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Lettre ouverte au Président de la République : Pour un choix judicieux du président de l’Université
Mohamed Alpha - Monsieur le Président, comme vous le savez, à la suite de la fusion de l’université des Sciences et Techniques et l’Université de Nouakchott en une structure baptisée « Université de Nouakchott Al ASSRYA », un appel à candidature à été lancé pour élire un nouveau président qui sera placé à la tête de la nouvelle Université fusionnée.
De l’avis de tous, la commission mise en place par la tutelle pour sélectionner les meilleures candidatures parmi des dizaines, a travaillé en toute transparence pour sélectionner, en toute indépendance, les six qui vous seront ensuite soumis afin de vous permettre de choisir un universitaire qui aura la lourde charge de diriger, de coordonner la vie universitaire dans son ensemble.
Ainsi, monsieur le Président, les six dossiers ont été remis au Ministre de l’Enseignement Supérieur pour que vous choisissiez un profil qui sied, en vertu de vos prérogatives constitutionnelles.
Cette commission, qui a travaillé en dehors de toute influence, a mis en avant l’expérience professionnelle et académique pour éviter les manquements antérieurs dans le choix de l’homme et qui ont le plus souvent plongé l’institution universitaire dans des cycles de grèves interminables, allant jusqu’à des affrontements interethniques ou idéologiques.
Monsieur le Président, au moment où j’écris cette lettre ouverte, tous les yeux sont rivés sur le choix de la personnalité qui va incarner l’Université ALASSRYA fusionnée. De sources multiples révèlent que des groupes de pression tous azimuts s’activent pour influencer votre choix et faire tomber, comme un château de cartes, tous les efforts consentis pour un enseignement supérieur de qualité dans des campus universitaires modernes.
Comme la commission de sélection, vous allez, Monsieur le Président de la République, vous appesantir sur les fonctions universitaires exercées, sur une bonne connaissance du milieu universitaire et sur la capacité du futur président de l’Université AL ASSRYA à assurer la cohésion, à garantir l’unité dans l’espace universitaire et l’équilibre intercommunautaire.
C’est pourquoi l’intérêt supérieur de la nation devrait guider votre choix car l’Université est un creuset où se rencontrent toutes les sensibilités nationales, toutes les idéologies, toutes les communautés. Vous allez donc choisir un homme de large consensus, un homme rassembleur, un homme qui ne sera pas à la merci d’un groupe ou d’un lobby mais libre dans la réalisation de votre vision pour l’Université mauritanienne et dans la mise en œuvre de sa feuille de route pour notre enseignement supérieur que vous-même avez tracée.
Monsieur le Président, en tant que dépositaire du suffrage universel, vous allez donc prendre de la hauteur afin de vous départir des groupes de pressions tribales, régionales ou militaires qui n’ont pas leur place dans une université.
Je suis bien conscient que votre choix sera judicieux au regard des efforts que vous avez consenti pour rénover l’enseignement supérieur mauritanien par de nouvelles infrastructures et par des recrutements de professeurs dont le processus est en cours de finalisation.
Malheureusement, dans ce pays des groupes de pressions existent pour saper votre volonté de traduire votre vision pour ce pays. Par la force des choses, et c’est un constat amer, l’Université mauritanienne est devenue un lieu de recrutements de nouveaux militants dans des structures politiques ou syndicales qui prennent l’enseignement en otage, qui prêchent des idées extrémistes dans l’espace universitaire, non sans complicité, ou qui cherchent à diviser la société mauritanienne.
Or l’Université est un espace de transmission du savoir, du savoir-faire et du savoir-être qui doit rester en dehors de toutes les influences nuisibles à son bon fonctionnement. Il est clair qu’une université apaisée, qui arrive à contenir toutes les forces centrifuges est un gage de stabilité sociale et a des répercussions salutaires sur le fonctionnement de l’Etat.
Monsieur le Président de la République, les professeurs tiennent à une université rayonnante, qui produit un citoyen modèle, imbu de connaissances et de valeurs patriotiques et conscient des enjeux majeurs pour le développement socio-économique de notre pays. Les universitaires, les oulémas, les intellectuels doivent mettre la main dans la main pour consolider la Paix sociale, pour saper les influences groupusculaires, tribales, régionales et militaires qui continuent à diviser notre nation.
Dr. Mohamed Alpha, Professeur des Universités