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19-03-2014

08:39

Des élections législatives et municipales dans un contexte mouvementé, tribalismes, communautarismes et tensions sociales (4)

Adrar-Info - Résultats des élections législatives et municipales du 23 novembre et du 21 décembre.
Le premier tour des élections législatives s’est tenu le 23 novembre et le second tour devait se tenir le 7 décembre, mais il fut finalement reporté au 21 décembre pour des problèmes d’organisation. Comme on pouvait s’y attendre l’UPR a remporté la plus grande partie des sièges à l’Assemblée nationale et dans les Mairies du pays, et le parti islamiste Tawassul est devenu la seconde force politique en Mauritanie.

Les résultats du premier tour ont donné 37,1% pour le parti au pouvoir, 22% à Tawassul, 7,96% à l’Alliance populaire progressiste, 6,35% au Sursaut de la jeunesse, et 6% à El Wiam. Cette tendance générale s’est confirmée lors du second tour du 21 décembre. L’UPR a remporté 50,34% des voix, suivi par Tawassul (10,88%), El Wiam (6,12%), et APP (4,08%) (CRIDEM du 23 décembre).

L’UPR a ainsi obtenu 74 sièges de députés sur un total de 144 sièges ; cependant, si l’on ajoute les partis de la coalition au pouvoir on arrive à 108 sièges pour cette mouvance conservatrice. D’autres petits partis ont obtenu 37 sièges, dont 16 pour Tawassul.

En effet, le parti Tawassul a obtenu 12 députés au premier tour et quatre autres au second tour. Le Parti pour l’entente démocratique et sociale, El Wiam, de Bodiel ould Houmeid a obtenu 10 sièges, dont plusieurs dignitaires du régime de Ould Sid’Ahmed Taya.

La formation dirigée par Messaoud ould Boulkheyr, l’Alliance populaire progressiste (APP) est la grande perdante de ces élections, avec seulement 7 députés élus. Le parti Alliance pour la justice et la démocratie (AJD), de Sarr Ibrahima, a obtenu 4 députés et devient, de ce fait, le représentant de la mouvance des Noirs mauritaniens au parlement (CRIDEM du 30 décembre).

Les résultats des élections municipales suivent cette tendance. L’UPR a gagné 154 communes sur les 218 communes du pays. Tawassul a obtenu 18 communes. Plusieurs villes sont passées dans le camp de cette nouvelle opposition (Rosso, Guérou, Kankjossa, Tintane, Kobenni et Néma), alors que Nouakchott a basculé dans le camp de l’UPR.

Des résultats qui font penser, comme le note Ahmed ould Cheikh, à un certain affranchissement des grands électeurs de l’Est du pays (sharg), chefs tribaux et autres notables, de leur loyauté permanente vis-à-vis du pouvoir en place (Le Calame du 24 décembre).

Selon la CENI, le taux de participation a été de 75% pour le premier tour et de 72% pour le second tour ; moins d’un million d’électeurs étaient appelés à voter au second tour, contre 1,2 million au premier tour. Il est également avancé que 25% des élus sont des femmes, suivant une ordonnance datant de 2006 et qui exige la présence de 20% de femmes dans les élections.

Des graves irrégularités ont été cependant dénoncées dans le second tour des élections par Jemil ould Mansour, dirigeant du parti Tawassul. Il a déclaré également que « ces élections n’apporteront aucune solution à la crise politique en Mauritanie », et il a lancé un appel à « un dialogue urgent pour résoudre cette crise qui dure depuis le coup d’État de 2008. » (CRIDEM du 23 décembre).

En outre, ould Mansour a critiqué le boycott du COD, estimant que la population ne comprend pas ce mot d’ordre et qu’elle a plutôt besoin d’une alternative au parti au pouvoir. Loin de prôner une position radicale, il se veut réformiste, se dit attaché à la justice sociale et dénonce « la dictature dissimulée derrière une vitrine démocratique » du président Aziz.

