Cridem

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17-03-2016

11:30

Éducation : Changer de paradigme pour sauver l’école [PhotoReportage]

Au collège du Ksar, Cridem, était dans les classes, avec des futurs enseignants de l’Ecole Normale Supérieure –ENS-, qui suivent un stage pratique en compagnie de leurs devanciers dans la profession. Force est de reconnaître que la formation jusqu’ici adoptée ne semble suivre de manière cumulative et irréversible un processus d’enseignement soutenu.

Par un aveuglement et un entêtement, des mesures structurelles dans une adhésion inconditionnelle et irréfléchie de certains « prêts à penser » ont passé le témoin à des « prêts à agir » inefficients. Un champ d’expérimentation (le mot n’est pas de trop), a abouti clé en main sur des élèves de troisième qui ne savent pas lire le français. Il faut le voir pour le croire. Dossier.

« L’éducation est le passeport pour le futur ; car demain appartient à ceux qui s’y préparent aujourd’hui », avait écrit Malcom X, le célèbre défenseur des droits afro-américains, assassiné le 21 février à Harlem, à New-York. Au moment, où l’enseignement en Mauritanie et son système éducatif dans sa globalité, traversent une crise sans précédent, ces propos de Malcom X, raisonnent comme un appel prophétique.

Autodidacte qui s’est forgé une culture phénoménale durant ses années de prison, ce prêcheur musulman encore connu sous le nom d’El Hadj Malek El- Shabazz, orateur de talent et militant forcené des droits de l’homme semble nous interpeller, outre-tombe. Que voulons nous faire de notre système d’éducation et d’enseignement, en ce siècle qui valorise et fait l’apologie de la connaissance ?

Dans les récits coraniques, notamment dans le célèbre verset Ikhra, il est dit que l’ignorance est à combattre. Il est même intitulé au musulman d’aller chercher le savoir partout, même jusque dans la lointaine Chine.

Avec ses stages pratiques, l’Ecole Normale Supérieur –ENS- semble tirer la sonnette d’alarme, face à ce qui semble être une fuite en avant…vers un gouffre sans fond.

Ce temple de l’excellence qui a fait jadis son temps veut renouer avec son passé, c’est du moins le vœu des futurs maîtres, actuellement en stage dans nos lycées et collèges.

C’est un truisme que d’affirmer qu’il y a un fossé entre les énoncés théoriques et les solutions pratiques, à l’ENS on semble faire sienne cette vérité d’évidence, en posant les jalons d’une recherche éducative concertée avec de solutions durables, et mobilisant tous les acteurs du système. Le chemin qui y mène n’est pas à portée de mains, si des enseignants ne connaissent comment remplir une fiche scolaire

Des anciens qui encadrent de futurs enseignants, à l’image de ceux rencontrés au collège du Ksar, qui en plus du réconfort, témoigne d’un sentiment d’appartenance à une même profession. Cette symbolique s’inscrit parfaitement dans la perspective et le développement de l’école nouvelle, que nous réclamons tous de tous nos vœux.

C’est la pratique qui est le seul critère de vérité, elle a permis à des stagiaires que Cridem a rencontré dans les salles, un profond apprentissage, inclusif, participatif et engagé, sous la supervision des anciens, d’amorcer la rupture tant attendue.

C’est cohorte de stagiaires décidés à faire bouger les lignes de l’excellence, attentifs et déterminés à s’inspirer de l’exemple de leurs devanciers, à l’image du professeur Mohamed Vall ould Cheikh, (un ancien ministre sous Sidy Ould Cheikh Abdallahi) qui est de la vieille école, diplômé de la Sorbonne, et Abdoulaye Cissokho autre professeur émérite et dont les efforts soutenus pour le relèvement du capital humain au niveau des apprenants forcent l’optimisme.

Le cauchemar de Mohamed Vall « c’est la baisse de niveau, le français doit être enseigné à partir de la 2 année du cycle primaire et ensuite en tant que support linguistique des matières scientifiques….la pédagogie qui est une science, ce qui nous manque, c’est une hétérogénéité des niveaux d’un système éducatif qui est malade » s’est-il désolé.

Pour ces pédagogues, « il n’y plus de vivier francophone, cela fait vingt ans que nous cultivons à bord du champ des arabisants ».

Avec son ami Cissokho, l’évaluation des stagiaires avec ces enseignants s’est tenue autour de plusieurs problématiques liées au management global de l’enseignement. Mesdames Mayna Diop et Bineta Djigo, stagiaires qui ont tenu leurs cours devant nous soutiennent qu’elles ont de la chance d’avoir rencontré les deux hommes.

Car affirment-elles, l’enseignement dispensé à l’ENS ne répond pas à leurs attentes, « le fossé est grand avec ce que nous y apprenons et celui de notre encadrement ».

D’autres questions toutes aussi importantes ont été débattues, surtout celles liées à la recherche et à l’innovation. Avec d’autres stagiaires, la rencontre de deux jours a permis de dresser une matrice d’actions prioritaires destinées toutes à assurer à l’enseignement un nouvel élan.

« Aujourd’hui c’est la qualité des ressources humaines qui confère un avantage comparatif évident aux pays qui ont privilégié dans leur approche du développement, un système éducatif performant, il n’y a en effet, aucun issue pour les pays à la traine du fait d’un enseignement au rabais » souligne Mohamed Vall Ould Cheikh.

Comme lui Cissokho évoquant toujours le bourbier dans lequel végète l’enseignement en Mauritanie, « il s’agit d’aider les fonctions vitales du système éducatif à repartir. L’enseignement est, en effet, un système qui devrait rester en mouvement toujours en train de s’ajuster et d’innover en tenant compte des changements qu’il subit et de l’environnement dans lequel il s’inscrit ».

Pour sauver l’école d’un enseignement au rabais, il est donc évident que des reformes se fassent engager et qu’elles soient exigeantes en ressources humaines, car on ne le dira jamais assez, la pédagogie est une science dont la matérialisation vous forge un élève de qualité. Devrons-nous renoncer à réamorcer et à réorienter cette dynamique de changement dans un noble dessein d’aboutir à la transformation de notre système scolaire ?

Pour ces enseignants, « il nous faut renouer avec l’excellence en cohérence avec l’éducation fondamentale, secondaire, élémentaire et préscolaire, il n’y pas d’autres alternatives ». C’est-à-dire changer de paradigme avec en ligne de mire, la qualité pour faire d’un secteur aussi vital, le levier du développement.

ADN

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