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07-09-2013

21:55

Un Marocain crée un groupe jihadiste en Syrie

Un jihadiste marocain de longue date a créé un groupe inspiré d'al-Qaida en Syrie.

Brahim Benchekroune a créé des comptes sur Facebook, Twitter et YouTube pour attirer des Marocains dans son nouveau mouvement jihadiste, Sham al-Islam. Ce groupe a également annoncé la création d'un bras armé, la Fondation de l'aigle, destiné à assurer sa promotion publique. Le 31 août, ce groupe a présenté ses principes, basés sur l'idéologie takfiriste d'al-Qaida.

"Nous considérons la démocratie comme relevant du kufr contre Dieu Tout-puissant, et comme une doctrine en totale contradiction avec la sharia divine", a déclaré Sham al-Islam. Son mouvement appelle à lancer le jihad contre les apostats de l'Islam.

Son émir est l'un des principaux leader de la mouvance salafiste jihadiste au Maroc. Benchekroune a reçu sa formation idéologique de base en Mauritanie dans les années 1990. Il a vécu en Arabie saoudite, en Turquie, en Iran, en Afghanistan et au Pakistan.

De retour au Maroc, il a créé la "Jamaat Tawhid Wal Jihad". Il a passé six ans en prison avant de rejoindre d'autres jihadistes en Syrie. Selon Abdellah Rami, chercheur marocain spécialiste des groupes islamiques, le nom de ce nouveau groupe "sert uniquement à camoufler sa véritable identité".

Il ne s'agit en effet pas seulement de recruter des combattants pour le jihad en Syrie. L'objectif réel de Benchekroune, explique cet analyste, est de mettre en place une nouvelle organisation jihadiste au Maroc.

"Bien que le nom fasse référence à la Syrie et que son théâtre d'opérations soit la Syrie, la majorité des membres de ce groupe sont des Marocains. La création de ce nouveau groupe a également été annoncée dans le Rif Latakia, où sont basés la plupart des jihadistes marocains qui se rendent en Syrie", explique Rami à Magharebia.

Benchekroune tente d'exploiter sa nouvelle position en Syrie - sa présence sur le champ de bataille et ses liens avec les principaux groupes terroristes dans la région - pour se présenter comme un émir du mouvement salafiste jihadiste marocain, ajoute-t-il.

D'autres Marocains combattaient déjà en Syrie sous les bannières de groupes jihadistes rivaux, comme Jabhat al-Nusra (JAN) et l'État islamique d'Irak et du Levant (ESIL), rappelle-t-il. Le Dr Cherkaoui Roudani, législateur marocain et spécialiste de géopolitique, reconnaît lui aussi que la cible de ce nouveau groupe pro-al-Qaida composé de Marocains est le Maroc lui-même.

"La stabilité du Maroc et le succès de son expérience politique perturbent désormais les plans des groupes terroristes créés par al-Qaida dans la région pour y semer le chaos", explique-t-il à Magharebia. "Al-Qaida ne peut en effet prospérer que dans un climat de chaos et de faiblesse de l'État."

Roudani a expliqué que ce nouveau groupe a pour but de recruter des Marocains et de leur fournir un entraînement sur le terrain avant de les faire rentrer dans le royaume. Al-Qaida tourne même son attention vers les enfants des expatriés marocains, pour les inciter à importer le terrorisme dans la patrie de leurs parents.

"Les groupes extrémistes sont extrêmement actifs au sein de la jeunesse marocaine en Europe par le biais de l'Internet et des mosquées"
, explique-t-il à Magharebia. "Certaines informations indiquent que ces groupes les ont en fait envoyés dans des centres d'entraînement dirigés par des groupes affiliés à al-Qaida en Syrie et au Mali."

Du fait de la position stratégique importante du Maroc, véritable passerelle entre l'Afrique, l'Europe et le monde arabe, "déstabiliser et affaiblir le pays est une priorité pour al-Qaida", explique-t-il.

"Nous voyons ce qui se passe au Mali, en Libye, en Syrie et à la frontière algéro-tunisienne, et la manière dont al-Qaida tente de profiter de ce chaos pour faire de l'Afrique du Nord une véritable poudrière", ajoute ce législateur.

Certaines sources proches des salafistes affirment également que plus de trente pour cent des terroristes libérés des prisons marocaines ont rejoint les jihadistes affiliés à al-Qaida en Syrie, a indiqué le quotidien marocain al-Massae.

Mais les jihadistes marocains présents en Syrie se sont vu porter de rudes coups ces dernières semaines, ce qui, de l'avis de certains analystes, aurait pu inciter Benchekroune à créer son nouveau groupe. La plupart de ces Marocains étaient basés sur la côte et à Latakia, deux régions qui ont été le théâtre de sévères combats.

Quelques jours avant l'annonce de la création de Sham al-Islam, des sites web et des forums jihadistes ont annoncé la mort de Mohamed al-Almi al-Suleimani, alias Abi Hamza al-Maghrebi. Libéré de prison en 2011 à la faveur d'un pardon royal, Al-Almi avait été un important leader des anciens détenus islamistes avant de partir pour le jihad en Syrie.

Il dirigeait une brigade de jihadistes marocains baptisée "les broyeurs" dans la ville côtière de Latakia en Syrie quand il a été abattu le 10 août. Ces jihadistes marocains ont perdu de nombreux commandants sur le terrain à Latakia, notamment Mohamed al-Nebras, un natif de Tanger qui commandait la brigade "Ebada Ibn al-Samet", et Al-Sedik al-Sabe, alias Abou Adam al-Tazi, un ressortissant néerlandais né au Maroc.

Mais les Marocains qui choisissent encore de répondre à l'appel de Sham al-Islam sont confrontés à des problèmes même en-dehors du champ de bataille. Ces jeunes combattants du Maghreb s'allient avec ceux que de nombreux Syriens considèrent comme des intrus qui ne sont pas les bienvenus.

"Des problèmes surviendront en Syrie entre les groupes jihadistes qui cherchent à établir un régime islamiste et l'opposition laïque, à l'instar de ce qui s'est produit dans d'autres pays", explique Lies Boukraa, directeur du Centre africain d'études et de recherches sur le terrorisme (CAERT) basé à Alger.

Pour leur part, les responsables en charge de la sécurité au Maroc ont arrêté des jihadistes de retour de tous les fronts. Selon le ministère de l'Intérieur, près de quatre-vingt-cinq d'entre eux ont été arrêtés ces derniers mois pour leurs liens avec les réseaux de recrutement de combattants pour la Syrie et le Mali, notamment certains qui rentraient du champ de bataille.

"Ces jeunes ont quitté le Maroc avec l'intention de prendre part à des actes de guerre et à des tueries", a expliqué Said Chramti, président de l'Association du Grand Rif pour les droits de l'Homme. "Ce serait une erreur de leur permettre de revenir normalement dans le pays et de les laisser se fondre dans la société comme si de rien n'était", a-t-il ajouté.

Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca



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