Il faut préciser que Jemil ould Mansour a été incarcéré plusieurs fois sous le régime de Taya, qui l’a même contraint à s’exiler en Belgique une année, et ce n’est qu’en 2007 que son parti fut reconnu officiellement. Enfin, malgré les accusations de financements occultes en provenance du Golfe, et malgré ses liens avec les partis islamistes de Tunis et d’Égypte, ould Mansour revendique une stricte indépendance (Jeune Afrique, NoorInfo du 31 décembre).

Ahmed ould Daddah, président de la coalition d’opposition COD, a exprimé, encore une fois, son rejet des élections qui auraient été, d’après lui, « une vaste mascarade qui enfonce le pays dans la crise politique ». Cependant, cette position — proche du déni de réalité — ne pèsera certainement pas dans la réorganisation actuelle de l’échiquier politique en vue des préparatifs des élections présidentielles prévues en juin 2014.

La question de l’esclavage et l’interdiction du parti RAG
La question de la permanence des relations serviles, impliquant divers niveaux de dépendance personnelle, englobée sous le terme d’esclavage, reste à l’ordre du jour en Mauritanie. Cela d’autant plus qu’un rapport récent de la fondation australienne Walk Free a classé la Mauritanie au premier rang des pays où persistent des formes modernes d’esclavage(15).

Le mouvement Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), qui déploie un grand activisme sur la scène internationale, a publié un document analysant ce rapport international qui considère un total de 162 pays pratiquant l’esclavage moderne, les mariages de mineurs et le trafic de personnes. Après la Mauritanie sont cités : Haïti, le Pakistan, l’Inde, le Népal, la Moldavie, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Gabon.

L’agence australienne recommande au gouvernement mauritanien une étude détaillée et chiffrée sur la prévalence des formes d’esclavage dans le but de les éradiquer ; et demande également de faciliter l’accès à la justice des victimes de l’esclavage, permettant aux ONG de les assister.

Ce n’est pas la première fois qu’une institution internationale constate la persistance des formes extrêmes de dépendance en Mauritanie. Loin de là, celles-ci sont dénoncées depuis les années 1980 par Amnesty international et par la Commission des droits humains de l’ONU, mais aussi par des mouvements nationaux, dont El Hor, fondé à la fin des années 1970, et SOS Esclaves.

Cependant, l’émergence du mouvement IRA, en 2008, a changé la donne car son président, Biram ould Dah Abeid, a relancé avec force, et de manière provocatrice, l’exigence de l’éradication des pratiques serviles dans le pays, déjà interdite par la Loi anti esclavagiste de 1981, et confirmée par la Loi criminalisant l’esclavage promulguée en 2007 (Loi n° 2007-048).

La conjoncture politique de l’après Taya, relativement ouverte à la contestation, a compté pour beaucoup dans l’essor de ce nouvel mouvement de défense des groupes serviles. Le discours de Biram ould Dah, bien plus provocateur et agressif que celui des dirigeants précédents, est également pour beaucoup dans l’adhésion des jeunes citadins aux revendications d’égalité sociale.

Biram a également la particularité de déployer un activisme important à l’international, ce qui lui a valu des reconnaissances importantes, dont le prix des droits de l’homme de l’ONU, reçu le 10 décembre 2013 (RFI du 27 décembre). Le mouvement de l’IRA fut fondé en 2008, mais il ne dispose toujours pas d’une reconnaissance officielle. En effet, le dossier de demande officielle a été déposé au ministère de l’Intérieur le 15 juin 2010, et au Direction des affaires politiques et libertés publiques le 17 juin 2010 ; mais depuis lors, la procédure a été paralysée (RFI, le 27 décembre 2013).

