le 10 février une enquête sur une éventuelle corruption liée à des contrats entre Eni et Sonatrach. Le ministre de l'Energie, Youcef Yousfi, avait prévenu qu'il serait inflexible envers toute personne impliquée.

M. Yousfi a succédé au controversé Chakib Khelil, démis de ses fonctions fin mai 2010, après avoir occupé le portefeuille de l'Energie durant dix ans, en raison d'accusations de corruption touchant son équipe. Et auparavant, M. Khelil avait dirigé la Sonatrach.

Une série de scandales de corruption touchant la Sonatrach, qui assure 95% des exportations de l'Algérie, avaient éclaté dès janvier 2010 après le limogeage de son PDG Mohamed Meziane.

Ce dernier, qui avait dirigé la société durant sept ans, a été condamné en appel en décembre 2011 à deux ans de prison dont un ferme pour malversations, suivi d'autres condamnations de responsables de l'entreprise étatique dans le cadre de ce qu'on considère désormais comme le scandale de la Sonatrach I.

L'affaire en cours d'examen depuis quelques mois est considérée comme celle de la Sonatrach II.

La Sonatrach, l'une des compagnies pétrolières importantes, assure près de 98% des recettes en devises de l'Algérie. En 2011, elle a réalisé un chiffre d'affaires à l'exportation de 72 milliards de dollars.


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