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15-06-2016

10:33

Enceinte, elle lutte contre le chômage

Alakhbar - En état de grossesse et sous un soleil accablant, Aichettou Mint Ahmedou se forme en topographie. Un « métier d’homme » sur lequel elle fonde tout son espoir de venir à bout du chômage. Par Mohamed Diop.

Un casque pour se protéger du soleil et un voile qui lui sert de tenue mais aussi de paravent facial, Aichettou procède au «lotissement d’un terrain d’habitation», avec une vingtaine d’autres élèves. Il s’agit-là d’un exercice pratique après deux mois de formation à l’Ecole Nationale des Travaux Publics d’Aleg. La jeune femme devra encore passer six mois en entreprise avant d’obtenir un certificat de qualification comme « aide-topographe».

«En entreprise, vous apprendrez à effectuer des travaux de terrassements, de morcellement de terrains, d’installation de pilonnes, entre autres… », annonce le coordinateur de la formation, Boubacar Badiane, aux élèves. Et Aichettou d’acquiescer de la tête comme pour dire : « J’y vais jusqu’à bout !».

« Rejetée», faute de qualification

Cette détermination de Aichettou étonne ses camarades: «Elle est résistante, malgré son état!». Mais pour combattre le chômage la future maman de 23 ans n’a que cette arme: la formation qualifiante. « Quand j’ai échoué au baccalauréat, j’ai voulu devenir infirmière, puis agent de la SOMELEC, (société nationale d’l’électricité: NDR)», mais en vain». Partout, Aichetou était « rejetée» faute de qualification professionnelle. Désespérée, « elle passait ses journées au lit», raconte sa mère Rokhya Mint Mohamed.

Un jour, la jeune femme reprend de l’espoir devant une affiche du Bureau International du Travail (BIT) qui offrait une formation en topographie dans le cadre du projet "Chantier Ecole d’Entretien Routier".

Elle saute sur l’occasion et se dit: «Topographie ou pas, ça m’est égale. Je veux trouver du travail, sortir ma mère de la pauvreté, soutenir mon mari au chômage et prendre en charge l’enfant que j’attends». Mais au fur et à mesure que la formation avance, Aichettou tombe sous le charme de la topographie.

Elle est même prête à « aller partout où le métier me conduira. Mon mari ne m’en empêchera pas. C’est promis». Dans une société qui glorifie la « femme au foyer », travailler hors du sérail indique un certain niveau d’émancipation « grâce à la formation», se réjouit Aichettou.

Résistance aux stéréotypes

Force est toutefois de constater que cette émancipation se heurte à un sentiment d’inquiétude «Ses amies disent qu’elle perd son temps en voulant faire un métier d’homme, explique la mère d’Aichettou. Cela la perturbe. Mais à part accoucher ou allaiter son enfant, le genre ne détermine pas le métier». Rokhya n’est pas la seule à apporter un soutien moral à sa fille.

Il y a Maman Tawva Mint Mohamed Abd qui a aussi elle-même pris l’initiative d’inscrire sa fille à la formation. Chez Aichettou et compagnie, ce soutien suscite encore l’esprit de résistance aux stéréotypes qui se veulent maintenir la femme à l’écart de certain métiers. «Je ne me forme pas pour ensuite traîner. Je serai topographe», insiste Mouweylima Mint Abd, 29 ans. «Homme ou femme seule la compétence professionnelle fait la différence», renchérit Salimata Ba, 30 ans.

«Des compétences de vie aussi »

L’on constate d’ailleurs le départ à Nouakchott de Aminetou Wane, 24 ans, pour participer à une autre formation du BIT sur la conduite d’engins lourds. Au début, «les parents de Mariam étaient réticents! Mais nous avons pu les convaincre », se rappelle Badiane.

C’est que nous devons aussi remonter le moral à ces jeunes vulnérables, parce que exclus du système de formation ou en déperdition scolaire». Frederico Barroeta, point focal BIT-Mauritanie, abonde dans le sens: « Au-delà des compétences techniques, nous apprenons aux bénéficiaires de cette formation des compétences de vie.

C’est-à-dire comment gérer son budget, épargner son argent et surtout comment trouver un emploi»
, tout le rêve d’ailleurs d’Aichettou et les 1.500 jeunes filles et garçons de sa commune, victimes du chômage.



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