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L’Ambassade des USA : Corruption, fausses factures et trafic d’influence !
Mohamed Ould Maayouf -
Chacun connaît l’ambassade des Etats-Unis, sise rue Ablaye, prolongement de la mosquée saoudienne, l’un des plus vieux services diplomatiques en Mauritanie, après celui de l’ambassade de France.
Ce que le mauritanien ordinaire ignore en revanche, c’est l'envers du décor qu'abrite l'univers feutré de l’ambassade de la super puissance économique et de la plus grande démocratie mondiale ; la grandeur, mais aussi des servitudes, de l’injustice et des dessous de table.
En effet, cette grandeur de hauts diplomates qui servent ou font semblant de servir les intérêts de leur pays, de fonctionnaires locaux dévoués dans l’âme aux innombrables et interminables tâches qui, la plupart du temps ne sont pas récompensées, cette grandeur qui constitue la partie visible de l’iceberg, ne cache que très peu le malaise interne et qui lève le voile sur des scandales à dimensions multiples : réseaux d’attribution de marchés, promotions occultes, favoritisme, gaspillages de fonds, fausses factures, corruption et faux et usage de faux.
Depuis le début des années 2000, il se passe des choses pas du tout catholiques derrière la façade de l’ambassade de l’Oncle Sam. Le trafic d’influence et la corruption y sont monnaie courante.
En effet, pour obtenir un marché ou un service quelconque via le Bureau des Services Généraux, organe sensé attribuer les prestations aux différents prestataires, il faut y laisser des plumes, il faut obligatoirement souscrire à la règle du « service contre commission ».
Et les hauts responsables ne veillent à aucune transparence. Sont-ils de mèche ou sont-ils simplement dépassés ? Toujours est-il qu’ils s’en tiennent à exiger des appels d’offres pour les marchés qu’ils demandent. Des appels d’offre à profusion, histoire de préserver le prestige d’une institution dont l’image se dégrade de jour en jour. Mais au fond, le mal est déjà fait et plus personne ne croit à cette poudre aux yeux.
La corruption et le trafic d’influence ont atteint un degré tel, qu’ils ont gangréné tous les services de la représentation diplomatique dans notre pays. Aucun département n’est épargne : le Bureau de la diplomatie, le département de la justice, le Bureau de la Sécurité Régionale (RSO), le Bureau de la Coopération Militaire (OSC), Les Eléments des Forces d’Opérations Spéciales (SOFLE) sans oublier le Groupement des Forces Spéciales Américaines chargées de former la Compagnie Spéciale d’Intervention (CSI), et qui sont basées à Jreida. Même les services à caractère humanitaire du gouvernement américain sont souvent objets de fortes suspicions quant à l’octroi équitable de l’appui au développement aux différents bénéficiaires.
Parmi les récentes affaires louches, il faut citer le cas de corruption imposée par des officiers du Bureau de la Sécurité Régionale (RSO) à des candidats postulant pour des positions internes de superviseurs et qui sont sommés de verser des sommes d’argent sous forme de mensualités pour acquérir ces postes. Même si certains employés en ont fait les frais, pour avoir été radiés, il reste que les têtes pensantes de cette gabegie sont toujours là, intouchables et prêtes à sévir sur d’autres candidats pour les exploiter à outrance.
Le Bureau des Services Généraux (GSO), celui de la Coopération Militaire (OSC) ainsi que les Eléments des Forces d’Opérations Spéciales (SOFLE) semblent, d’après de nombreux témoignages, détenir la palme d’or dans cet univers de corruption et de trafic d’influence. En effet, il ne se passe pas une année sans que des voix s’élèvent pour dénoncer l’opacité dans laquelle se passe l’attribution des marchés à travers les cercles très fermés de ce qu’on appelle le service d’Approvisionnement (Procurement).
Des agents véreux, Mauritaniens pour la plupart, ne se gênent pas de traiter avec les « plus offrants » des partenaires de l’ambassade. Certains agents principaux de ce service sont réputés honnêtes et « sobres » mais d’autres seraient plutôt connus pour leurs pratiques occultes et leurs recommandations aux officiels américains, qui sont toujours à la faveur des « poules aux œufs d’or » qui font leur pluie et leur beau temps.
Les tentacules de ces agents véreux de l’ambassade s’étendent à d’autres fournisseurs et partenaires qui se sont prêtés au jeu de la corruption. Ainsi ce jeune prestataire de service, tout nouveau sur la scène et sans expérience professionnelle préalable, qui se verrait attribuer un marché juteux avec l’école américaine puisqu’il est le frère d’une des ministres du gouvernement actuel.
Ou encore ce membre du Haut Conseil de la Jeunesse (HCJ), chargé de l’insertion et de l’emploi, qui bénéficierait de toutes les faveurs en matière d’attribution de marchés de traduction et d’interprétation. En contrepartie, ce monsieur serait connu pour sa « générosité » envers ceux qui lui rendent de « bons et loyaux services ». Durant les années 2013-2016, les propriétaires d’hôtels tels que Iman et plus récemment Monotel ont vu l’affluence des missions des militaires américains, et ceci grâce aux bonnes recommandations des agents de la Coopération Militaire (OSC) et ceux des Eléments des Forces Spéciales (SOFLE).
Les exemples sont nombreux mais il faut mentionner, avant de finir, ce méga business entamé il y’a de cela 5 ans par le grand programme décennal de coopération entre les forces spéciales américaines (chargées de former les Compagnies Spéciales d’Intervention (CSI) et certaines unités de l’armée mauritanienne. Ce programme de plusieurs millions de dollars comprenaient des lignes budgétaires diversifiées (logement des GIs, leur restauration, le carburant, les interprètes, le perdiem des militaires mauritaniens, et des divers….)
Deux de ces lignes budgétaires ont été l’occasion pour des officiers américains de se remplir les poches, et ceci avec la complicité de quelques mauritaniens qui ont vite compris les règles du jeu et qui tiraient certaines ficelles de cette magouille financière. Il s’agissait des lignes budgétaires allouées aux interprètes et au carburant.
Ainsi, des milliers de dollars seraient défalqués mensuellement du budget de la coopération militaire et ne laissent aucune trace car négociés et justifiés grâce aux tractations avec les différents fournisseurs (stations d’essence, magasins, supermarchés, hôtels, auberges, etc...).
Cette pratique ne se limite malheureusement aux seules wilayas de Nouakchott. Des régions comme l’Adrar et le Trarza n’ont pas été épargnées par ces « fausses manœuvres ».
En conclusion, il est urgent pour les autorités de l’ambassade des Etats-Unis de prendre des mesures pour assoir plus de transparence, de justice et d’équité dans leurs méthodes. Il est impératif de restaurer dans leurs pratiques les principes de droit et de justice auxquels les différents services de cette représentation diplomatique ont toujours habitué leurs usagers.
Il sera sans doute très difficile de se débarrasser, d’un revers de la main, des agents qui se sont habituées aux pratiques déloyales et qui croient dur comme fer que c’est là leur seul moyen de s’enrichir.Mais il y va de la bonne réputation de cette institution, car son image de marque et peut-être celle des USA eux-mêmes sont en jeu.
Mohamed Ould Maayouf
Journaliste