Cridem

Lancer l'impression
04-12-2017

09:30

Droit de réponse à Mohamed Hanefi professeur de Français au Koweït

Ely Ould Krombelé - Bonjour Monsieur: "c'est avec les beaux sentiments que l'on fait de la mauvaise littérature" André Gide. Mon cher Hanefi, j'ignorais que vous étiez professeur de français. La langue française est tellement dense qu'il va falloir nous préciser votre domaine de prédilection : lettres modernes,lettres classiques, ou êtes-vous seulement un littérateur de profération?

Dans votre réponse ,vous semblez surpris de me voir traiter concomitamment deux thèmes différents qui sont cependant d'actualité, à savoir l'allusion de Abderrahmane Ould Boubacar, quant à l"assassinat" de Ely Ould Mohamed Vall et le cas de Mohamed Ould M'Kheitir,accusé de blasphème.

Le dénominateur commun ici étant la candeur et le manque de lucidité. Un prof de "littérature" ne devrait pas s'étonner du caractère polymorphe d'une œuvre qu'elle soit burlesque, romantique, satirique, épique, romanesque, réaliste ou tout simplement dadaïste. Le plus important étant la trame intellectuelle qui lie les événements saillants du sujet traité.

Et il me semble que vous avez compris le contexte du texte,votre réplique d'ailleurs en est la preuve indéniable.

Pour éplucher votre article, rendre coup pour coup, j'ai procédé par la "vieille et poussiéreuse" méthode cartésienne qui consiste à aller du simple au complexe si d'ailleurs votre amour pour la prétérition, ce qui est en lui même ici un manque d'allant,me le permettait. Car,à ce que je vois nous n'avons pas la même éducation de base qui modèle l'idiosyncrasie de chaque être humain,de son enfance à l'âge adulte.

1/Comparaison n'est pas raison:

Je constate que nous ne partageons pas non plus le même sens de l'éthique, qui est le principe de distinction entre le bien et le mal. Une injustice pour vous se "justifie" et l'on doit rester impassible comme un parnassien "ciselant ses émaux et camées".

Si le Colonel Abderrahmane Ould Boubacar peut être mon grand-frère, il pouvait aussi être juste avec moi, surtout au sein de l'institution militaire symbole de la vertu. Admettez au moins que le concept de gérontocratie ne doit pas s'instrumentaliser au point de n'être qu'un diktat destiné à asservir les cadets pour mieux servir les aînés.

Vous faites allusion constamment à votre "bonne éducation", ignoriez-vous sans doute celle des autres, la " chouette de Minerve ne prend son envol qu'à la tombée de la nuit" dit le philosophe allemand Hegel. Je suis un Arabe qui a grandi dans l'un des milieux négro-africain mais métissé, les plus sains de la planète.

D'autre part, vous osez comparer feu le prince Jiddou Ould Salek à Abderrahmane Ould Boubacar, comme si vous ne saviez pas que le bien et le mal sont deux entités antinomiques, deux asymptotes qui ne se confondent jamais. Ah si le 6 Août 2008, c'était Jiddou Ould Salek qui était désigné par son marabout en difficulté comme chef d'Etat-Major, Aziz allait avoir un adversaire de taille!!!.

Et en guerriers, les deux officiers impavides et impérieux allaient en découdre. C'est inimaginable que vous puissiez encourager la culture de la médiocrité et surtout de la poltronnerie chez nos officiers, au moment où ils sont engagés sur tous les fronts contre le terrorisme.

Le commandant Jiddou Ould Salek de son vivant n'aurait pas accepté l'humiliation. Etre un guerrier chez les Arabes de Mauritanie, c'est un état d'esprit,plutôt la mort ou dans une mesure médiane "l'auto- bannissement" que la honte. Encore une fois,nous n'avons pas le même sens de la dignité et de la fièrté.

Quant au capitaine Breika, c'est un grand-frère que je respecte et il le sait. Où étiez-vous quand Breika Ould MBarek avait été banni suite aux événements du 8 juin 2003? Eh bien il a logé un certain moment chez ma grande sœur à Bamako, sur ma proposition,quand il a senti qu'il n'était pas en entière sécurité à Dakar.

2/La"nature de mes relations avec mes chefs".

Je constate mon cher Hanefi que vous vous êtes bien renseigné sur moi,mais pour seulement ce qui vous arrange. Eh bien je respecte mon chef tant qu'il me respecte.Je reconnais donner plus d'importance à mes subordonnés qu'à certains chefs imbus de leur statut de supérieurs(sic),sans l'étoffe morale qui va avec.

Un chef militaire pour moi c'est d'abord une figure de proue, il doit montrer l'exemple de bonne moralité (de bravoure si possible), de compétence et surtout de la considération pour ses subordonnés sans le concours desquels, il ne peut rien concrétiser.

Vous a-t-on déjà dit que j'ai refusé un ordre pour aller au combat,ou pour instruire mes hommes dans des conditions difficiles, au moment où l'Armée avait peu de moyens?.

Savez-vous qu'il y a des subordonnés qui s'adonnent à des actes ignobles pour gagner la faveur de leurs chefs ? Savez-vous il y a des chefs qui en abusent? Vos deux années passées à l'Emia (quelles années d'ailleurs?) ne pouvaient certes pas vous édifier tant que vous n'avez pas été sur le terrain.

A ma sortie sous-lieutenant en 1980 et pendant un quart de siècle (mechallah), j'ai formé les premiers caporaux de l'Armée mauritanienne à Todd, au Nord d'Atar. J'ai instruit une brigade de sous-officiers(cam-cas) pilotes et marins ; des hommes du rang par centaines.

