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18-02-2016

15:16

ADSM : Communiqué à l'attention de l'opinion publique nationale

ADSM - L ’Association des Docteurs Scientifiques Mauritaniens (ADSM) s’étonne et s’inquiète de la volonté désastreuse du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique de délabrer l’accès aux postes et fonctions de l’enseignement supérieur, par un nouveau décret organisant les concours de recrutement d’enseignants de l’enseignement supérieur. En effet, ledit décret présente une pléthorique d’aberrations et d’incohérences que nous pouvons évoquer en quelques points :

1- Le décret abroge le rôle de la Commission Nationale des Concours. De ce fait, les recours et réclamations se font désormais auprès de la même autorité à l'origine de ce préjudice, en l’occurrence le ministère de l’enseignement supérieur lui-même.

2- Un tiers du nombre total de notes (50 point sur 150) est laissé à l’appréciation d’une commission nommée par le Ministre chargé de l’enseignement supérieur.

Cette marge assez importante permettra facilement à la commission de recaler, repêcher ou déclasser les candidats. A défaut d’une commission composée uniquement d’experts indépendants, les jugements biaisés deviennent inéluctables et impacteront négativement toute présomption de transparence et d’objectivité.

3- Le diplôme supérieur obtenu (DESA, Magistère, Doctorat ou HDR) ne crée plus de différence entre les candidats selon le nouveau décret. Ce qui représente une absurdité sans précédent en la matière.

4- L’expérience pédagogique des candidats (calculée sur la base de dernières 4 années avant le concours) est sous-estimée. L’enseignement dans la spécialité est noté sur 20% de l’expérience globale du candidat évaluée sur 100 points, alors que la grille prévoit curieusement 10% de cette expérience globale aux « enseignements hors spécialité » ! L’encadrement d’étudiants (Master, Licence …) n’est plus considéré comme expérience pédagogique selon le décret.

5- La valorisation des publications scientifiques se fait désormais par Facteur d’Impact du journal (FI), ce qui est bien, sauf que la limitation de celui-ci à l’intervalle de 0 à 3 est une injustice flagrante à l’égard des travaux publiés dans des journaux dont le FI est beaucoup plus élevé que 3. Notons également que dans certains journaux, on adopte souvent un ordre alphabétique des auteurs. Les candidats se trouvent dans de pareils cas, peuvent être injustement mal notés par la grille du décret.

6- La rédaction en langues étrangère (Français et Anglais), bien qu’elle soit pertinente, mais on peut constater que la modalité de l’évaluation de cette « rédaction » (sur 20 points) reste à expliciter dans la grille faisant partie intégrante du décret.

7- Le nouveau décret instaure une forme de disparité gravissime de chances entre les candidats sur la base du genre et de l’âge. Il stipule qu’au détriment des candidats du genre masculin, une candidate du genre féminin reçoit un bonus de 20% du total qu’elle aurait obtenu sur 100 points. De même, les candidats avec un âge supérieur à 32 ans subissent arbitrairement des pénalités allant de 5 à 15%. Ce qui dépasse abusivement toute conception d'une discrimination qui serait "positive". L’ADSM attire l’attention de tous sur la contradiction flagrante du présent décret avec l’article N°2 de la constitution de la République Islamique de Mauritanie et l’article N° 15 de la loi N° 93-09 du 18 janvier 1993 portant statut général des fonctionnaires et agents contractuels de l’Etat. L’ADSM observe donc à l'évidence qu'il s'agit d'un texte réglementaire qui vient instaurer et légaliser un tas d'injustices inacceptables. Nous invitons donc, respectueusement, l'honorable conseil constitutionnel de bien vouloir estimer l’inconstitutionnalité de ce décret en déclarant sa nullité juridique et réglementaire.

En fin, l’ADSM réaffirme sa détermination et se réserve le droit d’user de tous les moyens légaux pour fustiger l’ensemble de mesures catastrophiques incluses dans le nouveau décret ainsi que les défaillances qui s’enchaînent au niveau de l’enseignement supérieur, auprès de l’opinion publique et des autorités supérieures de l’Etat, dans l’objectif ultime de veiller sur l’intégrité et l’émancipation de notre enseignement supérieur et la promotion d’une véritable recherche scientifique.

Nouakchott, 18 février 2016

Association des Docteurs Scientifiques Mauritaniens

Le bureau exécutif



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