Sur cette question délicate, l’État mauritanien maintien une position paradoxale et ambivalente ; en effet, d’une part, il reconnaît l’esclavage et légifère pour sa disparition et, d’autre part, il bloque les demandes d’application de la loi 048 du 3 septembre 2007, et poursuit le mouvement IRA — dont plusieurs membres ont été détenus aux mois de mai et d’août selon un rapport d’Amnesty International, qui dénonce également les tortures subies par une soixantaine de détenus, dont onze enfants(16).

La reconnaissance officielle de l’esclavage est par ailleurs remise en question par les discours du président ould Abdel Aziz, qui déclarait en août 2012, dans la Rencontre avec le peuple tenue à Atar, qu’il n’existe plus d’esclavage mais seulement des séquelles que sont la pauvreté et l’ignorance. Reprenant même une idée courante des Bidân du pays : « n’est esclave que celui qui veut l’être ».

Cependant, comme je le notais dans la Chronique politique de juillet, le gouvernement a créé, en avril 2013, une instance nationale chargée de s’occuper de la question de l’esclavage, l’Agence nationale pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage, l’insertion et la lutte contre la pauvreté. Une instance dénoncée par les dirigeants antiesclavagistes car elle a été créée sans concertation avec les associations de défense des droits des hrâtîn, et elle est présidée par Hamdi ould Mhjoub, un bidânî, ancien ministre de Communication.

Cela étant, le gouvernement favorise la diffusion de la loi criminalisant l’esclavage de 2007 ; ainsi, les 21-22 septembre l’ONG Association de coopération et de recherches pour le développement, en partenariat avec le Fonds des nations unies pour la démocratie, a organisé deux tables rondes sur la loi d’abolition de l’esclavage à Aïoun, chef-lieu du Hodh el-Gharbi17.

Participaient à ces réunions des représentants de la société civile, de la presse, des dirigeants de la communauté hrâtîn, ainsi que des autorités locales et religieuses. Le coordonateur régional de SOS-esclaves, Lemrabott ould Ali Bourou, a déclaré que la teneur de la loi était correcte, mais qu’il manquait l’application des textes et la mise en examen des personnes dénoncées pour leurs pratiques esclavagistes.

L’ouléma Sid’Ahmed ould Hamadi a souligné que l’esclavage est prohibé par l’islam et a invité également les citoyens à dénoncer les pratiques esclavagistes (Le Calame du 25 septembre 2013).

Signalons enfin qu’un Tribunal spécial pour juger les crimes d’esclavage a été crée le 31 décembre par décision du Conseil supérieur de la magistrature, présidé par le président Aziz. Aussi, on peut dire que dans les faits, le régime n’est pas complètement sourd aux demandes sociales d’éradication des pratiques de servilité extrême, mais qu’il entend contrôler le processus de changement social. C’est probablement pour cette raison qu’il a décidé d’interdire le parti politique créé à partir du mouvement anti-esclavagiste IRA.

En effet, l’interdiction du parti RAG, présidé par Ahmed Labeïd, est intervenue le 4 août ; la direction générale des élections et des libertés publiques a considéré que « les documents contenus dans [le] dossier de demande de reconnaissance d’un parti politique ne répondent pas aux dispositions de l’article 06 de l’ordonnance 91-024 du 25 juillet 1994 relative aux partis politiques modifiée par la loi 91.014 du 12 juillet 1994. »

Le dit article dispose : « aucun parti ou groupement politique ne peut s’identifier à une race, à une ethnie, à une région, à une tribu, à un sexe ou a une confrérie. » En Mauritanie, comme ailleurs dans les pays qui disposent d’une constitution moderne, les partis politiques ne peuvent pas s’identifier à un groupe restreint de la société.

Pourtant, dans la pratique, on peut constater que des partis religieux et ceux défenseurs de la cause des Noirs existent bel et bien dans le pays ; citons ici le parti islamiste Tawassul ; et les partis qui défendent la cause des Noirs, l’Alliance pour la justice et la démocratique (AJD, présidé par Ibrahima Moctar Sarr, et le Parti pour la liberté, l’égalité et la démocratie (PLEJ), dont le premier participe aux élections et le second les boycotte.