Et enfin j'ai instruit et embrigadé des élèves officiers (1986-1987) dont une demi-douzaine de colonels occupant des fonctions respectables ,à l'instant même où j'écris.Tout ce palmarès seulement entre les grades de sous-lieutenant et de capitaine,qu'en serait-il si j'avais avancé normalement aux grades supérieurs ?

3/Les 360 degrés ou azimut contraire:

Vous faites allusion sans doute à ma critique contre Aziz, en 2011,quand il a rayé de l'Armée mon petit frère utérin, le commandant Chérif Ahmed Ould Krombelé ; critique faite à chaud et dans la spontanéité ? Et pourtant je n'étais pas opposant et je ne l'ai jamais été.

Je suis un homme qui écume la liberté. Monsieur Ould Hanefi, prenez de la hauteur et ne soyez pas comme ces niais du parterre qui sortent cette chanson à chaque fois. En prof de français ,je ne me permets pas de douter de votre esprit critique et non de critique.

Avez-vous lu l'ouvrage du grand philosophe existentialiste humaniste français Jean-Paul Sartre: "L'être et le Néant" ? Eh bien on peut avoir peur aujourd'hui devant une situation donnée et avoir le courage le lendemain face à une autre.

La nature humaine n'est pas figée,même si elle peut s'aliéner selon les circonstances, elle évolue également selon les lois du déterminisme car l'ordre de la nature est constant. Nous les humains,notre psychologie est liée à l'inter-activité de l'espace et du temps,logique sans laquelle, il n'y aurait ni mémoire ni raison.

Et si les mêmes critères qui m'ont poussé à critiquer Aziz ne sont plus d'actualité,dois-je alors continuer cet exercice suicidaire? Ou le ferais-je pour le consentement de quelques maquisards de la toile sous le boisseau cette fois de la haine et de l'ignominie.Et pourtant Aziz n'a rien fait aux "négro-mauritaniens opprimés".

Il a hérité d'une situation qu'il a essayé de gérer avec pédagogie. Quant à vos admirateurs,c'est la clientèle du principe du tiers exclu. Dans leur entendement si on est avec Aziz, on est ipso facto contre eux, alors on devient une cible ambulante.Soit on est contre Aziz, on a cette fois droit aux applaudissements de façade.

Monsieur Hanefi il fût un moment où moi aussi j'ai été adulé par ces rats de la toile avec des termes comme: "quelle plume;,mon capitaine qu'est-ce que vous faisiez dans l'Armée au lieu d'avoir fait sciences-po,etc..".Monsieur il faut compter sur soi-même et non sur ses(ces) oncles de paille.

4/Pédantisme, arias et encyclopédies poussiéreuses:

C'est pour la première que je vois un homme de lettres ou prof de français du moins ,qui se gausse du tout classique ou des enseignements antiques. Dans le matérialisme historique Karl Marx dit que "les hommes font leur propre Histoire, ils ne la font pas arbitrairement,mais à partir de circonstances héritées du passé".

Sans ces "encyclopédies poussiéreuses" et leur philologie que serait d'emblée notre monde d'aujourd'hui? Les acquis de la civilisation humaine se transmettent à partir des musées,des encyclopédies, des mahadras.

Ceci est le gage du processus gnoséologique car Einstein ne pouvait venir avant Newton, monsieur Hanefi. Vous me taxez de pédanterie, sachez que l'illustre Platon à l'origine de l'Académie et le magister Aristote, fondateur du Lycée, Ronsard, Rabelais, Montaigne et son "esprit des lois" ont été accusés de pédantisme.

Mais de quoi s'agit-il? Certes le discours pédant frôlerait la démagogie, s'il se cachait derrière le mensonge. Or tout ce que moi j'écris est vérifiable. Je préfère le pédantisme qui reflète "une érudition académique dont une immuabilité dans la prestance et une hyper-précision du savoir" que l'on véhicule, autant que l'on maîtrise sa sémantique.

Voilà mon frère,pour finir vous ferez mieux d'éviter de nous gaver chaque semaine du prolixe discours liturgique sur cridem, du gnome aux relents eschatologiques, pour qu'enfin du sermon vous vous mué en thaumaturge ou en nonce apostolique.

Monsieur Hanefi,vous n'avez pas le monopole ni du cœur ni de l'esprit,car on peut tromper les hommes en se faisant passer pour un bon musulman irréprochable, alors qu'on en est pas un modèle. Laissez les gens vivre leur foi sans "tambours ni trompettes".

Etant prof de français,vous serez plus utile en peignant à chaque sortie un essai sur le classicisme, le lyrisme social ou personnel, le symbolisme ou surtout la littérature africaine, car vous êtes un métis culturel donc "poreux à tous les souffles", ce qui est un ultime avantage. Ainsi vos sorties pourront aider les lycéens mauritaniens ou autres d'expression française à combler le déficit pédagogique en livres,en bibliothèques, en professeurs habilités etc...

C'est mieux que de vouloir opter pour l'ésotérisme littéraire. N'est-ce pas cher professeur ? Mais je ne pourrais terminer sans vous dire que votre attitude me rappelle sans ménagement ce que l'écrivain orléanais Charles Péguy disait à propos du philosophe allemand Emmanuel Kant, je cite: "Kant a les mains sales mais il n'a pas de mains" Et vous, monsieur Hanefi qui défendez l'injustice ? A bientôt cher compatriote, j'ai hâte de vous lire, du moment que l'épicentre de notre débat glisse doucement du fait martial à celui plus instructif de la pensée discursive./.

Ely ould Krombolé, Paris, France



"Libre Expression" est une rubrique où nos lecteurs peuvent s'exprimer en toute liberté dans le respect de la CHARTE affichée.

Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org