Eléments essentiels du jeu démocratique dans tous les pays qui ont choisi, délibérément, ce mode de gouvernement, les partis politiques en Mauritanie recoupent plutôt les différentes parties (au sens de groupes idéologiques, communautaires ou régionalo-tribalistes) qui caractérisent le paysage politique actuel.
Leur ancrage idéologique, en tant qu’éléments constitutifs de la démocratie, n’est pas aussi évident – pour l’instant – que celui de la Constitution,votée en 1991 de l’Idéal de Justice et de la Séparation effective des pouvoirs.
Pourtant, ce sont eux qui permettent au Peuple d’orienter l’action du gouvernement (quand ils sont au pouvoir) ou de la réguler tout en la critiquant quand ils sont, le jeu de l’alternance démocratique oblige, à l’opposition. Nous vous livrons aujourd’hui un panorama des partis politiques mauritaniens les plus « visibles » sans forcément être les plus puissants.
L’UPR : tout pour le maintien
Si vous voulez vraiment comprendre le lien qui existe entre l’Union pour la République (UPR) et celui que le président Ould Taya avait créé sous le nom de PRDS (Parti républicain, démocratique et social), au lendemain de la promulgation de la Constitution du 20 juillet 91, référez-vous tout simplement au lifting que cette même formation a subi depuis 2008.
Car l’UPR, avatar du PRDS, sans Ould Taya et d’une poignée de hauts responsables de l’Etat, sous la dictature de cet homme, continue à être perçu comme un mélange de chefs de tribus, d’hommes d’affaires, d’anciens ministres, de cadres de l’administration, d’anciens baroudeurs des mouvements idéologiques (nasséristes, baathistes, kadihines, islamistes).
L’UPR a cependant grandement été diminué, à la veille des élections municipales et législatives par l’action de sape (départ de quelques-uns de ses barons) qu’il avait longtemps exercé lui-même sur les partis de l’ex-opposition, en procédant au débauchage de ses cadres par l’octroi de postes dans l’administration et l’offre d’alléchantes faveurs.
Mais le parti-Etat, malgré la dissolution prochaine du Parlement, continue tout de même à avoir une audience certaine grâce aux nombreux élus qui se réclament encore de lui mais aussi à une intelligentsia politique (anciens ministres, anciens députés et sénateurs) qui attendent impatiemment les élections pour croiser le fer avec les autres formations politiques. D’aucuns pensent même que l’administration actuelle, quoi que soumise à une stricte neutralité par la CENI, n’est pas insensible aux sirènes de l’ancien système dont elle était, de facto, partie intégrante.
Tawassoul : La présomption de puissance
Le directeur de campagne de ce parti d’obédience islamiste vient enfin de donner les vrais mobiles qui l’ont poussé à fausser compagnie à la
Coordination de l’opposition démocratique (COD) :
« nous créerons la surprise lors de ces élections et nous aspirons à passer premier pour former le gouvernement et changer le régime de présidentiel à parlementaire ». C’est juste une réponse à une question que j’avais posée dans l’un de mes précédents articles : Les islamistes mauritaniens
« suivront-ils le mouvement » ?
La vague islamiste déferlante en
Tunisie, au
Maroc, en
Egypte et en
Libye a commencé à donner des idées aux islamistes mauritaniens qui se posent cette question :
« pourquoi pas nous, ici et maintenant » ?
Il est vrai que c’est quand même en jouant sur cette sorte de
« lieu (lien ?) commun » entre l’arrivée des islamistes au pouvoir (par la voie des urnes), en
Tunisie et au
Maroc, par la voie des armes (en
Libye) ou par la pression de la rue conjuguée au suffrage universel (comme cela s’est réalisé en
Egypte avant de capoter) que les gouvernements arabes – encore en sursis – cherchent à faire peur à leur opinion publique sur les risques d’un péril islamiste aux contours encore flous.