Dans ce cadre, l’interdiction du parti RAG, qui met la défense des « esclaves » — qu’il faudrait plutôt appeler groupes serviles — au coeur de son programme politique, revendiquant en même temps la défense des « Négro-africains de Mauritanie », semble correspondre à la crainte du régime de voir se concrétiser un mouvement social d’envergure, réunissant les « Noirs mauritaniens », dont les actions politiques seraient légales.

Cette polarisation de l’ordre politique, en fonction de ce qui est conçu comme l’appartenance de « race », n’est pas nouvelle au pays. Le mouvement des Forces de libération des Africains de Mauritanie (FLAM), a posé la question de la lutte « raciale » entre Noirs et « Beidan »/Blancs depuis 1986. Le régime de Taya a réprimé de manière barbare ce mouvement et, comme on le rappelait dans la Chronique de juillet, de centaines de Noirs ont été tués, et de milliers parmi eux ont été expulsés au Sénégal et au Mali entre 1989 et 1992 [Voir l’article de Marion Fresia, dans cette Chronique].

Cela étant, le mouvement IRA/RAG est distinct. Il canalise les revendications égalitaires des groupes serviles, englobés dans le terme « hrâtîn », et, de ce point de vue, il concerne au premier chef des demandes d’égalité statutaire de ces derniers. Certes, les groupes serviles de la société bidân (arabophone) ont des origines africaines, mais ce qui est en jeu c’est avant tout leur statut social de servilité qui, dans les sociétés sahélosahariennes, s’oppose au statut de liberté (Villasante, Groupes serviles au Sahara, 2000).

On peut ainsi considérer que les groupes serviles sont discriminés en fonction de leur statut servile, et secondairement en relation avec leur « couleur de peau » noire. Deux remarques sur ce point. (1) La couleur de la peau n’a pas un indicateur d’ethnicité ni de statut en Mauritanie. La communauté culturelle arabophone est le résultat d’un large métissage de populations locales africaines et berbères avec des populations arabes — même si la majorité des Bidân rejette l’idée de métissage et préfère revendiquer une origine arabe.

Le rejet idéologique du métissage entre Bidân et Noirs s’observe actuellement dans le fait que les enfants ne sont intégrés que rarement à la famille du père ou de la mère, alors que leur nombre devient de plus en plus important du point de vue démographique.

Aichetou Camara, présidente de l’association SOS Exclus, dénonce la discrimination dont les métis sont l’objet et qui va jusqu’au blocage des promotions de travail et leur exclusion de la fonction publique (Le Calame du 9 octobre). Cette réalité sociale contemporaine, qui ira certainement en s’accentuant, nécessite des études approfondies pas encore entamées.

En dehors des mariages inter ethniques, les mariages entre hommes libres et femmes issues des groupes serviles, assez courants, impliquent que les enfants ont le teint foncé mais un statut de liberté hérité du père. Ils sont ainsi mieux intégrés dans les familles paternelles et souffrent moins de leurs origines maternelles serviles.

Ainsi, les arabophones Bidân sont distingués non pas en fonction de leur « couleur », mais en fonction de leur statut qui, par ailleurs, peut se transformer dans le temps par le biais des facteurs modernes d’éducation et de richesse. Cela veut dire que des personnes ayant le « teint foncé » peuvent avoir un statut libre et noble, et que des personnes issues des groupes serviles peuvent rompre les liens de dépendance vis-à-vis de leurs maîtres/patrons et devenir complètement autonomes.

Il existe donc de paliers de dépendance et non pas une appartenance monolithique et inchangée au statut servile. C’est pourquoi l’emploi des termes « esclave/s » et « esclavagiste/s », utilisés par le mouvement IRA/RAG, se prêtent à confusion. Ainsi, les relations de dépendance sont fort complexes et ne se réduisent pas à une opposition simpliste entre « bidân/esclavagistes » et « esclaves » ; vision réductrice et potentiellement dangereuse en politique.

