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Association des Docteurs Scientifiques de Mauritanie (ADSM) : Communiqué de presse
ADSM - Conscients de leur devoir envers le pays et son développement, profondément convaincus que le développement d'un pays passe inéluctablement par les performances et la solidité de son système éducatif, notamment scientifique, les docteurs en sciences et technologies regroupés au sein de l’Association des Docteurs Scientifiques de Mauritanie (ADSM), souhaitent éclairer l’opinion publique nationale et le Gouvernement, par le présent communiqué.
Notre objectif ici est d’informer, en toute impartialité et de proposer des solutions pérennes aux décideurs et aux acteurs concernés par l'enseignement supérieur et la recherche scientifique en Mauritanie. L’ADSM souligne au préalable les réalisations entreprises ces dernières années, pour l’amélioration de l’offre et la qualité de l’enseignement supérieur en Mauritanie.
Le dispositif public d’enseignement supérieur s’est ainsi enrichi de l’Ecole des Mines de Mauritanie (EMIM); de l’Ecole Nationale des Travaux Publics d’Aleg (ENTP), de l’Ecole Supérieure Polytechnique (ESP), de l’Académie Navale et de deux instituts supérieurs : l’ISET de Rosso et l’ISCAE à Nouakchott.
De même, l’ADSM salue la création, en septembre 2012, de l’Université des Sciences, Technologies et Médecine (USTM) dédiée à l’enseignement scientifique et qui traduit sans aucun doute une volonté politique d’aller de l’avant pour le pays, et de promouvoir les sciences. Il s’avère cependant que l’investissement public actuel dans les ressources humaines de l’USTM, et des autres établissements du supérieur, ne suit pas l’avancée importante des infrastructures et répond peu aux besoins d’enseignements et de formation attendus.
En effet, les effectifs des étudiants de l’enseignement supérieur (toutes filières confondues) sont passés de 10648 étudiants en 2006 à 22693 en 2012, selon le dernier rapport des états généraux de l’éducation et de la formation (février 2013). Les filières des formations scientifiques et technologiques, en constante augmentation, représentaient 19,6% de ces effectifs en 2012, contre 12% en 2010.
Par ailleurs, l’introduction progressive du système LMD, à partir de 2008, et le développement de la formation technique et professionnelle au supérieur pour les besoins de l’économie nationale (Instituts professionnels: IUP, ISET, ISCAE…) demandent des ratios d’encadrement plus élevés, entrainant plusieurs contraintes, et accentuent les besoins en enseignant-chercheurs.
En ce qui concerne la recherche scientifique, le même rapport note « L’absence d’une stratégie de recherche avec des objectifs précis et des moyens adéquats s’intégrant harmonieusement dans une politique appropriée de l’enseignement supérieur prenant en compte les contraintes et défis qui se posent au développement du pays».
Consciente de cet état de fait, l’ADSM propose d’appuyer les activités de recherche impactant le développement socioéconomique du pays, et de définir des axes de recherche spécifiques par établissement, pour une plus grande efficacité. Des conditions de recherche plus attractives permettraient de prévenir l’émigration des cerveaux et inciter au retour au pays. L’ADSM a également initié les premières Journées Scientifiques de Mauritanie (JSM’2014), les 28, 29 et 30 Octobre 2014, en partenariat avec la Chambre de Commerce d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie, le Fond Européen de Développement (FED), et des institutions nationales du supérieur.
L’ADSM, si elle regrette l’absence du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (fin de non recevoir, suite à plusieurs demandes d’audience au ministre en fonction, qui dénote, selon nous, du peu d’intérêt porté aux problématiques soulevées ici), se félicite cependant du succès de cet évènement.
En effet, cette manifestation a réuni près de 100 participants, mauritaniens et étrangers, sur le thème "Sciences et développement durable" autour de 4 conférences plénières, une trentaine de communications scientifiques et deux tables rondes sur l’emploi et le rôle des docteurs scientifiques hors des institutions d'enseignement supérieur. Dans ce contexte, au vu des éléments cités, l’ADSM se félicite de la décision solennelle du Président de la République de décréter « l’année 2015, année de l’éducation en Mauritanie » et en appelle aux plus hautes autorités du pays pour la prise en compte de ces propositions, regroupées en 8 points essentiels pour le volet enseignement supérieur de l’agenda 2015:
1. Réactiver le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (CNESR) qui devrait siéger annuellement, afin de dégager et soumettre au Président de la République des solutions pérennes pour l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en Mauritanie. Le CNESR devrait assurer un suivi efficace et une évaluation périodique des réformes, en cours et à venir, ainsi que servir d’arbitre lors des litiges et faire le lien avec les différents ministères dont dépendent les établissements.
2. Recruter tous les docteurs mauritaniens non permanents (dont le nombre de docteurs scientifiques ne dépasse guère 60 personnes à l’heure actuelle), pour les besoins de l’USTM, des anciens, et nouveaux établissements créés.
3. Redéfinir les modalités de recrutement des enseignants chercheurs en introduisant un système de qualification aux postes de « Maître de conférences » et « Professeur » et l’établissement d’une grille d’évaluation unique pour ces postes, établie par le CNESR qui désignera les jury lors des recrutements, avec l’exigence de transparence.
4. Evaluer et définir annuellement les besoins d’enseignement de manière réaliste, non bâclée et bien concertée avec les parties prenantes (chefs de départements, coordinateurs de filières et corps enseignant) permettant d’éviter les abus, comme en témoigne le nombre important de docteurs « vacataires-dépanneurs », rémunérés dérisoirement à l’heure et sur plusieurs années, au détriment d’une stratégie efficace des ressources humaines et de la qualité des enseignements.
5. Attribuer annuellement des contrats d’Attachés Temporaires d’Enseignement et de Recherche (ATER), renouvelables au maximum deux fois, pour les docteurs et devant aboutir sur la création d’un poste au delà de la deuxième année de contrat. Les vacations horaires étant réservées aux doctorants et ingénieurs. Le CNESR devant fixer au cours d’une commission mixte annuelle les bénéficiaires en fonction des besoins exprimés par les établissements.
6. Adopter les statuts du chercheur mauritanien avec la création de postes nationaux de « chargé de recherche » et de « directeur de recherche », équivalents des « Maître de conférences » et « Professeur» pour les centres de recherche et instituts nationaux dédiés à la recherche (IMROP, IMRS, INRSP, CNERV, CNRADA, OMRG et ONISPA).
7. Encourager l’organisation de rencontres scientifiques nationales et internationales ainsi que la constitution d’une élite de chercheurs de hauts niveaux permettant d’accompagner les besoins du pays en matière de recherche et développement.
8. Enfin, créer un fond d’appui à la recherche scientifique qui devrait aider au financement des projets de recherche ayant un impact direct sur le développement du pays.
L’ADSM est prête à travailler, en toute bonne foi, et dans l’intérêt du pays, avec les ministères et organismes concernés pour la réalisation de ces objectifs, qui ne sauraient être autres que ceux de toute la Mauritanie.
Nouakchott, le 10 décembre 2014
Pour Le bureau exécutif,
Le Président