Certes, la démocratie a joué mais l’on ne semble pas prêt d’oublier que ce sont les mêmes mécanismes empruntés à l’Occident chrétien qui ont permis aux islamistes du
FIS algérien de remporter les élections de 1990 et de pousser les autorités algériennes de remettre en cause des principes de démocratie pourtant réputés
« bons » pour tous. C’est le même phénomène qui poussera également le Fatah et les
USA à refuser sa victoire au
Hamas « dépossédé » de facto de son pouvoir exécutif dans une situation singulière de refus de la démocratie.
Toutes ces situations ont pu pousser les islamistes mauritaniens à chercher, depuis quelques mois, à faire comme
« les frères » ! Et, dans ce cadre, tous les observateurs ont noté que la mobilisation avait battu son plein à
Nouakchott pour, peut-être, devenir le fer de lance d’une action de la
Coordination de l’opposition démocratique (COD) visant à pousser le pouvoir dans ses derniers retranchements. Et à commettre l’erreur qu’il ne faut pas.
Cette stratégie ayant échouée, Tawassoul veut maintenant jouer le tout pour le tout : en se confiant au verdict des urnes.
Al Wiam : victime d’un délit de faciès ?
Al Wiam (Entente), un parti nouveau qui a choisi d’inscrire son action dans une ligne centriste, est dirigé par
Boïdiel Ould Houmeid, un ancien ministre des Finances de
Taya. Il rassemble en son sein un nombre non négligeable de barons de l’Ancien Régime (
Louleid Ould Weddad, ancien directeur de cabinet de
Maaouiya, et ancien secrétaire général du
PRDS,
Mohamed Yehdhih Ould Moctar Hacen, également ancien ministre et ancien SG du parti qui a dominé la vie politique en
Mauritanie 15 années durant).
Al Wiam avait tenté, avec l’
APP et
Sawab, de rapprocher les points de vue de la
COD, dont ils faisaient partie, tout en critiquant souvent ses positions jugées extrêmes, et la majorité présidentielle dont ils dénonçaient la gestion économique catastrophique.
L’UDP : Un parti saisonnier
L’
Union pour la Démocratie et le Progrès (UDP) a été créée par feu
Hamdi Ould Mouknass, considéré comme le plus célèbre ministre des Affaires étrangères de la
Mauritanie. A sa disparition, les militants de l’
UDP choisissent sa fille
Naha pour diriger le parti et évitent sans doute ainsi à leur formation de connaître des luttes de succession qui pouvaient lui être fatales.
Le choix des militants de l’
UDP devient aussi celui du pouvoir quand
Ould Taya nomme
Naha Mint Mouknass ministre Conseiller à la Présidence, poste qu’elle occupera jusqu’à la chute du régime.
Plus que le
RDU, l’
UDP a été vraiment une sorte d’anti-chambre du
PRDS, récupérant les mécontents du Parti-Etat, à l’occasion de chaque élection municipale ou législative, et constituant un refuge à tous ceux, Négro-africains essentiellement, qui n’osent pas aller directement au
PRDS tout en cherchant tout de même à s’approcher du pouvoir.L’
UDP a souvent été taxée de parti
« saisonnier » dont les banderoles et les militants n’apparaissent qu’à l’occasion de visites du Chef de l’Etat et de l’organisation d’élections.
Aujourd’hui, passée l’euphorie de l’après 06 août 2008, qui vit la présidente
Naha nommée à la tête de la diplomatie mauritanienne et jouer un rôle important dans le rapprochement spectaculaire entre
Kadhafi et
Aziz, l’
UDP adopte un profil bas. La disparition du
« Guide » a sorti la fille de feu
Hamdi Ould Mouknass des calculs du pouvoir en
Mauritanie et son parti est entré sans doute dans une période de réflexion et de remise en cause qui lui permettrait de mener ces élections en utilisant, cette fois-ci, des armes autres que celles de la récupération.
Le RFD : La guerre des clans est à craindre
En compétition jadis avec l’
APP pour le titre du
« plus grand parti de l’opposition », le
RFD risque de perdre, à l’issue du scrutin du 23 novembre, son statut de
« la plus importante formation politique du pays » à cause du boycott.