Les groupes serviles et les groupes de métier, aussi marginalisés, existent également chez les communautés noires du pays, et chez eux la « couleur » ne joue aucun rôle dans la distinction statutaire. Bref, la complexité statutaire et ethnique de la société mauritanienne rend difficile toute tentative de simplification opposant des « Blancs » (bidân) aux Noirs (groupes serviles hrâtîn inclus)(18). (2)

La création d’un État indépendant en 1960, au sein duquel les colonisateurs ont privilégié les arabophones au détriment des communautés africaines halpular’en, soninké et wolof, a favorisé l’émergence d’une lutte de classements ethniques entre les Bidân/arabophones et les Noirs.

Ces luttes ethniques ont renforcé le racisme ordinaire entre les deux communautés qui, par ailleurs, avait été construit en termes pseudo-scientifiques, racialistes comme le dit Todorov(19), par les colonisateurs qui classaient les sujets colonisés en Afrique selon leurs « races », elles-mêmes hiérarchisées.

Or, le racisme est un comportement ancien et d’extension probablement universelle, fait de haine ou de mépris vis-à-vis de personnes qui ont de caractéristiques définies différentes des nôtres. Alors que le racialisme est une idéologie née en Europe occidentale qui considère l’existence de « races » distinctes parmi les humains, qui doivent rester séparées, et qui postule aussi une continuité entre les attributs physiques et les valeurs morales des « races ».

Les différences physiques détermineraient ainsi les différences culturelles. Or, les biologistes ont montré l’unicité de l’espèce humaine et l’inexistence des races, ce qui n’a pas fait disparaître ni le racisme ni le racialisme (Todorov 1989 : 134 et sqq.).

En Mauritanie, on observe l’existence d’un racisme ordinaire qui oppose les arabophones aux Noirs, et qui a été constaté dans les pays arabes en général(20) et au Maroc voisin en particulier(21), en relation étroite avec l’ancien statut de servilité des Africains. Ce racisme statutaire, qui concerne autant les bidân [au sens statutaire de personne libre] que les hrâtîn, coexiste avec une discrimination ordinaire des personnes libres vis-à-vis des groupes serviles et des groupes de métier (artisans, pêcheurs, musiciens), c’est-à-dire les groupes dominés ou subalternes.

Accepter et étudier de manière distancée ce fait impliquerai un pas en avant pour l’éradication de ces pratiques d’ancien régime dans un pays qui veut se moderniser socialement et politiquement.

La composition interne de l’État mauritanien post colonial a favorisé également l’émergence d’un racisme d’État à l’encontre des communautés noires du pays et qui s’est déployé de manière hautement répressive au cours du régime de Maaouya ould Sid’Ahmed Taya. Or le gouvernement actuel est en train de rééditer ces comportements honteux pour un pays qui se dit démocratique. C’est pourquoi les mouvements de défense des droits des groupes serviles et de défense de l’égalité ethnique sont devenus des acteurs importants de la scène politique.

Les liens entre les deux mouvements sont encore mouvants, mais si auparavant ils étaient séparés, on observe qu’après 2005 ceux qui revendiquent les droits des « hrâtîn » et ceux qui défendent les droits des Noirs se sont rapprochés en évoquant une situation commune de domination (incluant les groupes de métier, forgerons, pêcheurs et musiciens), plus qu’une commune appartenance à la « race noire ».

Cela étant, les relations entre ces mouvements peuvent être aussi mauvaises. Ainsi par exemple, l’IRA et TPMN se soutiennent mutuellement, alors que l’IRA et les FLAM ont pris leurs distances publiquement. Le retour des FLAM sur la scène politique date de juillet 2013, lorsque le vice-président Ibrahima Mifo Sow est rentré à Nouakchott pour préparer la venue du président Samba Thiam, en septembre, après 23 ans d’exil.