Créé le 13/05/2001 sur les décombres de l’
UFD/ère Nouvelle, le
RFD souffre, plus que toute autre formation de l’hétérogénéité des courants politiques qui le compose, ce qui fait penser aux observateurs qu’il pourrait, difficilement, échapper aux querelles qui ont toujours constitué le plus grand souci de son chef
Ahmed Ould Daddah. Il y a d’abord, dit-on, les
« gens de Boutilimit » qui constituent une sorte de garde rapprochée pour
Ahmed. Rien ne les rattache aux autres militants du parti si ce n’est leur désir de changement avec en prime le sacre de l’homme en qui ils ont placé toute leur confiance mais aussi leur espoir.
La deuxième composante du
RFD est constituée par des militants d’
El Hor qui, en 2000, avaient décidé de rompre avec
Messaoud Ould Boulkheir en quittant
AC. Certains chefs de file de cette tendance, tel
Brahim Ould Bilal, vice-président d’
IRA, avaient fini par abandonner le navire.
C’est le cas également d’un important contingent de Négro-africains dont l’un des chefs de file, le député
Kane Hamidou Baba, a créé son propre parti, le
Mouvement pour la Refondation (MPR).
Le
RFD a été affaibli dans le passé par le départ (2003) de ses rangs des islamistes menés par
Jemil Mansour, et des Nasséristes qui ont cru trouver en lui un terreau fertile pour mener leur politique nationaliste, quand ils ont quitté le
PRDS en 1997, mais qui ont vite déchanté.
Aujourd’hui, le
RFD mène la lutte pour la chute du pouvoir d’
Aziz. Après avoir été le souffre douleur du président déchu
Ould Taya, ce parti est en train de revivre le même cauchemar avec
Aziz. Il espérait que les conditions soient presque réunies pour l’organisation d’élections libres et transparentes. Et c’est sur cela qu’il comptait pour triompher enfin. Une désillusion de plus.
L’APP : Le handicap particulariste
Avec l’arrivée des militants d’
EL Hor, à la dissolution de leur parti
Action pour le changement (AC), l’
APP n’est vraiment plus ce qu’elle était avant : d’irréductibles Nasséristes célébrant chaque année l’anniversaire de la Révolution de
Nasser et cherchant à calquer la
Mauritanie sur un modèle idéologique révolu.
L’arrivée de
Messaoud Ould Boulkheir à la tête de l’
APP a été considérée, à l’époque, comme une sorte d’
OPA qui arrangeait en fait les deux camps :
Mohamed El Hafedh Ould Smail et les siens trouvent enfin la base populaire nécessaire à leur mouvement et les militants d’
El Hor dont le parti venait d’être dissous, avaient la possibilité de faire de la politique dans un cadre légal.
Les problèmes de l’
APP sont essentiellement financiers mais l’on pense également que l’acharnement de
Messaoud Ould Boulkheir et ses amis à inscrire la question de l’esclavage dans l’agenda politique du pouvoir et, à n’en pas douter, dans celui des prochaines campagnes électorales, risquent de mobiliser contre l’
APP pas mal d’ennemis.
L’UFP : Un soupçon d’élitisme
Dans l’esprit de beaucoup de Mauritaniens, l’
UFP se confond avec le
MND et même avec les noms de ses principaux leaders :
Mohamed Ould Maouloud,
Bâ Bocar Moussa, Moustapha Ould Bedredine, Lô Gourmo. Ouvert au dialogue dans le passé, ce parti a souvent été taxé par les formations de l’ex-opposition de
« collabo » ayant permis à
Ould Taya de donner l’impression de s’ouvrir à tous ceux qui ne font pas preuve de prises de position extrémistes. Une accusation dont l’
UFP s’est toujours défendue à chaque fois que ses leaders ont eu à rencontrer le président
Ould Taya comme en 2000, 2001 et 2003.
Parti jouant d’abord sur la qualité, un peu comme le
RDU dans l’ex-Majorité présidentielle, l’
UFP doit dans les prochains mois développer une approche autre si elle veut vraiment conserver son statut de parti qui compte en
Mauritanie. Le boycott ne passera sans doute pas sans laisser de traces.
L’AJD et le PLEJ : les porte-flambeau de la cause négro-africaine
L’
Alliance pour la Justice et la Démocratie de
Sarr Ibrahima et le
Parti pour la Liberté, l’Egalité et la Justice de
Bâ Mamadou Alassane arrivent aujourd’hui à s’incruster difficilement dans le paysage politique mauritanien en faisant de la défense de la cause des Négro-africains la priorité des priorités.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils n’ont pas voulu avaliser le
« oui » pour la révision de la Constitution pensant que des questions essentielles n’ont pas été abordées. Leur attitude par rapport aux élections municipales et législatives les sépare : le premier participe, ayant horreur du vide, déclare son chef sur les ondes d’une chaîne de télévision mauritanienne, le second boycotte.
Sawab : une expérience qui pourrait servir
Le parti
Sawab (curant baathiste) traverse aujourd’hui une période creuse sans doute parce qu’il fait très peu entendre sa voix dans le sens où vont ceux qui ont choisi de soutenir sans réserve, en 2005, l’action du
CMJD. On pourrait même dire que
Smail Ould Amar, Ould Breideleil (qui ont quitté la formation depuis) et leurs amis étaient
« plus en forme », coté présence sur la scène politico-médiatique, lorsque
Ould Taya était encore là.
Ceci dit,
Sawab n’est sans doute pas la formation politique la moins armée pour affronter la seconde phase du processus électoral quand on sait qu’elle a une expérience des élections, comptant dans ses rangs la plupart des soutiens du candidat
Mohamed Khouna Ould Haidalla lors de l’élection présidentielle de novembre 2003.
HATEM : La « gloire du 08 juin 2003 »
Saleh Ould Hannena voudrait bien réaliser avec les urnes ce qu’il a raté de très peu avec les armes. Le chef des
« Cavaliers du Changement » s’est reconverti en homme politique après le 03 août 2005 et a réussi à mettre en place, avec ses compagnons d’infortune, un parti politique qui cherche à tirer profit de la
« gloire du 08 juin 2003 ».
Mais le profit politique de l’action du Commandant
Saleh Ould Hannena a pâti un tout petit peu du coup d’Etat du 03 août 2005 qui a permis à des officiers supérieurs de réaliser le projet des
Cavaliers pour le Changement (déposer
Ould Taya) avec le sang en moins.
Saleh Ould Hannena a quand même réussi, en 2006, à s’offrir un poste de député à l’Assemblée nationale mais son parti s’est vidé de ses militants au profit de l’
UPR, quand il a choisi de quitter la majorité et de devenir l’un des plus farouches opposants au président
Aziz.
Le RD : sombres perspectives
Formé au lendemain du 03 août 2005 par un ancien baron du
PRDS, le
Renouveau démocratique (Moustapha Ould Abeiderrahmane) est taxé aujourd’hui de rouler pour son seul chef dans la perspective des élections législatives et, probablement, de la présidentielle de juillet 2014. L’on pense d’ailleurs que
Ould Abeidarrahmane qui a été l’un des Idéologues du
PRDS, comptait beaucoup sur sa connaissance du Parti et des milieux qui le composent pour se reconstituer une virginité.
Il aurait donc beaucoup misé sur une implosion du
PRD(S)R après la chute de
Ould Taya pour récupérer une partie de ses cadres et recoller les morceaux. Une vision prospective qui ne s’est pas complètement réalisée et qui hypothèque donc les objectifs, à court terme, du Renouveau démocratique : rester au Rarlement.
Un rôle de figurants pour les autres ?
Pour les dizaines d’autres partis que nous n’abordons pas ici de manière singulière, le rôle dans les prochains scrutins se limitera au dépôt des listes et à des alliances, avec les formations d’envergure, en vue de pouvoir se faire une audience. On n’imagine mal qu’ils puissent survivre à ces élections, après avoir choisi d’aller au charbon en rangs dispersés, risquant ainsi de se ridiculiser avec des scores au dessous du 1% !
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