La tâche est lourde car il s’agit de reconstruire l’image politique d’un mouvement qui avait été classé et perçu comme extrémiste, voire terroriste, en raison de ses discours violents contre le « régime raciste beïdane » exposés dans son « Manifeste du négro-mauritanien opprimé », diffusé en 198622. Nombreux sont ceux qui en Mauritanie les rendent responsables de la répression aveugle du régime de Taya contre les Noirs.

Le nouveau discours des FLAM, avec lequel ils espèrent fonder un parti politique, revendique l’unité des Mauritaniens, l’égalité, la démocratie et la justice sociale. Samba Thiam a reçu le soutien des partis PLEJ et Arc en ciel, il a proposé la création des régions autonomes dans le sud de la Mauritanie, et il a dénoncé l’interdiction du parti RAG.

Malgré cela, Biram ould Abeid, président de l’IRA, a accusé les FLAM et ses dirigeants d’être proches du gouvernement du président Aziz et de son système esclavagiste. Samba Thiam a déclaré ne pas comprendre cette « sortie haineuse » et il a accusé à son tour Biram d’avoir été membre du parti de Taya, le PRDS (Le Calame du 24 juillet, CRIDEM du 26 juillet).

A suivre…/

Mariella Villasante Cervello « Chronique politique de Mauritanie, décembre 2013 ». (Texte inédit, mars 2014).

15 Voir http://www.noorinfo.com/Esclavage-moderne-30-millions-d-esclaves-au-monde-et-la-Mauritaniechampionne- toutes-categories_a10972.html. Voir le Rapport de Walk Free : http://www.globalslaveryindex.org.

16 Voir http://www.amnesty.org/fr/region/mauritania.

17 Voir http://www.cridem.org/C_Info.php?article=647980; voir aussi http://www.cridem.org/C_Info.php?article=646917.
18 Cette réalité est souvent difficile à comprendre pour les étrangers. Ainsi par exemple, Mireille Fanon, fille de Frantz Fanon, et présidente de la Fondation Fanon, déclarait au Calame du 20 novembre que, lors de sa visite à Nouakchott, elle avait constaté que l’esclavage n’était pas une préoccupation essentielle des gens, et que le racisme n’était pas un problème majeur. Pour fonder ces affirmations, elle s’appuyait sur ses « observations » relevées dans les rues, où elle ne voyait pas de différences entre les « ethnies ». Madame Fanon était en effet incapable de « voir » que les distances hiérarchiques et ethniques n’étaient pas aussi visibles en Mauritanie que ce à quoi elle s’attendait en suivant le « sens commun » européen. Mais le pire est sa vision pour le moins légère sur les problèmes d’une société qu’elle méconnaît. En Mauritanie, les problèmes raciaux ne sont pas des « épiphénomènes » comme elle le pense, il y a racisme ordinaire, racisme d’État, et prépondérance des relations hiérarchiques et serviles. Voir l’entretien : http://www.lecalame.info/interviews/item/1585-mireille-fanon-mendes-france-‘’je-me-représentais-la-mauritaniecomme- un-pays-où-sévit-l’esclavage-moderne-et-j’avoue-qu’après-avoir-posé-des-questions-à-droite-et-à-gauchej’ai- constaté-que-ce-n’est-pas-la-préoccupation-essentielle-des-gens.

19 TzvetanTodorov, Nous et les autres, Paris, 1989.

20 Voir Bernard Lewis, Race et couleur en pays d’islam (1971) 1982 ; Race et esclavage au Proche-orient (1990) 1993.

21 Voir Mohammed Ennaji, Soldats, domestiques et concubines. L’esclavage au Maroc au XIXe siècle, 1997. Voir aussi Le sujet et le mamelouk. Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe, 2007.

22 Voir Villasante, La Négritude : une forme de racisme héritée de la colonisation française ? Réflexions sur l’idéologie négro-africaine en Mauritanie, in Marc Ferro (dir.), Le Livre Noir des colonisations, 2003 : 726-761.




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